William Pereira, journaliste à So Foot, est un spécialiste du championnat portugais. Pour Monaco Hebdo, il décrypte le personnage de Leonardo Jardim.
Monaco Hebdo : Qui est vraiment Leonardo Jardim ?
William Pereira : Il est loin du cliché de l’entraîneur portugais sanguin et impulsif et ça se voit en conférence de presse comme au bord du terrain. Il est plutôt froid et réfléchi, très calme et impénétrable. C’est pour beaucoup de gens un mystère car il ne laisse rien transparaître de sa personnalité. Il a très peu de failles et se livre très rarement, même quand il est mêlé à des affaires peu glorieuses (il a été accusé d’avoir eu une aventure avec la femme du président de l’Olympiakos lors de son passage en Grèce, par exemple). Je dirais qu’il est très intelligent, calculateur et doté d’un sens de l’adaptation assez remarquable.
M.H. : Quel type d’entraîneur est-il ?
W.P. : Là où il est le plus « portugais », c’est qu’il est de l’école des Artur Jorge, Fernando Santos et Mourinho de par son côté entraîneur-psychologue. Il sait gérer un vestiaire et le garder uni, voire très déterminé. Ses équipes sont généralement impressionnantes dans l’impact et l’intensité justement parce qu’il arrive à faire de ses hommes des guerriers. Et surtout, il est capable d’obtenir d’excellents résultats avec des moyens limités. Il a fini 2ème de Liga Sagres avec le Sporting en utilisant quasi-exclusivement des joueurs issus de la formation et des joueurs déjà présent au club. Il a failli gagner la Liga Sagres avec Braga devant les monstres que sont Porto et Benfica et il a quitté son poste à l’Olympiakos avec 10 points d’avance sur le 2ème.
M.H. : Comment fait-il jouer ses équipes ?
W.P. : Ses équipes sont déterminées, mais ne courent pas dans le vent. La cohésion tactique de son Sporting était impressionnante. Le bloc défensif mis en place par Jardim est généralement très solide au milieu et commence dès l’attaque. Le numéro 9 est quasiment le joueur défensif le plus important de ses équipes car il doit constamment gêner les deux défenseurs centraux adverses afin de les obliger à mal relancer. Au milieu, il aime les joueurs costauds et travailleurs, capables de récupérer beaucoup de ballons mais aussi de jouer au ballon, de faire des relances propres et très verticales. Jardim est adepte d’un jeu offensif direct (mais propre, il ne s’agit pas de kick and rush, loin de là) dont la clé réside dans la capacité à éliminer de ses ailiers.
M.H. : Que peut-il apporter à l’AS Monaco ?
W.P. : De la confiance et de l’ambition. Il est capable de persuader ses joueurs qu’ils peuvent faire mieux que de menacer le PSG pendant 6 mois, et donc de gagner la Ligue 1. Va-t-il y arriver ? C’est une autre histoire.
M.H. : Est-il capable de gérer les nombreux égos présents dans les rangs de l’ASM ?
W.P. : C’est le grand mystère. Mais a priori, ses côtés austère et psychologue devraient jouer en sa faveur.
M.H. : Quelle est sa politique vis-à-vis des jeunes issus du centre de formation ?
W.P. : Les jeunes auront clairement leur chance. Il sort du Sporting où il a lancé William Carvalho et Carlos Mané, assurément deux des futures stars de la sélection portugaise. Si des jeunes pousses sont prêtes à éclore, il les fera exploser à n’en pas douter.
M.H. : Est-il le bon choix selon vous ?
W.P. : Tout dépendra de sa capacité à gérer des égos supérieurs à ceux qu’il a eu à gérer pour le moment. En revanche, il n’a jamais vraiment gagné, donc de ce côté-là, son choix peut s’avérer douteux.



