jeudi 2 février 2023
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Maxime Montaggioni : « La difficulté du handisport, c’est que nous avons très peu de visibilité »

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Champion paralympique de banked slalom à Pékin en mars 2022, Maxime Montaggioni s’est confié à Monaco Hebdo à l’occasion des derniers Sportel Awards. Le snowboardeur français de 33 ans nous parle de ses ambitions, à l’aube de cette nouvelle saison, mais aussi des doutes qui l’ont envahi après son sacre aux Jeux.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé une carrière sportive dans le taekwondo, en parallèle d’une vie professionnelle en tant que chargé de communication. La vie m’a fait bifurquer sur le snowboard à l’âge de 24-25 ans. Cela fait donc maintenant huit ans que je suis devenu snowboardeur professionnel.

Qu’est-ce qui vous a fait « bifurquer » vers le snowboard ?

Le taekwondo et le snowboard ne sont pas si différents. Nous sommes sur deux sports asymétriques, très explosifs. Nous avons aussi dans le snowboard cross cette confrontation que l’on peut avoir dans les sports de combat. Quand on creuse un petit peu, le lien est donc assez simple. J’ai pris cette nouvelle orientation tout simplement parce que la fédération [de taekwondo — NDLR] m’a complètement évincé du jour au lendemain après mon meilleur résultat. Je l’ai très mal vécu car je n’ai pas compris pourquoi on me coupait l’herbe sous le pied après une médaille aux championnats du monde. J’ai ensuite rencontré l’entraîneur de l’équipe de France de parasnowboard par hasard, à Isola, en essayant des planches de snowboard sur un salon. C’est la vie qui m’a mis sur ce chemin qui était tout nouveau parce que la première apparition aux Jeux date de 2018.

Vous aviez déjà pratiqué le snowboard auparavant ?

Oui, c’est un sport que je pratiquais en loisir. C’était une passion que j’avais à côté. Nous avons la chance à Nice de ne pas être loin des stations du Mercantour. Dès que j’ai eu le permis, je montais avec les copains. À la base, ce n’est pas un sport que j’envisageais de manière professionnelle, mais ça s’est présenté à moi, et ça s’est très bien passé. Aujourd’hui, je ne regrette pas du tout mon choix.

Ce changement de discipline s’est avéré payant très vite ?

C’est allé assez vite en effet, puisque j’ai remporté mon premier titre mondial au bout de deux ans de pratique. Du coup, je suis resté à fond dans cette branche. J’ai gagné par la suite d’autres titres, et notamment un titre de champion paralympique l’hiver dernier [en banked slalom lors des Jeux de Pékin 2022 — NDLR]. Ça a été la consécration dans mon cycle sportif parce que, quand on est athlète, on part sur des cycles de quatre ans, ce qui correspond aux Jeux. Malheureusement, à Pyeongchang [en 2018 — NDLR], j’ai été blessé. Mon genou a lâché avant même la course. Je n’avais jamais refermé ce cycle et j’ai enfin pu le faire l’hiver dernier. J’espère en ouvrir un autre pour aller jusqu’à Cortina 2026, puisque je serai à côté de la maison, et ce serait bien de vivre cette effervescence que nous n’avons pas eue en Chine. J’ai besoin de vivre cette fête du sport d’une manière différente et de remporter d’autres médailles.

Maxime Montaggio
© Photo Nicolas Gehin / Monaco Hebdo

Ce titre olympique, c’était une revanche ?

Au-delà de la revanche, c’était surtout l’aboutissement de beaucoup de travail, d’heures passées à l’entraînement, de beaucoup de sacrifices. J’avais raté le coche à Pyeongchang, et j’avais à cœur aussi de mettre en avant tous ceux qui travaillent à nos côtés, parce que même si nous pratiquons un sport individuel, nous ne sommes pas seuls. Nous avons des techniciens, des entraîneurs, des préparateurs mentaux… Beaucoup de monde gravite autour de nous, et quand on gagne, on gagne aussi un peu pour eux. C’est notre seul moyen de leur rendre la pareille. Et en tant qu’athlète handisport, les Jeux sont la seule compétition qui nous met vraiment en avant. D’avoir raté le coche en 2018 a été difficile à vivre, car je l’ai subi complètement. À Pékin, je suis arrivé à 1 000 %. J’étais hyper-motivé : je n’avais qu’une seule chose en tête, c’était d’aller chercher la médaille.

« Ce titre paralympique était pour moi un aboutissement, une consécration et un grand bonheur. J’ai compris pourquoi les gens pleuraient sur les podiums »

L’histoire avait pourtant mal commencé en Chine ?

Malheureusement, la première course [en cross — NDLR] ne s’est pas très bien passée en raison d’un problème de glisse. J’ai eu beau cravacher et tout donner pour essayer d’aller chercher cette qualification pour la finale, j’ai été éliminé au premier tour. Un scénario que je n’avais pas imaginé, parce que j’étais prêt physiquement et techniquement. Tous les voyants étaient au vert, mais je me suis quand même raccroché au fait que je n’avais pas été si nul pour me remobiliser pour la deuxième médaille. Ce titre était pour moi l’aboutissement, la consécration et un grand bonheur. J’ai compris pourquoi les gens pleuraient sur les podiums [rires — NDLR]. Le corps nous lâche complètement. Aux Jeux, c’est tellement puissant et intense qu’on ne contrôle rien.

Quels sont vos prochains objectifs ?

