Toujours invaincu chez les professionnels, avec 7 victoires et aucune défaite, Hugo Micallef affronte, samedi 23 septembre, le Tchèque Denis Bartos sous le chapiteau de Fontvieille, pour son premier combat en principauté. Un rendez-vous forcément particulier pour ce Monégasque de 25 ans, qui rêve de participer aux Jeux olympiques de Paris, en 2024.
Quel sentiment vous anime à la veille de monter pour la première fois sur le ring à Monaco ?
En tant que Monégasque, boxer à Monaco faisait partie de mes objectifs depuis le début de ma carrière. Je suis super content que ce vœu puisse enfin se réaliser.
Comment vous sentez-vous à l’approche de ce grand rendez-vous ?
Je me sens super détendu et concentré. Alors que j’ai un appartement à Monaco, j’ai demandé à séjourner à l’hôtel, pour ne pas changer mes habitudes. Je n’ai pas envie de me sentir en vacances, car les seules fois où je rentre en principauté, c’est pour les vacances [Hugo Micallef vit aux Canaries, où il est entraîné par Carlos Formento — NDLR]. Je suis arrivé samedi [16 septembre 2023 — NDLR], et je m’entraîne tous les jours depuis dimanche. Nous sommes en train de baisser mon poids petit à petit, pour arriver jusqu’à la pesée [cette interview a eu lieu lundi 18 septembre 2023 — NDLR].
Que faites-vous pour rester dans votre bulle ?
J’ai dîné avec mes parents à l’hôtel, plutôt que chez eux. Car j’associe trop la maison à la relaxation, au plaisir et au calme. Or, ce n’est pas du tout dans cette sensation, dans ce « mood », que j’ai envie de me mettre avant le combat. Pareil pour ma copine. Je lui demande à chaque fois d’arriver le jour du combat. Je n’ai pas envie de me sentir trop à l’aise. Il est très important de rester dans sa bulle. D’autant plus pour un combat, où je vais mettre ma vie en jeu.
« Denis Bartos est le nouveau champion de République tchèque depuis quelques mois. C’est la première fois dans ma jeune carrière professionnelle que je vais rencontrer un champion national »
Cette peur de la mort et de la blessure vous envahit-elle au moment de monter sur un ring ?
Je n’y pense pas du tout au moment de monter sur le ring. Déjà parce que j’ai confiance en mes capacités. Ensuite, si on commence à y penser avant de monter sur le ring, il vaut mieux ne pas y aller, parce que c’est comme ça qu’arrivent les tragédies. Moi, je suis juste content de monter sur le ring. C’est mon activité préférée dans la vie.
Le fait d’évoluer à domicile devant sa famille et ses amis ajoute-t-il une pression supplémentaire ?
Pas du tout, ça ne me rajoute aucune pression. Au contraire, ça m’en enlève énormément. Je ne sais pas expliquer pourquoi. Je ressens énormément de plaisir à boxer à la maison, de savoir qu’il va y avoir beaucoup de monde. J’adore savoir que les gens qui vont venir me voir sont des gens que je connais, que j’ai l’habitude de rencontrer ou de croiser dans la rue. Ça ne me met aucun stress, au contraire, ça me sur-booste. En général, la pression et la peur de l’échec m’envahissent quand je suis dans le vestiaire, au moment de l’échauffement. Avant, je ne l’ai jamais. Que ce soit ici ou ailleurs.
Quelle a été votre préparation pour ce combat ?
Pour ce combat, nous avons mis encore plus l’accent sur la préparation physique et la musculation. J’ai pris du muscle et perdu de la graisse. J’ai fait appel à un “sparring-partner” [partenaire d’entraînement — NDLR] du nord de l’Espagne. Il ressemble trait pour trait à mon adversaire, que ce soit en termes de taille, de poids et de style de boxe. Nous avons essayé de mettre toutes les chances de notre côté.
Quelles sont les forces de votre adversaire, Denis Bartos [26 ans, 12 victoires, 7 défaites — NDLR] ?
Denis Bartos est le nouveau champion de République tchèque depuis quelques mois. C’est la première fois dans ma jeune carrière professionnelle que je vais rencontrer un champion national. Nous essayons de passer une étape à chaque combat, en trouvant des adversaires qui vont me mettre en difficulté sur tel ou tel aspect pour me tester et me jauger. Bartos est un boxeur qui frappe, puisqu’il compte sept ou huit KO sur ses 12 victoires. Mais surtout, il s’agit d’un boxeur d’expérience, avec déjà 19 combats, alors que je n’en ai que 7. Il cochait donc beaucoup de cases. Je trouve que c’est intéressant de montrer une belle opposition pour un premier combat à la maison. Ça ne va pas être facile, mais c’est l’intérêt.
Comment choisissez-vous vos adversaires ?
