Jusqu’au 31 juillet, la galerie Bartoux à Monaco propose une exposition-vente inédite consacrée à Fernando Botero. À 87 ans, le maître colombien se voit dédier une rétrospective de ses quarante années de création.
Depuis le 20 juin, la galerie Bartoux célèbre à travers 31 œuvres Fernando Botero. « Il devait faire l’inauguration. Malheureusement, son état de santé ne l’a pas permis. Mais il était de tout cœur avec nous. Il a apprécié le catalogue de l’exposition », assure Nicolas Bartoux, manager de cette galerie. Le maître s’est surnommé « le plus Colombien des artistes colombiens. » Et Nicolas Bartoux ajoute : « Cette exposition sur Botero est la première depuis 10 ans en Europe. On expose les trois aspects de son travail. On a réuni ses huiles sur toiles, ses dessins et sculptures. La thématique repose sur ses 40 ans d’histoire artistique. La période des œuvres réunies s’étale de 1978 à 2018. Aujourd’hui, Botero continue de peindre un peu. Mais il a complètement arrêté la sculpture. Sa dernière réalisation date de 2018. » Son génie créatif se retrouve dans ses célèbres sculptures en bronze. « On a eu l’œuvre Leda et le cygne (2018). Une sculpture magnifique qui était exposée devant la galerie. Nous avons aussi Ballerine (2016), Femme à cheval (2015), Maternité (2006) et Nu couché (1996). » Les œuvres de cet artiste sont aussi à découvrir gratuitement à la galerie, proche de la place du casino. « L’idée de cette exposition vient de Robert Bartoux. À la galerie, nous détenons des œuvres de Botero. D’autres proviennent de collectionneurs privés à travers le monde. Et il y a des œuvres qui viennent de l’atelier du maître, situé sur le quai Antoine 1er, à Monaco. C’est ainsi que l’on est en mesure d’exposer 31 œuvres », raconte le manager.

Mandoline
Né à Medellin en 1932, Fernando Botero est probablement l’un des artistes les plus recherchés par les amateurs d’art. À ses débuts, il a travaillé comme illustrateur de journal. Aussi il s’est passionné pour le dessin des artistes italiens de la Renaissance. Par la suite, le peintre et sculpteur a peaufiné son style. Il s’inspire continuellement de l’art pré-colombien et populaire. « Son premier tableau est Nature morte à la mandoline (1957). Il sait aperçu que sur cette mandoline, le trou de celle-ci, donnait un aspect enveloppé et charnel. Son style vient de là », indique Nicolas Bartoux. Avant d’ajouter : « Quand on regarde l’art pré-colombien, les femmes étaient représentées bien en chair. Dans les premières sculptures datant de la préhistoire, la figure maternelle est toujours représentée de manière enveloppée. Au Moyen Âge, la femme enveloppée était un critère de beauté et de santé. Ce n’est que depuis 100 ans que l’on a des femmes filiformes comme critère de beauté. » On retrouve le style de cet artiste à travers ses personnages girons et burlesques qui façonnent l’ensemble de son œuvre. « L’œuvre La Sainte (2017), que nous exposons, est emblématique de son style. Elle semble issue de la classe moyenne. Elle est très bien habillée et elle sort des sentiers battus. Au-dessus de sa tête, il y a cette couronne réservée aux saintes », détaille Nicolas Bartoux.

« Cirque »
Botero considère que son objectif est de « toucher le cœur de tout le monde dans le monde. » Artiste populaire, ses peintures et ses sculptures semblent s’adresser directement aux spectateurs. « Je pense que Botero a créé une œuvre universelle. Quelle que soit sa classe sociale, tout le monde connaît ses œuvres. Dans toutes les grandes villes, il y a souvent une sculpture de l’artiste », estime Nicolas Bartoux. Parfois proches de la caricature, ses personnages naviguent dans des paysages où les animaux et objets sont aussi ronds. Et sa période, début des années 2000, consacrée au cirque est bien représentative. « On a plusieurs dessins qui représentent le cirque. Ce sont des dessins précurseurs par rapport à ses toiles. Botero a rencontré un cirque mexicain source de son inspiration. Nous exposons sa toile Entraîneur avec tigre (2007). C’est une femme qui est allongée sur un tigre. Nous avons aussi des dessins représentant des acrobates. L’artiste a réalisé une trentaine de toiles sur ce thème », énumère le manager. Ouvert en juillet 2018, l’antenne monégasque des galeries Bartoux fête donc son premier anniversaire avec l’exposition de Botero. « C’est un hommage à Monaco et à l’artiste. Déjà nous souhaitions ouvrir ici il y a 10 ans. La principauté a toujours été dans notre cœur. Pendant cette année, il s’est passé beaucoup d’expositions », assure Nicolas Bartoux. Sa galerie a déjà exposé des œuvres de Chagall (1887-1985), de Matisse (1869-1954), et de Warhol (1928-1987). Certaines œuvres exposées sont à vendre. « Elles appartiennent à des collectionneurs privés, à Botero et aux galeries Bartoux. Les œuvres sont proposées à la vente à prix fixes. Nous sommes sur les prix du marché. Bien sûr, il y a toujours une petite marge de négociation. Pour les dessins, les prix sont de 90 000 ou 98 000 euros. Pour les sculptures, les prix vont de 450 000 à 2 200 000 euros. Et les huiles sur toiles, les prix vont de 380 000 à 1 550 000 euros », détaille le manager.

Enchères
Le 21 juillet 2019, une œuvre de Botero sera vendue aux enchères. « C’est l’hôtel des ventes de Monte-Carlo (HVMC) qui va s’en occuper. De notre côté, on va offrir le dessin La familia (2002) à la fondation prince Albert II. La famille et les valeurs de la mer sont importantes à Monaco. Notre famille est originaire d’Antibes. Et on a eu envie de participer à la cause défendue par le prince Albert », précise Bartoux. Avant d’ajouter : « C’est une sanguine sur papier de Botero. Elle représente un homme debout, d’origine humble. Il est fier de porter son costume. C’est très important en Colombie. Sa femme est assise dignement sur sa chaise, entourée de ses enfants. C’est une œuvre magnifique. » Ainsi la totalité de la recette sera reversée au profit de la fondation prince Albert II. « Des œuvres similaires se vendent dans les 90 000 euros. Maintenant, une vente aux enchères c’est un peu la surprise. Donc, l’estimation de la vente pourrait se situer entre 70 000 et 120 000 euros. On espère une vente dans cet ordre. Au-dessus, c’est un peu rêver », confie le manager. Depuis 40 ans, Fernando Botero est passé maître dans le contre-pied. Ses œuvres fantaisistes capturent un monde très singulier et rond. De son côté, l’artiste maintient qu’il ne peint pas le gras, mais le volume. Et la constance de sa production artistique témoigne de sa curiosité insatiable. Pendant ce temps, Nicolas Bartoux espère : « L’avenir nous dira si c’est sa dernière exposition. Mais nous espérons qu’il y en aura d’autres. »
Renseignements : Galerie Bartoux
Exposition Fernando Botero, jusqu’au 31 juillet
À Monaco, 13 av. des Spélugues. Tél. : (+377) 93 30 05 50
Galeries Bartoux : une saga familiale




