Présidente de l’Observatoire national français de l’activité physique et de la sédentarité et cheffe du service de médecine du sport et des explorations fonctionnelles au CHU de Clermont-Ferrand, Martine Duclos éclaire le débat sur les femmes transgenre dans le sport, à l’aune des données scientifiques actuelles. Propos recueillis par Mélicia Poitiers
Existe-t-il aujourd’hui des preuves solides d’un avantage des femmes transgenres sur les femmes cisgenre en matière de capacités physiques et sportives ?
Non. Il n’y a pas d’études de bonne qualité méthodologique permettant d’affirmer clairement s’il existe, ou non, une différence significative en termes de performances. Les travaux disponibles sont largement critiquables et ils portent, le plus souvent, sur une période limitée à un an de traitement hormonal. Que se passe-t-il au bout de trois ans ? Nous n’en savons rien. Il manque des études à long terme.
« Les travaux disponibles sont largement critiquables et ils portent, le plus souvent, sur une période limitée à un an de traitement hormonal. Que se passe-t-il au bout de trois ans ? Nous n’en savons rien. Il manque des études à long terme »
Certaines recherches évoquent toutefois une masse musculaire plus importante ?
Une étude – certes méthodologiquement discutable – suggère que les femmes transgenres pourraient effectivement conserver une masse musculaire supérieure. Je ne peux absolument pas l’affirmer, mais j’aurais quand même tendance à penser qu’elles ont probablement un avantage musculaire par rapport aux femmes cisgenre, car elles partent d’un niveau de masse musculaire initial plus élevé. Le traitement hormonal entraîne une baisse liée à la diminution de la testostérone, mais cette baisse n’efface pas nécessairement totalement l’écart initial. On sait, par exemple, que chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate, traités par suppression androgénique, donc sans testostérone, la perte de masse musculaire est de l’ordre de 10 à 20 %. On sait aussi qu’un entraînement régulier permet de limiter fortement cette perte. Cela montre que l’exercice joue un rôle majeur.
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Quelles capacités se trouvent diminuées par le traitement hormonal de transition (THT) ?
Les capacités d’explosivité et de puissance – très liées à la testostérone – diminuent fortement. Une personne qui a connu des performances masculines ressent nécessairement une différence très importante après transition. Elle peut se sentir très affaiblie par rapport à son niveau antérieur.
Qu’en est-il de l’endurance ?
La capacité d’endurance dépend, en grande partie, de la testostérone. Avec le traitement hormonal, elle diminue nettement. L’hémoglobine – qui est un facteur déterminant du transport d’oxygène – baisse également, ce qui impacte directement les performances aérobiques. En revanche, certains paramètres acquis à la puberté ne changent pas : la taille du cœur et des poumons, par exemple, reste plus importante. Morphologiquement aussi, il existe des différences : bassin généralement plus étroit, fémur plus long, architecture osseuse différente. Théoriquement, cela peut conférer certaines capacités supérieures.
En résumé ?
La science ne permet pas aujourd’hui de trancher définitivement. Il existe des bases physiologiques laissant penser qu’un avantage pourrait persister sur certains plans, mais les données sont insuffisantes et incomplètes. La prudence scientifique s’impose, tout comme le respect des règles actuelles et des personnes concernées.
La fédération française de basket-ball se base sur le sexe inscrit sur la carte d’identité : c’est pertinent ?
C’est le marqueur actuellement utilisé et comme ce critère est respecté, sur le plan réglementaire, l’athlète est totalement légitime pour concourir dans la catégorie féminine. Le plus juste serait probablement de créer une catégorie transgenre, mais en pratique, c’est complexe.