Normalement, pour un prospect, les premiers combats sont très faciles, car on choisit des adversaires qui ont un palmarès négatif, qui ont perdu exclusivement par KO… Les plus grands boxeurs comme Mayweather ont commencé leur carrière de cette façon, il n’y a aucune honte. Au départ, les prospects sont couvés pour leur donner de la confiance. Pour ma part, nous avons décidé de prendre un autre chemin. Dès mon premier combat « pro », j’ai rencontré un boxeur argentin hyper solide [Ezequiel Gregores – NDLR] qui avait déjà quatre combats (2 victoires et deux défaites). Je n’ai jamais rencontré un boxeur qui n’avait pas envie de me décrocher la tête. Ce qui est positif, parce qu’au final, ça m’apporte énormément d’expérience. Depuis mon premier combat, l’opposition est graduellement de plus en plus importante et ce n’est pas commun dans la boxe professionnelle. Nous essayons à chaque fois de repousser les limites pour, le plus rapidement possible, engranger de l’expérience et remporter un titre.
« Mon objectif est d’être le premier boxeur monégasque à ramener une ceinture de champion du monde en principauté. C’est mon objectif depuis tout petit »
Avez-vous identifié des failles chez Bartos ?
Oui, nous avons identifié des failles, mais je ne vais pas les préciser tout de suite (rires). Dès que mon adversaire est connu, avec l’équipe nous nous posons devant des vidéos, s’il y en a, pour l’analyser. Ensuite, mon coach se met 24 heures sur 24 à regarder des vidéos du boxeur. Et à chaque entraînement, il revient avec de nouvelles informations. Nous travaillons alors des combinaisons spécifiques pour exploiter ses potentielles failles.
Quelle place occupe la vidéo dans votre discipline ?
Il y a une grosse partie vidéo. Moi, je regarde la vidéo une seule fois. Car je sais que ça change trop une fois sur le ring. Je préfère laisser mon coach regarder les vidéos et me transmettre les informations. Il y a aussi une grosse partie photo, dont mon coach s’occupe également. Il essaie de voir tous les aspects de sa vie, pour identifier toutes les failles pugilistiques, mais aussi mentales.

Des failles que vous tentez d’exploiter dès la pesée : pour vous, le combat commence déjà à ce moment-là ?
Souvent à la pesée, j’essaie de provoquer ou d’avoir une attitude qui déplaît à mon adversaire. Je vais essayer de le déstabiliser. Contrairement aux États-Unis, les boxeurs en Europe ne le font pas, ils restent très humbles. Moi, je suis humble mais j’essaie d’être malin. Je me sers de tout pour gagner. Je ne veux pas qu’il y ait le moindre truc qui m’échappe. S’il a un problème de confiance en lui, je vais l’exacerber ce jour-là.
Samedi soir, la défaite sera interdite ?
Oui, c’est défaite interdite, mais comme partout. On ne part pas du tout dans l’idée que, possiblement, il va y avoir une défaite. Il ne faut pas du tout l’imaginer. Une défaite est une erreur de parcours, et on fait tout pour ne pas avoir d’erreur de parcours. Pour faire un parallèle avec mon pote Charles [Leclerc — NDLR], si on règle bien la voiture, il ne doit pas y avoir de souci. S’il y a eu un problème de réglage, alors il y aura un problème durant la course. Mais normalement, ça ne devrait pas arriver.
À quel combat les spectateurs doivent-ils s’attendre ?
Je pense qu’on peut s’attendre à un feu d’artifice. Vu ma préparation et les qualités de mon adversaire, je pense qu’on va avoir un super beau combat. Les gens vont me redécouvrir samedi soir.
Vous êtes invaincu depuis vos débuts chez les professionnels [sept victoires en sept combats — NDLR], quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je m’attendais à ce parcours, mais j’avais aussi une grosse pression, parce que depuis tout petit, je l’imagine comme ça. Je veux tout faire bien. Je pense être une bête de travail. Je m’entraîne énormément, deux fois par jour, tous les jours, sauf le dimanche. Je mets tous les aspects, de la nutrition au sommeil, de mon côté. Je fais tout à 100 %. Mais le chemin est encore long. Je n’ai pas du tout atteint mon objectif.
Quel est votre objectif ?
Mon objectif est d’être le premier boxeur monégasque à ramener une ceinture de champion du monde en principauté. C’est mon objectif depuis tout petit. En parallèle, j’ai comme objectif de disputer les Jeux olympiques de Paris en 2024. Il faudra pour cela, franchir les qualifications en mars-avril. La fédération monégasque de boxe s’occupe de m’inscrire. Nous sommes donc en route pour les qualifications. Je veux représenter mon pays aux Jeux olympiques et ramener évidemment une médaille.
Comment allez-vous vous préparer pour ces qualifications olympiques ?
Complètement différemment. Le professionnalisme et l’olympisme sont deux sports différents. Déjà, les combats aux Jeux se déroulent en trois rounds ce qui n’arrive jamais en professionnel où on est sur minimum 4 rounds. Il y a donc plus d’action, le débit de coups est beaucoup plus rapide et étendu [en boxe olympique — NDLR], car il faut que les juges en bas du ring puissent nous voir boxer. Le vainqueur sera celui qui donnera le plus de coups et qui va le plus toucher son adversaire. L’entraînement change donc forcément, ils sont peut-être moins longs que chez les « pros », mais ils sont plus intensifs. La boxe olympique me convient aussi beaucoup, parce que j’ai un tempérament très “speed” [vif, rapide — NDLR] quand je boxe. J’aime donner beaucoup de coups.