Clairement, j’aimerais aller chercher une médaille en snowboard cross. Je veux me nourrir de ça pour garder le cap, et me dire que j’ai encore des choses à accomplir. Oui, j’ai eu une médaille, mais je n’en ai pas eu deux. Je pratique deux disciplines, donc je veux vraiment me focaliser sur cette nouvelle médaille. Et j’aimerais aussi prouver que ce n’était pas juste de la chance en Chine, et que je peux encore “performer”.

« On se pose beaucoup de questions. Est-ce qu’on continue ? Pourquoi on continue ? Pourquoi on ne continuerait pas ? Malheureusement, il n’y a pas de mode d’emploi, ni de petit livre qui nous explique comment ça se passe une médaille aux Jeux »

Avant les Jeux de Milan-Cortina en 2026, il y aura aussi des championnats du monde ?

Nous avons cette année des championnats du monde en Espagne. Ça va être une première étape pour se situer et se confronter à de nouveaux concurrents. Nous n’avons finalement découvert les Chinois que chez eux lors des Jeux. Donc on va voir s’ils répondent encore présents et de quelle manière ils se sont améliorés. Ces championnats du monde vont être très disputés cette année.

Où en êtes-vous dans votre préparation ?

On sort de la préparation physique estivale. Après la médaille, j’ai voulu couper et mettre un peu le snowboard entre parenthèses. Du coup, je n’ai pas eu une grosse saison estivale de snowboard. En revanche, nous avons repris les entraînements la semaine dernière [cette interview a été réalisée lundi 24 octobre 2022 – NDLR]. J’ai eu de super sensations. Nous étions à Cervinia (Italie), où nous avons eu de bonnes conditions. Tout était au vert, donc ça me rassure un peu sur la suite de la saison. Je retrouve certaines motivations et cette envie de faire du snowboard, qui m’avait un peu lâché après les Jeux. Je suis sur un cycle plutôt positif, donc j’ai hâte de continuer l’entraînement et de me confronter sur les premières courses qui auront lieu fin novembre 2022.

« On m’avait dit que la médaille m’apporterait des sponsors à gogo, limite que je ne saurais pas quoi en faire tellement j’en aurai. Mais en fait, pas du tout. Il ne s’est absolument rien passé. Au contraire, ça a même été compliqué, puisque j’ai perdu un de mes plus gros sponsors »

Psychologiquement, ça a été difficile de se remettre de ce titre olympique ?

Oui, on se pose beaucoup de questions. Est-ce qu’on continue ? Pourquoi on continue ? Pourquoi on ne continuerait pas ? Malheureusement, il n’y a pas de mode d’emploi, ni de petit livre qui nous explique comment ça se passe une médaille aux Jeux. Il peut y avoir des désillusions. Moi, on m’avait dit que la médaille m’apporterait des sponsors à gogo, limite que je ne saurais pas quoi en faire tellement j’en aurai. Mais en fait, pas du tout. Il ne s’est absolument rien passé au niveau des sponsors. Au contraire, ça a même été compliqué, puisque j’ai perdu l’un de mes plus gros sponsors. Il faut encaisser tout ça, peser le pour, le contre. Mais la passion est bien là, elle est forte, et je considère que je n’ai pas tout accompli dans mon sport. Je peux encore faire mieux, et c’est ce que je veux aller chercher.

Vous arrivez à vivre de votre sport ?

Je fais partie de ceux qui arrivent à en vivre et qui n’ont pas besoin de travailler à côté. De ce point de vue-là, je me sens très chanceux. Après, c’est clair que quand on entend les salaires de certains sportifs professionnels, on en est loin. C’est sûr qu’on ne cracherait pas sur plus de sponsors pour se mettre à l’abri, car les carrières ne sont pas éternelles.

Selon vous, il y a encore du chemin à parcourir pour la reconnaissance des athlètes handisport ?

Oui, clairement. La difficulté du handisport, c’est que nous avons très peu de visibilité. En dehors des Jeux, si vous voulez voir une de mes courses en championnat du monde ou en coupe du monde, il faut vraiment être motivé, car, en général, ce sont des liens Internet à rallonge. Nous ne pouvons pas, non plus, en vouloir aux marques, parce que, malheureusement, nous ne pouvons pas véhiculer d’images sur les terrains de compétition, car nous avons très peu de visibilité. C’est un peu un cercle vicieux. Il faut trouver un juste équilibre. Il faut essayer de se donner une autre image à laquelle on pourrait rattacher les marques. Mais on est plus sur de l’extra-sportif. Je me rends compte aujourd’hui que le résultat n’est absolument pas déterminant dans le choix des marques de prendre tel ou tel athlète. C’est un peu frustrant, car la performance passe au second plan derrière l’image. Il faut travailler son image et essayer d’être plus “bankable” [rentable — NDLR], mais ça prend du temps, et nous n’avons pas forcément tous les outils pour le faire.

Quels sont vos modèles et vos sources d’inspiration ?

Dans le snowboard, ça a été Pierre Vaultier qui a été double champion olympique. Je me suis beaucoup retrouvé dans son histoire et dans son parcours. Ensuite, il y a des légendes comme Valentino Rossi qui a su « performer » pendant plus de vingt ans de carrière. J’aime beaucoup la moto. Il a su trouver la force pour rester au top tout le temps dans des sports concurrentiels. Comme beaucoup de Français, j’aime aussi beaucoup Teddy Riner. J’ai regardé son reportage et on se rend compte que quel que soit le niveau de l’athlète, quel que soit le sport, on partage beaucoup de doutes, d’incertitudes. Cela m’a un peu réconforté, même dans le côté privé. Comment on gère sa famille… Il n’y a finalement pas de remède miracle qui nous permette d’avoir toutes les cartes en main. C’est hyper-intéressant de se nourrir de ce genre de profil.

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