La Coupe du monde de rugby débute le 18 septembre, avec une finale programmée le 31 octobre. Un événement mondial sur lequel souhaite s’appuyer la Fédération Monégasque de Rugby et l’ASM Rugby pour continuer à grandir.
Il y a les Jeux Olympiques (JO) et la Coupe du monde de football. Et puis, au troisième rang des plus importants événements sportifs, on trouve la Coupe du monde de rugby. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 15 septembre 2015, 2,2 millions de billets avaient été vendus. Les chaines de télévision, mais aussi les annonceurs et les publicitaires, estiment qu’environ 4 milliards de téléspectateurs seront devant leurs écrans du 18 septembre au 31 octobre. Organisée par l’Angleterre, cette huitième Coupe du monde de rugby (voir notre tableau des vainqueurs) reste encore un business modeste. Selon une étude demandée à Ernst & Young par le comité organisateur de cette manifestation sportive, le PIB britannique ne devrait progresser que d’un milliard de livre (1,4 milliard d’euros). Soit moins de 0,07 % du PIB.
Afrique du Sud
A Monaco, on va bien évidemment suivre cette compétition pour laquelle le XV de France est loin d’être favori. Mais peu importe. La communauté anglo-saxonne installée en Principauté suivra tout particulièrement l’Angleterre bien sûr. Mais aussi l’Irlande, le Pays de Galles, l’Ecosse, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Du côté du palais princier, la Princesse Charlène, observera avec attention le parcours de l’Afrique du Sud qui possède une réelle chance de remporter sa deuxième Coupe du monde, après celle de 1995.

Comme beaucoup de Sud-Africains, elle aime ce sport. Du coup, la Princesse n’a pas hésité à s’impliquer. Par exemple, en 2013, sa fondation s’est associée au Rugby Club de Draguignan pour réunir près de 1300 rugbymen autour de quelques joueurs du Rugby Club de Toulon (RCT), notamment Chris Masoe, Jocelyno Suta, Juan Martín Fernandez-Lobbe, David Smith, Carl Hayman ou Steffon Armitage. «Depuis 2012, la Princesse Charlène est la marraine du club, explique Patrick Lecoy, responsable des partenariats à l’ASM Rugby. Elle finance des activités rugby par l’intermédiaire de sa fondation. Dernièrement, dans le cadre de la FMR, des enfants de la Principauté sont partis jouer en Afrique du Sud et ont pu participer à un tournoi international.»
« L’arrivée de la Princesse Charlène a changé beaucoup de choses, car elle aime le rugby»
Isabelle Ithurburu. Journaliste à Canal+
Car le rugby en Principauté, c’est non seulement une Fédération Monégasque de Rugby (FMR) créée en 1996 et présidée par Cédric Nardi. Mais c’est aussi un club, l’ASM Rugby, lancé en 1964 et dirigé par Thomas Rique. Un particularisme qui n’étonne pas plus que ça, même à Paris. La journaliste de Canal+, Isabelle Ithurburu [voir son interview, par ailleurs – NDLR], que l’on retrouvera aux commentaires de cette Coupe du monde pour cette chaine cryptée, connait la FMR et l’ASM Rugby, «parce que j’ai vécu une année à Toulon. A l’époque, certains joueurs avaient été approchés pour renforcer le rugby en Principauté. Je sais aussi qu’on aime beaucoup le rugby en Principauté.»
«Culture»
La bonne nouvelle pour l’ASM Rugby est tombée le 10 septembre, vers 18 heures. Suite à une défection de dernière minute, le club monte en division Honneur, soit l’équivalent de la 6ème division. Encore assez loin de la Pro D2, la deuxième division, et surtout du Top 14, qui voit s’affronter les 14 meilleurs clubs français. « On est aux portes de l’objectif du club à court terme qui est de monter en division Fédérale, qui est le début du monde professionnel. Sportivement, c’est une très bonne nouvelle», savoure Patrick Lecoy. Il va donc falloir recruter vite et bien. Et trouver aussi de nouveaux sponsors pour un club relancé en 2008 et qui dispose d’un budget qui varie de 50 000 à 80 000 euros.
Pour séduire, le club joue notamment la carte de la médiatisation. La nouvelle équipe de direction arrivée cette année veut développer son école de rugby et continuer à gravir les échelons. Le président d’honneur de l’ASM Rugby n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard, puisqu’il s’agit de l’ancien joueur international (12 sélections de 1998 à 2001) Thomas Lombard (voir son interview par ailleurs), notamment passé par le Stade Français, Worcester ou le Racing 92. De grosses opérations de communication ont été lancées et vont se poursuivre. Proche de la famille princière, le capitaine des Springboks lors de leur victoire à la Coupe du monde de 1995, François Pienaar, était en Principauté le 5 septembre, suite à une invitation de l’ASM Rugby. Une belle opération, selon Lecoy : «La venue de François Pienaar nous a fait beaucoup de bien. Grâce à lui, on a beaucoup gagné en visibilité. On va essayer de surfer sur cette «vague Pienaar» pour aller chercher de nouveaux sponsors.»
« La culture rugby à Monaco est encore relativement faible dans la communauté francophone. Le foot écrase tout »
Patrick Lecoy. Responsable des partenariats à l’ASM Rugby
Le ticket d’entrée pour devenir partenaire du club à l’année est de 15 000 euros. L’an dernier, le plus gros sponsor était à 35 000 euros. Aujourd’hui, le club s’appuie sur 6 ou 7 partenaires. Avec cette montée imprévue en division Honneur, il va falloir trouver quelques soutiens supplémentaires. Car sportivement, le club se structure. Avec 300 adhérents, dont 200 à l’école de rugby qui regroupe les enfants de 5 ans à moins de 15 ans, l’ASM Rugby compte donc sur une centaine de joueurs pour ses deux équipes seniors et l’équipe des plus de 15 ans. Du coup, le rugby est le 2ème sport collectif amateur de l’ASM omnisports, juste derrière le football. «Construire un club professionnel à Monaco, c’est réaliste. Ce ne sera pas compliqué dans la technicité, mais ce sera long. Parce que la culture rugby à Monaco est encore relativement faible dans la communauté francophone. Le foot écrase tout», ajoute Patrick Lecoy, qui rêve de pouvoir organiser un événement autour de la star aujourd’hui retraitée du Rugby Club Toulonnais (RCT), l’international anglais Jonny Wilkinson. Pas impossible, si l’on en croit Isabelle Ithurburu : «La Princesse Charlène est proche de l’ancien joueur de Toulon, la star anglaise Jonny Wilkinson.»