En juin 2021, vous aviez été éliminé par le Britannique Pat McCormack lors du tournoi de qualification olympique pour les Jeux de Tokyo [à ce sujet, lire l’interview Hugo Micallef : « Sur un ring, je suis très cérébral »] : avez-vous retenu les leçons de cet échec ?
Oui, j’ai retenu mes erreurs passées. Honnêtement, avec le recul, nous avons peut-être commis une erreur stratégique, mais aussi, je n’ai pas eu beaucoup de chance au tirage au sort au deuxième tour. J’ai eu la malchance de tomber contre le numéro 1 mondial, toutes catégories confondues. Pat McCormack était le boxeur olympique le plus en vue à ce moment-là. Il m’a posé énormément de problèmes. Ça a été très compliqué, mais j’ai beaucoup appris de ce combat. Depuis, j’ai aussi engrangé beaucoup d’expérience. J’arrive à maturation. La donne va être complètement différente.
L’avenir de la boxe aux JO est aujourd’hui menacé : le regrettez-vous ?
Oui, je le regrette parce que c’est une discipline qui nous fait rêver nous boxeurs. Quand j’étais petit et que je voulais faire de la boxe, je suivais avec beaucoup d’attention les JO. C’est un moment attendu dans la carrière d’un sportif. Avant de passer « pro », je n’avais que les Jeux en tête. J’en rêvais. Ces quatre ans ou plus de préparation jusqu’à cet achèvement est un chemin exceptionnel. Il faut le vivre pour le sentir. C’est dommage que cette discipline soit remise en question. Même si certaines erreurs ont sûrement été faites pour qu’on en arrive là.
Avec cet avenir incertain, cette qualification pour les Jeux de Paris apparaît comme celle de la dernière chance ?
Je ne me ferme pas la porte à essayer de me « requalifier » encore plus tard. Mais ça commence quand même à faire tard. Je suis à mon “prime” [son meilleur niveau — NDLR], c’est le moment de me qualifier. En plus à Paris. Toutes les planètes s’alignent, je me sens bien. Je ne sais pas si dans cinq ans, je serai encore aussi focus sur l’olympisme. Aujourd’hui, j’ai aussi cet esprit de revanche de me dire : « Je ne peux pas m’arrêter sur une défaite comme ça ». Dans cinq ans, j’aurai 30 ans, ce sera différent.
Votre autre objectif est de devenir champion du monde : vous êtes-vous fixé une échéance pour l’atteindre ?
Dans quelques années. Je dirais dans trois ans. Ça dépend du cheminement qu’on choisit, les combats plus durs, ou pas, qu’on va prendre. Si jamais demain je décide de disputer un titre intercontinental, puis un championnat d’Europe, je peux le faire. Si je les gagne, cela me classerait très haut dans le classement, et l’année prochaine, je pourrais alors faire un championnat du monde. Encore faut-il tous les gagner. Mais mon objectif n’est pas de faire un championnat du monde l’année prochaine, je ne suis pas encore prêt. Il me manque encore énormément de choses à voir. J’ai encore beaucoup d’expérience à engranger. Je n’ai pas encore le niveau d’un championnat du monde. Je veux prendre mon temps. Dans deux ou trois ans, je serai réellement prêt. Mais l’année prochaine, non.
Un message pour vos fans avant le combat de samedi ?
Je serai ravi de voir mes amis, ma famille, mais surtout que tout le monde vienne me supporter, car ça va me donner une force incroyable que je n’ai, pour l’instant, jamais ressentie en présentiel. Mes combats sont retransmis sur Monaco Info, donc je sais que le peuple monégasque me soutient. Je le sens. Mais de le ressentir en présentiel, ça va être une tout autre ampleur. Je veux voir le plus de monde possible derrière moi, j’en serai infiniment reconnaissant. J’ai trop hâte de partager ça avec Monaco.
Monaco Boxing Grand Prix : le programme
Le chapiteau de Fontvieille sera le théâtre d’un gala comprenant cinq combats, samedi 23 septembre 2023. Outre le combat opposant le Monégasque Hugo Micallef au Tchèque Denis Bartos, les spectateurs pourront suivre le duel de puncheurs entre le Vénézuélien Albert Ramirez et le Dominicain Lenin Castillo chez les poids lourds-légers. Triple champion du monde amateur et qualifié pour les Jeux olympiques de Paris 2024 après sa victoire aux Jeux européens le 1er juillet 2023, le Français Sofiane Oumiha disputera son quatrième combat professionnel contre l’Argentin Nicolas Blanco. Dans les autres combats de la soirée, le mi-lourd Imam Khataev, médaillé de bronze aux JO de Tokyo, tentera de faire parler la poudre face au Mexicain Alan Campa. Alors que le Français Pierre Rosadini sera aux prises avec le Belge Ibrahima Diallo, qui a remporté la ceinture francophone des poids moyens en février 2023.



