vendredi 2 décembre 2022
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Faut-il travailler le dimanche pour relancer le commerce à Monaco ?

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Face à la concurrence des communes limitrophes et de l’Italie, il règne parfois un calme plat en principauté le week-end. La donne pourrait-elle changer si davantage de commerces de Monaco ouvraient leurs portes le dimanche ? Monaco Hebdo ouvre le dossier.

Libérer le dimanche, c’est déjà fait. Depuis le 2 juillet 2019 (1), la loi permet aux commerçants d’ouvrir 30 dimanches par an, et par salarié. Mais tous les établissements ne suivent pas pour autant. Et il n’est pas rare de voir des boutiques portes closes dans plusieurs quartiers de Monaco, le dimanche. Le week-end, vidée de sa population pendulaire — ces salariés et collaborateurs venus des communes limitrophes et d’Italie — la principauté paraît bien calme. C’est le constat que déplore Alexandre Pasta, président de l’union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM) dont le mandat a été renouvelé en mars 2022. « Depuis que Monaco Ville existe, et qu’il y a des commerces, ils sont ouverts le week-end, parce qu’il y a du monde et du tourisme. Mais, dans certains quartiers, c’est un peu plus compliqué. Quand on se dirige le dimanche vers le boulevard des Moulins et la rue Grimaldi, au contraire, c’est peut-être plus rare de croiser des commerces ouverts. » La solution est donc toute trouvée selon le président des commerçants : il faut inciter davantage ses confrères à ouvrir leurs portes le dimanche, pour créer une nouvelle dynamique dans les rues de la principauté : « Sur certains week-ends de l’année, il faut que nous soyons tous ouverts. Par exemple, le week-end du Yacht Show, celui du Grand Prix, et l’ensemble des week-ends des grands événements de la principauté. Et je ne parle même pas de Noël, évidemment. Il faut rester ouvert le dimanche pour qu’un élan se recrée. Savoir qu’à Monaco, le week-end de Pâques, par exemple, tout soit ouvert. Il faut vraiment travailler et communiquer là-dessus. » Malgré la loi du 2 juillet 2019, qui a permis l’assouplissement du travail dominical [à ce sujet, lire notre article Travailler le dimanche à Monaco : ce que dit la loi, publié dans ce dossier spécial — NDLR], le débat n’est pas clos, et le sujet ressurgit comme un serpent de mer, lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’attractivité de la principauté.

Depuis le 2 juillet 2019, la loi permet aux commerçants d’ouvrir 30 dimanches par an et par salarié. Mais tous les établissements ne suivent pas pour autant, et il n’est pas rare devoir des boutiques portes closes

Concurrence limitrophe

« On le fait, puis on voit », c’est un peu l’idée du travail du dimanche. Déjà, au moment de débattre pour l’assouplissement du travail dominical à Monaco, les conseillers-nationaux et le gouvernement misaient sur l’ouverture des commerces le dimanche pour attirer la clientèle potentielle, notamment pendulaire. L’idée était de petit à petit détourner cette clientèle, des zones concurrentielles que sont les centres commerciaux français de Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer, de Cap 3 000 à Saint-Laurent du Var, ou encore le Mall de Sanremo, en Italie, toutes ouvertes le dimanche. Sans oublier que les touristes, parfois venus de loin, risqueraient d’être déçus de découvrir une ville morte, le dimanche en principauté : « Il faut redonner une synergie à tout le monde. Soyons homogènes. Car, si l’on vient de Londres, le week-end de Pâques, et qu’on ne trouve pas un café d’ouvert, et que plusieurs commerces restent fermés, ça ne va pas. On est en train de discuter avec le gouvernement à ce sujet. On ne peut pas obliger l’ouverture de commerces. Mais il faut que nous soyons ouverts des week-ends très importants de l’année. » C’est d’ailleurs ce que soutient le gouvernement, par l’intermédiaire du département des affaires sociales et de la santé (DASS) : « Les débats qui ont eu lieu en 2019 ont clairement démontré la nécessité, pour faire face à la concurrence des régions voisines, mais aussi pour répondre à des demandes locales, sans lien avec une quelconque forme de consumérisme, d’assouplir les conditions d’ouverture de certains commerces le dimanche. » Mais force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Pas encore ? Il faudrait en effet laisser du temps au temps, selon Alexandre Pasta : « Des commerçants estiment que ce n’est pas nécessaire d’ouvrir leurs portes, car il n’y a pas assez de fréquentation dans leur quartier le dimanche, et que ce n’est pas assez rentable. Et à l’instant T, ils n’ont pas tort, car il n’y a personne. Mais il faut que ça reparte. Ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais il faut que ça se fasse tout de même un jour. Le quartier de Monte-Carlo, avec le grand luxe, est ouvert le dimanche, par exemple. On est en discussion avec l’office de tourisme pour que ça se sache. Qu’il y ait une communication importante sur ce sujet. » Pas question, cependant, d’étendre le travail dominical davantage, selon le département des affaires sociales et de la santé (DASS), en tout cas, pour le moment : « La définition des commerces autorisés par la loi 822 modifiée par la loi 1 471 est déjà très large. Un commerce de détail s’entend d’un commerce qui effectue, à titre principal, de la vente de marchandises ou de biens, neufs ou d’occasion, à des consommateurs. Cette activité de commerce de détail recouvre également la livraison ou l’installation des marchandises, ou de biens chez le client. Je ne vois pas, dans l’immédiat, l’opportunité de la modifier. » Mais le débat n’est pas clos pour autant, selon le gouvernement : « Quoi qu’il en soit, il est prévu à l’article 4 de la loi 1 471 qu’au terme d’un délai de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente loi, le gouvernement et le Conseil national examineront conjointement ses modalités de mise en œuvre. Ce sera l’occasion de faire le bilan de cette mesure, même si la pandémie a certainement joué un rôle sur ses effets. »

