À Monaco, la transition de la flotte de taxis vers des véhicules électriques ou à faible émission de CO2 s’accélère, même si elle reste confrontée à des contraintes pratiques pour les chauffeurs. Explications. Par Mélicia Poitiers
Actuellement, la Principauté compte 95 taxis réguliers, auxquels s’ajoutent trente taxis saisonniers, venus renforcer la flotte en haute saison, et qui, eux, sont déjà 100 % électriques. Le durcissement progressif de la réglementation prévoit que tous les taxis de Monaco devront rouler avec des véhicules électriques, ou à faible émission de CO2, d’ici le 2 mars 2028. Cette échéance fait suite au seuil initial de 190 g de CO2/km pour les voitures et de 220 g de CO2/km pour les vans, qui devait être appliqué avant le 31 décembre 2025.
Une échéance réglementaire repoussée
Mais selon Marc Brezzo, président de l’association des exploitants des taxis indépendants de Monaco (AETIM), le gouvernement aurait accordé une prolongation de deux ans, car « les constructeurs ne suivent pas. Sur le marché des vans 7–9 places, dont nous avons grand besoin, il existe très peu de modèles sous 220 g/km, surtout en version luxe ou haut de gamme. Pour les voitures classiques, nous pourrions prendre des Peugeot ou des Citroën, mais ça n’est pas vraiment en accord avec l’image de la Principauté… », explique-t-il.
Le durcissement progressif de la réglementation prévoit que tous les taxis de Monaco devront rouler avec des véhicules électriques, ou à faible émission de CO₂, d’ici le 2 mars 2028
La confirmation de cette information a été demandée au gouvernement monégasque, mais nous n’avons pas reçu de réponse officielle, à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 24 mars 2026.

Des défis logistiques pour les chauffeurs
Selon Marc Brezzo, de « nombreux chauffeurs » de taxis ont déjà basculé vers l’électrique ou l’hybride, lui compris, sans toutefois pouvoir donner un chiffre précis. En revanche, le président de l’AETIM insiste sur les contraintes logistiques que cela entraîne, la question de l’autonomie des véhicules électriques restant le défi majeur. « Nous effectuons de plus en plus de trajets au-delà des frontières de la principauté, et sur autoroute les véhicules ne se rechargent pas du tout. Ils ne font que se décharger », assure-t-il. « Il faut s’arrêter deux ou trois fois par jour pour recharger, ce qui automatiquement allonge les journées ou réduit le nombre de courses effectuées », plaide le président des taxis. Avant d’ajouter : « Les chiffres annoncés par les constructeurs — jusqu’à 600 kilomètres d’autonomie — sont mensongers. En conditions réelles, avec climatisation, radio, passagers et côtes, l’autonomie se situe plutôt entre 300 et 400 kilomètres », regrette-t-il. Par contre, la disponibilité des bornes de recharge n’est pas un problème pour Marc Brezzo.
Bornes de recharge réservées pour les taxis
« On fait les investissements, et en plus de ça, on fournit la recharge gratuitement. Vous ne retrouvez cette situation dans aucun pays. Les gens viennent en Principauté pour charger à l’œil. Alors qu’à Menton, il faut payer », avait lancé Bernard Fautrier président d’honneur du salon Ever, lors de l’édition 2025, à la mi-octobre.
« Nous effectuons de plus en plus de trajets au-delà des frontières de la principauté, et sur autoroute les véhicules ne se rechargent pas du tout. Ils ne font que se décharger. Il faut s’arrêter deux ou trois fois par jour pour recharger, ce qui automatiquement allonge les journées ou réduit le nombre de courses effectuées »
Marc Brezzo. Président de l’Association des exploitants des taxis indépendants de Monaco (AETIM)
« Il y a eu des plaintes du côté des taxis électriques de la Principauté qui se retrouvaient bloqués du fait de la fréquentation des bornes de recharge électrique », avait renchéri la conseillère nationale et membre de la commission de l’environnement et de la qualité de vie du Conseil national, Marine Hugonnet-Grisoul, interrogée par Monaco Hebdo en novembre 2025 [à ce sujet, lire notre article Bornes de recharge électrique : vers la fin de la gratuité à Monaco ?, publié dans Monaco Hebdo n° 1398 — NDLR]. Si les bornes publiques sont souvent utilisées par des visiteurs extérieurs, les taxis monégasques disposent de bornes réservées, rappelle Marc Brezzo. Et, cette année, les exploitants ont obtenu du gouvernement monégasque une augmentation de leur nombre.



