Le milliardaire britannique d’origine chypriote, Stelios Haji-Ioannou, a annoncé début mai adhérer à l’association philanthrope de Bill Gates, Giving Pledge. Il s’engage à donner la moitié de sa fortune à une œuvre caritative. Portrait de ce résident monégasque.
« Nous sommes tous inspirés par quelque chose. » Stelios Haji-Ioannou est arrivé à un moment de sa vie où il veut « rendre » ce qu’il a reçu. Le fondateur et premier actionnaire de la compagnie lowcost easyJet a annoncé début mai sa décision de rejoindre le club de milliardaires philanthropes Giving Pledge créé en 2010 par Bill Gates. Il s’engage ainsi à donner la moitié de sa fortune à des œuvres caritatives. « Pour moi, il s’agit d’un long processus, relate celui qui aime être appelé par son prénom. Cela a débuté il y a 10 ans. Quand j’ai eu 40 ans, je me suis dit que je devais commencer à payer la dette que j’ai envers la société. C’est comme si la société m’avait fait un prêt que je dois aujourd’hui rembourser. » Lorsqu’on lui demande s’il estime ne pas mériter son formidable succès, Stelios sourit : « J’ai eu beaucoup de chance dans la vie et je me suis trouvé au bon endroit au bon moment. » La part de chance est probablement réelle, mais ce patron a aussi reçu un vrai don pour les affaires. Ce Britannique d’origine grecque et chypriote dont la fortune est estimée à plus de 2 milliards de dollars, est le fils d’un entrepreneur à succès en Grèce.
Influence
Après ses études à la London School of Economics, il aurait pu se contenter de reprendre les rênes de la Troopos Shipping, l’entreprise familiale spécialiste du rachat de tankers. Mais Stelios Haji-Ioannou veut se défaire de l’influence paternelle et surtout, voler de ses propres ailes. En 1992, il n’a que 25 ans. Avec l’aide financière de son père, il crée Stelmar shipping, sa propre compagnie de pétroliers. C’est un succès. En 2001, elle entre à la bourse de New York. Trois ans plus tard, inspiré par la Southwest Airlines aux Etats-Unis, il crée easyJet. Il a le nez creux, car avec sa compagnie aérienne low cost européenne, il va faire fortune. Dès l’an 2000, elle est aussi côtée en bourse. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’il alimente ses projets caritatifs. « Parce que je possède le nom easyJet, j’ai des revenus réguliers vraiment stables, précise-t-il. Un quart de ce que vous payez chaque fois que vous voyagez sur easyJet va dans mon entreprise et n’est pas soumis aux aléas des marchés boursiers. » En 2007, le chevalier Sir Stelios a créé sa fondation, la Stelios Foundation, dans laquelle il verse 3 millions d’euros chaque année. Une somme qu’il espère augmenter.
« Food from the Heart »
« Nous avons commencé avec de petits pas. D’abord en Angleterre, puis en Grèce, en aidant aussi les associations monégasques, énumère-t-il. Il y a 5 ans, nous avons organisé un événement avec la WWF et le Prince Albert II. L’idée est de créer un modèle, une énergie. » Peu à peu la Stelios Foundation se développe et son créateur se partage entre la gestion de ses entreprises – easyGroup compte aujourd’hui près de 1 000 marques déposées – pour deux tiers de son temps, le tiers restant est dévolu aux œuvres caritatives qui poursuivent deux buts principaux. L’éducation d’abord. Car Stelios Haji-Ioannou a bien conscience que la réussite passe par là. Alors il paye les frais d’inscription aux étudiants émérites qui n’en ont pas les moyens, notamment à la London School of Economics. Et puis, la situation en Grèce le touche tout particulièrement. « Il y a tellement de besoins avec la crise économique et l’afflux de migrants. Nous avons créé Food from the Heart, précise le patron d’easyJet. Notre idée vient des Restos du cœur. Je suis allé visiter les locaux niçois pour m’en inspirer. » Aujourd’hui, 65 000 personnes en bénéficient en Grèce et 25 000 repas sont distribués chaque jour. « Il y a parfois des files d’attente de plus de 20 minutes », commente le milliardaire, qui n’en est pas à un projet près, puisque désormais, il aimerait que sa fondation œuvre pour la paix entre les peuples grec et turc de Chypre.

Afrique
« Et puis il y a deux ans, j’ai commencé à me demander comment faire pour que ma fondation me survive. Je me disais qu’il fallait qu’elle vive pour toujours. » Conscient que le mot est fort, Sir Stelios n’en démord pourtant pas. Car, s’il espère que la situation économique s’améliore en Grèce et que Food from the Heart n’aura pas une durée de vie indéfinie, il sait que d’autres causes pourraient avoir besoin de financement. C’est ici que la proposition de Bill Gates intervient. « Je l’ai eu au téléphone il y a un mois, raconte Stelios Haji-Ioannou. J’avais eu tous les renseignements auprès des équipes de Giving Pledge, mais il a fini de me convaincre. Il pense que nous pouvons tous apprendre les uns des autres. » En adhérant à l’association du fondateur de Microsoft, celui d’easyJet s’engage à donner une grosse partie de ses biens à une œuvre de charité. De son côté, Bill Gates alimente sa propre fondation afin de venir en aide à l’Afrique, notamment dans l’éradication de la polio. « Nous pouvons verser l’argent où nous voulons, précise Stelios Haji-Ioannou. J’ai donc décidé de donner la moitié de ma fortune à ma fondation. »
Vocations
Un leg qui aura lieu à la mort du patron d’easyGroup et se matérialisera par un fonds de dotation. Ce qui permettra d’alimenter, année après année, les besoins en finances de la Stelios foundation. Le créateur d’easyJet a désormais complètement changé sa dynamique. Si pendant 25 ans, il a été accro à la création d’entreprises, il se dit aujourd’hui « établi » (il dit « established » en anglais) et « vieux ». Désormais, il préfère profiter de ses acquis et réinvestir une partie de ses bénéfices pour les bonnes œuvres. « J’aimerais que plus de personnes adhèrent à Giving Pledge, insiste Sir Stelios. Je pense que Bill Gates peut changer le monde avec cette idée. Parmi les 168 signataires de l’accord de Giving Pledge, il n’y a que 21 pays. La France est d’ailleurs le grand absent. » Premier habitant de Monaco et premier Grec et Chypriote également, Stelios espère bien créer des vocations. Il lance d’ailleurs un appel au Prince Albert II pour l’organisation d’une grande réunion de Giving Pledge à Monaco avec tous les signataires, mais aussi de potentiels adhérents. « Et pourquoi ne pas faire de Monaco le centre des philanthropes européens ? » Un appel du pied désormais passé.