«Marraine»
Pour le président de la FMR, Cédric Nardi, les données du problème ne sont pas simples. Car pour jouer avec la sélection monégasque, il faut remplir des critères précis : être né à Monaco ou avoir un de ses parents ou grands-parents qui y soit né. Ou alors y résider depuis 3 ans. En revanche pour les compétitions olympiques, c’est encore plus compliqué, car il faut alors absolument avoir la nationalité du pays dont on porte le maillot. Voilà pourquoi la FMR mise surtout sur le rugby à 7. «Comme tous nos joueurs éligibles n’ont pas les qualités pour jouer à 7, on réfléchit pour monter une équipe à 15. Parce que l’âme du rugby, ça restera toujours le rugby à 15. Même si le rugby à 7 est devenu olympique et se trouve de plus en plus médiatisé, avec des diffusions sur Canal+», indique Cédric Nardi. Le nombre de licenciés se maintient pourtant aux alentours de 150, dont environ 10 % de Monégasques.
«La Princesse Charlène est proche de l’ancien joueur de Toulon, la star anglaise Jonny Wilkinson.»
Isabelle Ithurburu. Journaliste à Canal+
Mais plutôt que de parler de licenciés, il faut donc parler de joueurs «éligibles», selon les critères de World Rugby, qui a remplacé la Fédération Internationale de Rugby Amateur (FIRA). «La FMR a signé un important partenariat avec la fondation Princesse Charlène de Monaco. Du coup, on organise beaucoup d’événements dans ce cadre. L’arrivée de la Princesse Charlène a changé beaucoup de choses, car elle aime le rugby. Elle est d’ailleurs devenue la marraine du rugby en Principauté», souligne Cédric Nardi. Le tournoi de rugby de Sainte Dévote organisé par la FMR et dédié aux moins de 12 ans a commencé avec deux équipes en 2010. «Cette année, c’était presque un mini-championnat du monde des moins de 12 ans, lance le président Nardi. On a accueilli pendant une semaine une équipe sud-africaine, grâce à l’aide de l’association South African Rugby Legends (SARL). Ils sont partis en stage pendant 48 heures à Toulon, avec nos jeunes. Ce tournoi a aussi accueilli une équipe suisse, une russe, une autre d’Abu-Dhabi… Mis à part l’Amérique, tous les continents étaient représentés.»
«On a déjà été approché par l’Allianz Riviera qui rêverait de nous voir évoluer en Top 14 là-bas. Mais on en est encore très loin…»
Patrick Lecoy. Responsable des partenariats à l’ASM Rugby
Quant aux joueurs de moins de 16 ans, ils sont partis en stage d’une semaine en Afrique du Sud pour jouer en lever de rideau du match Afrique-du-Sud-Nouvelle-Zélande à l’Ellis Park de Johannesburg, face à une sélection des joueurs de moins de 16 ans de cette ville. Le tout avec l’appui de la fondation Princesse Charlène et de l’association South African Rugby Legends (SARL). Avec une moyenne d’âge de 23-24 ans pour son équipe seniors à 7, Monaco récolte les fruits de son école de rugby : «Il y a trois ans, on a été champion d’Europe en division B en rugby à 7. Ce qui nous a permis de monter en division A», rappelle Nardi.

Terrain
Mais le rugby n’a pas de stade dans Monaco. Difficile de partager le stade Louis II avec le football. Il faut dire que les plus grands clubs français, comme Toulon, Clermont, le Racing Métro ou le Stade Français disposent tous de leur propre stade, nécessaire à leur développement économique. « On n’a pratiquement pas de lien avec le football depuis le changement de propriétaire à la tête de l’AS Monaco. Le dialogue est extrêmement faible. Avant, on avait des échanges avec le président, Etienne Franzi. On est actuellement en contact avec le président de l’ASM omnisports, Louis Biancheri, qui fait ce qu’il peut», explique Patrick Lecoy. Monaco a négocié en 2012 une concession avec le village de Blausasc, à 28 kilomètres de la Principauté. Monaco a financé les aménagements de ce terrain en synthétique inauguré il y a deux ans par le Prince Albert. «Donc on ne peut plus dire que l’on a plus de stade, parce qu’on en a un. Et comme on joue à l’international, ce problème de stade se pose moins», estime pour sa part Cédric Nardi. Mais pour grandir encore, il faudra revoir la question du stade. «On a déjà été approché par l’Allianz Riviera qui rêverait de nous voir évoluer en Top 14 là-bas. Mais on en est encore très loin…», estime Lecoy. Il faudra d’abord s’imposer sportivement. Et réunir un budget d’environ 20 millions pour jouer en Top 14 ou de 12 millions pour la Pro D2.



