mercredi 18 mai 2022
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Après son expulsion en Australie, quel avenir pour Novak Djokovic ?

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Après douze jours de résistance, faute de vaccination contre le Covid-19, le numéro un mondial serbe et résident monégasque, Novak Djokovic, a été expulsé d’Australie. À 34 ans, l’avenir sportif de ce tennisman reste en suspens.

Finalement, Novak Djokovic a fini par plié. Le dimanche 16 janvier 2022, après douze jours de bataille juridique, il a donc rallié l’aéroport de Melbourne pour prendre un vol, et quitter l’Australie. Le même jour, il a en effet perdu son audience en référé devant la Cour fédérale. L’Open d’Australie, qui se déroule du 17 au 30 janvier 2022, a donc lieu sans lui. C’est un coup dur pour Djokovic, qui, à 34 ans, visait en Australie une 21ème victoire dans un tournoi du Grand Chelem, pour ainsi dépasser Roger Federer et Rafael Nadal. Mais le ministre de l’immigration, Alex Hawke, en a décidé autrement. Il a annulé une deuxième fois le visa du résident monégasque, en estimant que laisser Djokovic disputer ce tournoi en Australie revenait à envoyer un mauvais signal, qui « pourrait encourager le sentiment antivaccination », et « déclencher une recrudescence des troubles civils ». La crainte de voir le numéro un mondial se transformer en une « icône » des antivax a aussi été évoquée. En face, les avocats du joueur serbe ont estimé que ce serait plutôt le renvoi du Serbe hors d’Australie qui pouvait provoquer une mobilisation des antivax. Mais ils n’ont pas été entendus.

Centre de rétention

Novak Djokovic a peut-être sous-estimé le contexte local. En effet, en Australie, 95 % de la population âgée de plus de 16 ans a reçu, au moins, une injection de vaccin anti-Covid-19. De plus, l’Australie a été durement marquée par les conséquences de la pandémie. Voilà pourquoi, à Melbourne, qui a subi 283 jours de confinement, cette affaire Djokovic résonne forcément d’une façon très particulière. Surtout que le tennisman non vacciné a communiqué par le biais d’Instagram dès le 4 janvier 2022 pour annoncer sa venue à l’Open d’Australie. Une « dérogation » pour participer au tournoi a alors été évoquée, sans que le numéro un mondial n’évoque son statut vaccinal. Cette médiatisation n’a pas été bien perçue en Australie, et une partie de l’opinion publique a vécu cela comme une forme de provocation. Mais il est trop tard. La machine est lancée, plus rien ne l’arrêtera. Le 5 janvier, la police aux frontières bloque le joueur serbe dès son arrivée à l’aéroport de Melbourne. Dans la foulée, son visa est annulé, car les pièces nécessaires à l’entrée dans le pays n’ont pas été présentées. Du coup, le 6 janvier, Djokovic lance un recours devant la justice australienne contre l’annulation de son visa et son expulsion. Il est alors placé dans un centre de rétention, et la décision est suspendue. Le 8 janvier, les avocats de Djokovic indiquent qu’ils ont pu obtenir une exemption de vaccination de la part de la Fédération australienne de tennis et de l’État de Victoria, car le résident monégasque a été testé positif au Covid-19 le 16 décembre 2021. Le 10 janvier, un juge ordonne la libération immédiate du champion de tennis, car il estime que l’annulation de son visa décidée par les autorités fédérales n’est pas légale. Djokovic remporte donc une victoire devant la justice, en gagnant le recours intenté contre le ministère des affaires intérieures australien, devant le tribunal fédéral de Melbourne.