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Le centre commercial Polygone Riviera, à Cagnes-sur-Mer © Photo Gérard Taride

L’idée était de petit à petit détourner cette clientèle des zones concurrentielles que sont Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer, Cap 3 000 à Saint-Laurent du Var, ou encore le Mall de Sanremo, en Italie, toutes ouvertes le dimanche

Gagnant-gagnant ?

« Si la loi le permet, il faut en profiter », c’est l’autre idée des défenseurs du travail dominical. Outre Alexandre Pasta à l’UCAM, Cédrick Lanari, secrétaire de la fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), juge quant à lui que le travail du dimanche offre aux salariés de Monaco l’opportunité d’améliorer leur pouvoir d’achat. La loi du 2 juillet 2019 permet en effet aux salariés la possibilité de toucher le double, au moins, de leur rémunération journalière, sans perdre de jour de repos hebdomadaire : « Le travail dominical, nous sommes « pour » depuis le début. Nous avions convenu de quelques conditions pour sa mise en place à Monaco : le volontariat, deux jours de repos garantis dans la semaine, ne pas dépasser 39 heures de travail hebdomadaire, et garantir la double paie. Chez Carrefour, par exemple [Cédrick Lanari occupe la fonction de cadre chez Carrefour Monaco — NDLR], nous payons le triple nos salariés qui travaillent le dimanche, et les gens se « bagarrent » pour le faire », assure le secrétaire général de la F2SM. Même son de cloche à la fédération des entreprises monégasques (Fedem), qui se positionne également en faveur du travail dominical, comme l’explique Philippe Ortelli [à ce sujet, lire notre article Étendre le travail du dimanche : ce qu’en pensent les syndicats, publié dans ce dossier spécial — NDLR] : « Humainement, ce dispositif est également très intéressant pour les salariés sans contrainte d’écoles, jeunes actifs, ou parents en fin de carrière, qui n’ont plus d’enfants scolarisés, et qui souhaitent obtenir des congés payés supplémentaires. »

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Le centre commercial The Mall, à Sanremo, en Italie © Photo The Mall

« Nous allons de concert avec le diocèse, en respect des valeurs catholiques qui sont celles de la principauté, et qui protègent le repos dominical. Le dimanche doit rester un jour de repos, à passer en famille, pour ceux qui le souhaitent, car le temps perdu ne se rattrape pas »

Olivier Cardot. Secrétaire général de l’USM

Valeurs

Se pose cependant l’angle non pas financier, mais celui des valeurs prônées par la principauté. À Monaco, en effet, le catholicisme est une religion d’État. Il est inscrit dans la Constitution et le dimanche est supposé rester un jour de repos, consacré à la famille et à la spiritualité. Pour le pape François, le dimanche doit rester un « moment de la contemplation de la louange », comme il l’a rappelé lors de son audience générale du 5 septembre 2018, sur la place Saint-Pierre. Le pape défend en effet le « repos authentique », en respect de ce qu’instaurent les commandements de la Bible, traduits en ces termes : « Mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage » [Exode 20:10 — NDLR]. Sur ce point, Olivier Cardot, secrétaire général de l’union des syndicats de Monaco (USM), est entièrement d’accord : « Nous allons de concert avec le diocèse, en respect des valeurs catholiques qui sont celles de la principauté, et qui protègent le repos dominical. Le dimanche doit rester un jour de repos, à passer en famille, pour ceux qui le souhaitent, car le temps perdu ne se rattrape pas. » Toujours selon La Bible, et l’évangile selon Matthieu, les chrétiens ne peuvent servir à la fois Dieu et « Mammon », qu’on pourrait traduire banalement par « l’argent ». Entre la foi et le commerce, à l’image de cette maxime, Monaco doit composer aujourd’hui entre vents contraires, pour ne pas dire entre deux eaux. À chacun sa croix.

1) La loi n° 1 471 du 2 juillet 2019.

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