samedi 1 octobre 2022
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SBM?: le pacte social en danger??

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Casino de Monte Carlo
© Photo Fanny Cotin.

A la Société des bains de mer, la tension est palpable. Jean-Luc Biamonti et Jean-Louis Masurel, président du conseil d’administration et administrateur délégué, ont reçu les syndicats le 15 novembre. Confirmant que leur plan de relance et d’économies est toujours d’actualité…

«Il y a des choses que l’on peut se permettre en période faste que l’on ne peut plus supporter aujourd’hui ». A l’occasion de la dernière assemblée générale en septembre, le président du conseil d’administration Jean-Luc Biamonti avait demandé à Bernard Lambert de lui présenter un plan visant à relancer l’activité jeux et à « réduire la structure de coût de la société. » Au motif que « des mesures d’économie supplémentaires doivent impérativement être prises dans tous les secteurs pour retrouver une capacité bénéficiaire. » Si Bernard Lambert est aujourd’hui sorti du jeu — la direction étant désormais chapeautée par l’administrateur délégué Jean-Louis Masurel —, le conseil d’administration, lui, n’a pas changé de cap. C’est en substance le message qu’a fait passer le président Biamonti aux différents représentants syndicaux (jeux et hors jeux) qu’il a reçus le 15 novembre. Jean-Louis Masurel demandant quant à lui aux syndicalistes de faire preuve d’ouverture d’esprit, en examinant les pistes de relance « sans tabou ».

Croupiers chinois en renfort

Compte tenu du contexte économique morose, plombé par les plans d’austérité des pays européens, il n’était pas difficile pour les dirigeants de la SBM de dresser un tableau des plus noirs. Amenant à prendre des mesures vite. Très vite. D’abord en relançant les jeux. Notamment en recrutant des chasseurs de tête top niveau pour aller chercher les très gros joueurs. Surtout des clients russes, turcs et asiatiques. Pour attirer les joueurs chinois, une piste semble déjà tenir la corde?: engager des croupiers chinois, tenant des tables dans une salle ouverte 24 heures sur 24. C’est là que les clients asiatiques pourraient s’adonner au jeu, tout en mangeant leurs nouilles. Comme à Macao?! Une autre piste serait envisagée pour attirer les très gros joueurs?: acheter un casino à Londres, centre névralgique des « high rollers ».

Plan social?: aucune garantie

Mais ce qui intéressait davantage les syndicalistes, c’était les éventuelles tailles dans la masse salariale. Et là, hélas, Jean-Luc Biamonti n’a offert aucune garantie. Impossible pour le conseil d’administration, convaincu que la masse salariale plombe les comptes de la société, de promettre à ce jour que les effectifs seraient maintenus ni que l’ensemble des départs à la retraite seraient remplacés. Même si de bonne source, le président aurait indiqué que des redéploiements seraient privilégiés « afin d’essayer d’éviter un plan social »… Des propos qui n’ont rien de très rassurant. D’autant que l’une des craintes des employés de jeux devrait se réaliser?: les tables du Café de Paris devraient bien être transférées au grand casino. « Si l’on ferme ce site, c’est une catastrophe sociale?! », s’inquiète un croupier. Et de s’interroger?: « On met en péril le poumon social de notre pays. Pourquoi risque-t-on de mettre des familles à la rue alors que les dirigeants portent la responsabilité de certains investissements ratés et non rentables comme le Cabaret ou le Moods… »

Pas question de payer les pots cassés

Pour bon nombre de croupiers, il est hors de question de payer les pots cassés. Or, la direction semble avoir envoyé quelques signaux de fumée. En indiquant notamment que la suppression de postes de direction en doublon — et des salaires corollaires — ne compenserait pas forcément les postes – surtout dans les hors jeux — aujourd’hui sur la sellette. « Avec le départ de Bernard Lambert, on a fait sauter un fusible mais ça ne va pas nous calmer », ajoute le même croupier pour qui des licenciements, y compris dans les secteurs hors jeux, remettraient en cause le pacte social monégasque. D’ailleurs, un mouvement de grève n’est pas exclu pour les fêtes de fin d’année. Pas sûr que les promesses de concertation des dirigeants suffisent à calmer les esprits échaudés. Mais la balle sera bientôt dans le camp du gouvernement. Après avoir rencontré le ministre d’Etat en octobre, le conseil d’administration doit désormais lui présenter un plan étoffé. Tandis que huit syndicats solidaires vont demander un entretien au gouvernement. A la SBM, l’hiver sera chaud.

« La crise ne justifie pas tout »

Le changement de la direction et les projets de réorganisation à la SBM ont déclenché la réaction du mouvement Synergie monégasque, présidé par Claude Boisson. « Normalement, une entreprise ne peut alourdir son coût salarial que si elle en a les moyens. Lorsqu’une entreprise accuse une perte financière, elle ne peut se permettre d’embaucher un haut dirigeant, de qualité professionnelle et qui nécessite une importante rémunération, qu’à la condition de prévoir également un retour à l’investissement », indique SM dans un communiqué. « Il ne serait pas raisonnable de demander encore et toujours plus d’économies drastiques à certains services, devenus ingérables, pour payer cette nouvelle stratégie, car il faut maintenir la qualité de l’outil industriel », souligne l’association. Avant d’ajouter?: « Il conviendra que la SBM communique sur les retombées positives de ses investissements à l’étranger, car pour l’instant, personne ne comprend, même si la démarche financière peut se justifier, comment la SBM peut à la fois perdre 17 millions d’euros, faire de sévères économies et assumer des dépenses d’investissement, notamment avec les pertes pour les jeux en ligne… Les gens du pays ont en mémoire que dans le passé, lorsque l’activité était abondante à certaines périodes, tout fonctionnait bien avec un seul directeur des jeux qui supervisait tous les services et qu’il n’y avait pas besoin de directeurs en doublons, quelques soient leurs titres. »

«?Addiction?»

SM remet ainsi en cause certaines décisions prises au sein des jeux?: « Par exemple, lorsque quelques privilèges (consommations, hébergement, prêt…) sont refusés à un client du casino qui a gagné ou perdu beaucoup d’argent, sous prétexte d’une saine gestion hôtelière, il ne faut pas s’étonner que celui-ci ne revienne plus. Un gros client, parce qu’il est un « joueur », reviendra toujours au casino, en raison de son addiction, s’il y a trouvé un accueil et un confort satisfaisant. »
Et de proposer des mesures concrètes, tout en précisant que la SBM doit rester en dehors de toute politisation?: « En ce qui concerne les jeux américains, pourquoi ne pas relancer la politique des « charters » dans divers pays asiatiques et orientaux, telle que pratiquée dans les années 1980 avec des joueurs américains. Il est temps d’analyser les dysfonctionnements qui expliquent que peu de nouveaux clients viennent dans les casinos de Monte-Carlo, alors que des moyens exceptionnels et incomparables dans le monde existent chez nous. La crise ne justifie pas tout, car les casinos, à travers l’histoire, ont toujours mieux fonctionné pendant les périodes de crises financières. Pour cela, nous suggérons que la direction constitue une commission de réflexion avec les responsables des différents casinos, de l’hôtellerie, de l’administration SBM et le représentant du gouvernement. Des personnes compétentes doivent être clairement désignées, sans émoluments supplémentaires, pour mettre en application ces objectifs » dont le premier est de « remplir les salles de casino en 2012. »

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Monaco Hebdo