L’Australie a été durement marquée par les conséquences de la pandémie. À Melbourne, qui a subi 283 jours de confinement, cette affaire Djokovic résonne forcément d’une façon très particulière

Test positif

Dans la foulée, le 12 janvier 2022, Djokovic reconnaît avoir commis une erreur dans sa déclaration d’entrée sur le territoire australien. En effet, en Australie, avoir été positif au Covid-19, ne permet pas d’obtenir une dérogation de la part du gouvernement fédéral, qui est chargé de veiller sur les frontières australiennes. Le test positif que Djokovic a obtenu le 16 décembre 2021 en Serbie, et qu’il a présenté aux autorités locales, n’est donc pas suffisant. Mais le gouvernement du premier ministre d’Australie, Scott Morrison, décide d’actionner les pouvoirs discrétionnaires du ministre de l’immigration. Résultat, le 14 janvier 2022, le ministre de l’immigration australien, Alex Hawke, explique qu’il a annulé le visa de Novak Djokovic, en s’appuyant « sur des bases sanitaires et d’ordre public, au motif qu’il était dans l’intérêt public de le faire ». Certains ont aussi vu dans cette décision un choix politique. En effet, des élections législatives doivent se dérouler d’ici le mois de juin 2022. Or, selon un sondage publié par le média australien The Age, 71 % des Australiens souhaitaient que Djokovic quitte leur pays. Le numéro un mondial doit alors retourner dans un centre de rétention administrative. Quarante-huit heures plus tard, le 16 janvier 2022, le recours du Serbe contre l’annulation de son visa est repoussé par la cour fédérale australienne. Il doit donc être expulsé. En attendant, cette affaire fait un heureux. Il s’agit de Salvatore Caruso, 150ème joueur mondial. Après avoir été éliminé lors des qualifications de l’Open d’Australie, c’est lui qui remplace Novak Djokovic, reparti en Serbie.

Novak Djokovic va donc devoir prendre une décision, et choisir entre ses convictions personnelles et sa carrière de sportif de haut niveau. Connu pour son très fort caractère, le résident monégasque acceptera-t-il de se soumettre à la vaccination ?

« Erreur de jugement »

Reste désormais à mesurer avec précision les conséquences de cette affaire. À commencer par l’Australie, qui s’est montré inflexible dans ce dossier, et qui reste un pays connu pour sa capacité à organiser une multitude d’événements sportifs. L’Open d’Australie, devra lui aussi assumer les traces laissées par cet épisode houleux. Mais c’est bien sûr pour Novak Djokovic que l’impact sera le plus lourd à porter. Son image a été ternie par cet imbroglio sanitaire. Depuis des mois, le numéro un mondial tient parfois des positions assez controversées sur la vaccination et le Covid, ou des positions jugées trop floues et hésitantes par l’opinion publique. « Personnellement, je suis opposé à la vaccination, et je ne voudrais pas être forcé par quelqu’un à faire un vaccin pour pouvoir voyager », déclarait-il en avril 2020, à l’occasion d’un direct sur Facebook, avec d’autres athlètes serbes. Avant de préciser qu’il avait ses « propres idées sur la question », et qu’il ne savait pas « si ces idées vont changer à un moment donné ». Mais il s’était alors dit conscient d’être contraint de « prendre une décision », si jamais le vaccin « devient obligatoire ». La façon dont il a géré son test positif de décembre 2021, sans observer l’isolement sanitaire nécessaire, ne joue pas, non plus, en sa faveur. En effet, il n’a pas remis à plus tard une interview avec un journaliste du quotidien sportif L’Équipe : « Je me suis senti obligé de continuer et de réaliser l’interview de L’Équipe, car je ne voulais pas laisser tomber le journaliste », s’est-il défendu sur son compte Instagram, le 12 janvier 2022. Il a aussi reconnu « une erreur de jugement », et admis qu’il aurait « dû reporter cet engagement ». Et puis, il y a les conséquences sportives, bien sûr. Après s’être imposé neuf fois à l’Open d’Australie, il n’alignera donc pas une dixième victoire en 2022. Par voie de conséquence, il ne remportera pas un 21ème titre du Grand Chelem, et il ne dépassera pas Roger Federer et Rafael Nadal. Pire, il pourrait même devoir céder sa place de numéro un mondial. Tout dépendra des résultats obtenus dans ce tournoi par Daniil Medvedev (numéro deux mondial) et Alexander Zverev (numéro trois mondial).

