vendredi 2 décembre 2022
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Relieuse d’art, garante du patrimoine

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Martine-Annick Rosticher
Martine-Annick Rosticher travaille avec deux presses datant des années 1920. © Photo Monaco Hebdo.

Artisan relieur d’art, Martine-Annick Rosticher exerce sa passion pour le livre depuis près de 10 ans.

Par Tiphaine Verdonck.

Tout près de la place du Palais de Monaco, dans les rues encore bondées de touristes, une petite boutique artisanale a vu le jour depuis près d’un an. Les passants s’arrêtent volontiers pour admirer l’étalage de papiers colorés avec soins et des livres soigneusement restaurés. C’est au 32 rue Compte Felix Gastaldi que Martine-Annick Rosticher s’adonne à sa passion depuis 10 ans?: la reliure d’art. « J’ai ouvert l’atelier Les Feuillets après avoir enseigné pendant 15 ans la reliure, la gravure et la peinture aux Beaux Arts de Monaco. Grâce à ce métier, j’ai pu joindre mon amour du livre et ma passion du papier », explique Martine-Annick Rosticher.

Techniques anciennes

Traditionnellement, la reliure artisanale était un métier d’homme. Ce n’est qu’au 20ème siècle que les femmes ont commencé à se mettre à leur compte. « Ce n’est pas un métier facile. Il est physique et il faut savoir être méticuleux, patient et habile de ses mains. Il ne consiste pas seulement à faire de la couture mais à rassembler les pages d’un livre afin de le préserver du temps. » Si les techniques et les matériaux peuvent changer d’un relieur à l’autre, cette diplômée de l’école des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence préfère nettement les méthodes anciennes plus gratifiante aux modernes. « Chaque livre est unique. Il me faut quatre à cinq jours pour le restaurer. » Plusieurs étapes sont nécessaires pour redonner vie à un ouvrage?: « débrocher le livre traditionnel et réparer ce qui a été abimé. Puis recoudre et coller les cartons de couverture pour donner le corps d’ouvrage. » Pour les finitions, il existe plusieurs sortes de reliures?: en demi-toile ou pleine toile (entre 90 et 140 euros). En demi-cuir (entre 120 et 160 euros) ou en cuir plein (entre 130 et 220 euros).

Métier en perdition

Martine-Annick Rosticher ne travaille pas seule. Sa petite sœur Catherine Gauthier-Lafond, qu’elle a elle-même formée, l’assiste. Malheureusement cette activité artisanale, devenue un luxe, est en perdition. Sans doute parce que le relieur d’art ne vit pas forcément très bien de son métier. « Contrairement à ce que l’on peut croire, je ne gagne que le SMIC », confie l’artiste. Un rempart pour les jeunes qui souhaiteraient se diriger dans cette voie. Mais Marie-Annick Rosticher reste confiante?: « Il y aura toujours des relieurs même s’ils n’utilisent pas les techniques anciennes. Il y a bien des jeunes qui veulent encore être luthier ou potier. Sans la reliure, il n’y a plus de livres restaurés. Le patrimoine culturel se perdrait. Je suis une sorte de garante de ce patrimoine. »

Des créations multiples

Avec le temps, l’activité de la boutique Les Feuillets s’est diversifiée et adaptée aux touristes. Ainsi Martine-Annick Rosticher anime des ateliers de dessins et de peintures pour les enfants à partir de 8 ans. « Je vends aussi des albums photos, des carnets, des cadres photos en guise de souvenirs de vacances. C’est un peu plus chic et original. » En plus des ouvrages et mémoires personnels des gens, ou des thèses, Martine-Annick confectionne des ouvrages sur différents supports pour les administrations publiques. Les registres de mariage et de naissance ont ainsi été réhabilités par ses mains d’artistes pendant plusieurs années. En clair, sa passion pour les livres n’a pas de limite. « Il m’arrive de m’arrêter sur les ouvrages que l’on m’amène à restaurer mais je dois me freiner. Si je m’écoutais je les lierais tous, sauf les journaux officiels du gouvernement bien sûr?! », s’amuse-t-elle.

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