La façon dont Djokovic a géré son test positif de décembre 2021, sans observer l’isolement sanitaire nécessaire, ne joue pas, non plus, en sa faveur. […] « Je me suis senti obligé de continuer et de réaliser l’interview de L’Équipe, car je ne voulais pas laisser tomber le journaliste », s’est-il défendu sur son compte Instagram, le 12 janvier 2022.

Du 9 au 17 avril 2022, il y aura les Masters de Monte-Carlo, pour lesquels Djokovic n’avait pas confirmé sa participation, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 18 janvier 2022

Temps

Enfin, il faudra voir si la position de Novak Djokovic concernant la vaccination contre le Covid-19 évolue. Le responsable de la communication de l’ATP, Simon Higson a déclaré sur Twitter que 95 % des joueurs du top 100 étaient vaccinés. Sauf exemption médicale délivrée dans de très rares cas, dans les semaines qui viennent, Djokovic ne pourra pas participer à tous les grands tournois. Pourra-t-il jouer à Roland-Garros, du 22 mai au 5 juin 2022 ? « Il faudra un pass vaccinal tout le temps pour entrer dans un équipement sportif, mais il y a des protocoles sanitaires imposés pour les grands événements, qui viennent s’ajouter, s’additionner au protocole du pays et donc c’est ce qui permettra en France à quelqu’un comme Novak Djokovic de pouvoir entrer sur le territoire », a indiqué, dans un premier temps, la ministre des sports, Roxana Maracineanu, à nos confrères de France Info, le 14 janvier 2022. Avant de rétropédaler sur son compte Twitter le 16 janvier 2022, soit le jour du vote du texte sur le passe vaccinal à l’Assemblée nationale : « Le pass vaccinal a été adopté. Dès que la loi sera promulguée, il deviendra obligatoire pour entrer dans les ERP déjà soumis au pass sanitaire (stade, théâtre ou salon) pour l’ensemble des spectateurs, des pratiquants, des professionnels français ou étrangers. » De son côté, Gilles Moretton, le président de la Fédération française de tennis (FFT), est resté plus flou, en expliquant le 16 janvier 2022 que ses équipes « travaillent en collaboration avec les autorités publiques, qui préciseront les règles relatives à l’accueil des sportifs étrangers non-vaccinés pour notre tournoi en temps utile », sans en dire davantage. Novak Djokovic devra donc se soumettre à ce passe vaccinal, sous peine de ne pas pouvoir disputer Roland-Garros. Pour Wimbledon et l’US Open, ce sera tout aussi compliqué. À Londres, si les règles sanitaires ne changent pas d’ici là, Djokovic devra respecter une quarantaine. Or, entre la fin de Roland-Garros et le début de Wimbledon, cela laisse très peu de temps. Avant cela, du 9 au 17 avril 2022, il y aura les Masters de Monte-Carlo, pour lesquels le résident monégasque n’avait pas confirmé sa participation, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 18 janvier 2022. Aux États-Unis, le dispositif est encore plus serré. En effet, il faut fournir aux autorités américaines un schéma de vaccination complet pour entrer dans le pays. Là encore, il existe des possibilités d’exemption, mais elles restent très rares. Et, comme en Australie, avoir été infecté récemment par le Covid-19 ne fait pas partie des jokers que pourrait présenter Djokovic. En mars 2022, les Masters 1 000 d’Indian Wells en Californie, et de Miami en Floride, semblent aussi hors de portée sans vaccin. Même chose en août 2022 pour le Masters 1 000 de Cincinnati, dans l’Ohio. Le résident monégasque va donc devoir prendre une décision, et choisir entre ses convictions personnelles et sa carrière de sportif de haut niveau. Connu pour son très fort caractère, Novak Djokovic acceptera-t-il de se soumettre à la vaccination ? À 34 ans, il sait en tout cas que, sportivement, il n’a plus beaucoup de temps devant lui.

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Monaco Hebdo