jeudi 6 octobre 2022
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30ème Rallye Aïcha des Gazelles : « On va démocratiser l’usage des voitures électriques »

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Suite à leur victoire au trentième rallye Aïcha des Gazelles dans la catégorie électrique, les pilotes Manal Faxelle-Abouhamda et Karolyn Favreau ont été reçues le 26 novembre 2021 par la fondation prince Albert II pour être félicitées. Monaco  Hebdo revient sur leur parcours, et sur leur engagement en faveur de l’association Monaco Liver Disorder. Interview.

C’est quoi le rallye Aïcha des Gazelles ?

Manal Faxelle-Abouhamda : C’est une course d’orientation 100 % féminine qui se situe dans le désert du Maroc, à l’aide d’une carte et d’une boussole uniquement. On n’utilise ni GPS, ni téléphone. L’objectif est de suivre des “checks points” pendant toute la course, environ 5 jours, jusqu’à la ligne d’arrivée. Et, la finalité, c’est de soutenir une association.

Pourquoi avoir choisi de soutenir l’association Monaco Liver Disorder ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Monaco Liver Disorder (MLD), c’est avant tout une belle histoire avec Carla Fadoul Shechter, la présidente de cette association. On s’est connues il y a trois ans [cette interview a été réalisée le 26 novembre 2021 — NDLR] et, à cette époque, mon neveu subissait une greffe de foie, à l’âge de cinq ans. Aujourd’hui, il en a onze et il est en pleine forme. Mais, durant l’opération, on avait besoin de soutien, et c’est à ce moment-là que j’ai connu MLD. De son côté, Carla avait besoin de visibilité pour son association. Alors je me suis dit que ce serait une bonne idée que de se lancer avec un équipage des Gazelles des Hauts-de-France, car j’avais déjà couru des rallyes. J’ai donc relevé le défi de cette trentième édition, pour soutenir l’association. Car, les enfants malades, c’est partout dans le monde.

Et vous avez gagné dans la catégorie électrique ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Pour les trente ans de la course, je dirais que toutes les gazelles ont gagné. Y participer, c’était déjà énorme. Certes, il y a des premiers, des deuxième, troisième, etc. Mais c’était un rallye très difficile cette année, où l’on frôlait les 48 °C dans le désert. Alors, la victoire, c’est surtout la visibilité qu’on apporte aux associations, et MLD en particulier, car on a toujours besoin de fonds pour faire avancer les projets.

« Le mental a pris le dessus, car on savait pourquoi on courait : on voulait aider l’association, mais aussi représenter la région Hauts-de-France et la ville de Saint-Quentin, où je vis. » Manal Faxelle-Abouhamda. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« J’ai relevé le défi de cette trentième édition, pour soutenir l’association Monaco Liver Disorder. Car, les enfants malades, c’est partout dans le monde »

Comment s’est passée la course ?

Karolyn Favreau : On a quelques rallyes à notre actif, mais celui-là était très certainement, le plus compliqué en termes de conditions. On a atteint de grosses températures. Nous n’y sommes pas habituées, car nous courons d’habitude en mars, et pas en septembre. La crise sanitaire a bousculé le calendrier. C’est aussi la première fois qu’on roulait à la fois en électrique, et en deux roues motrices.

Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?

Karolyn Favreau : Ce n’était pas évident, mais on s’en est vraiment bien sorties, car on a formé un beau binôme. On était très solidaires, très alignées, et puis on a eu beaucoup de chance, car il en faut aussi.

Manal Faxelle-Abouhamda : Ce qui aide aussi à avancer dans la difficulté, c’est l’engagement. Le mental a pris le dessus, car on savait pourquoi on courait : on voulait aider l’association, mais aussi représenter la région Hauts-de-France et la ville de Saint-Quentin, où je vis.

Quelles sont les valeurs qui VOUS ont motivées ?

Manal Faxelle-Abouhamda : L’entraide, l’esprit d’équipe, le dépassement de soi et l’audace. Ce sont les mêmes valeurs véhiculées par nos partenaires. Et puis, avec Karolyn, on avait un respect mutuel. Il arrive parfois que l’équipage ne s’entende pas, car les vraies personnalités se révèlent pendant la course.

Karolyn Favreau : En 2015, j’ai le souvenir d’une pilote qui a abandonné sa navigatrice en plein désert après une dispute. Nous, on avait une approche commune, on voulait donner le meilleur de nous-mêmes, mais pas à tout prix.

Vous ne visiez pas la victoire ?

Manal Faxelle-Abouhamda : On s’est pris au jeu de la compétition, mais on a aussi toujours été là pour aider les autres participantes quand elles en avaient besoin, pour tracer les cartes, par exemple. Aujourd’hui, on a un groupe WhatsApp en commun, et il fonctionne tout le temps, on a hâte de repartir. Dans un rallye on ne joue pas notre vie, on fait ça aussi pour se faire plaisir. Il ne faut pas oublier qu’on laisse derrière nous notre vie professionnelle et notre famille, car on aime se retrouver dans une compétition où on n’attend pas les femmes d’ordinaire. Avec Karolyn et Carla, on est une famille maintenant, on a noué des liens qui sont tissés à jamais.

Comment former un bon binôme, notamment dans le désert ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Quand on a fait le prologue, qui permet de remettre tous les véhicules en place, Karolyn me demandait quel poste choisir : pilote ou copilote. L’avantage, c’est que nous étions polyvalentes et qu’on savait s’adapter. Avec elle, ça n’a pas été dur de choisir, je me suis tout de suite positionnée comme navigatrice, et ça a bien fonctionné, puisqu’on a tout de suite atteint le haut du classement. À force, on a pris conscience qu’on pouvait gagner ce rallye.

« On a quelques rallyes à notre actif, mais celui-là était très certainement le plus compliqué en termes de conditions. On a atteint de grosses températures, jusqu’à 48 °C »

Rouler en électrique, ça change quoi dans un rallye ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Je voulais avant tout faire autre chose que de rouler en 4×4, car c’est plus qu’un effet de mode : on est en plein environnement écologique avec l’électrique. En termes de technique, c’est une autre façon de conduire, il y a plus de couple. Ça roule pas mal, il ne faut pas croire ! Mais, ce que j’ai adoré par-dessus tout, c’est le calme. Dans le désert, on était toutes seules, et on n’entendait pas la voiture. On avait l’impression d’être sur la planète Mars.

Karolyn Favreau : On a eu aussi accès à une faune du désert à laquelle on n’accédait pas jusqu’alors, notamment ces petits oiseaux blancs, qu’on n’avait encore jamais vus. Et, dans l’idée, l’électrique a beaucoup de sens. C’est plus qu’une mode. C’est un virage technologique évidemment nécessaire et essentiel, et je crois que ça correspond bien à l’avenir des rallyes. Je trouve ça assez formidable d’avoir l’opportunité d’être les pionnières et de faire les premiers rallyes en électrique. J’espère que ce sera le début d’autres épreuves du genre.

C’est aussi l’occasion d’inciter le grand public à passer à l’électrique ?

Manal Faxelle-Abouhamda : L’électrique fait déjà un boom, notamment pour les trajets courts, les gens sont conscients des avantages. Mais, tant qu’ils ne l’ont pas testé, ils ne sont pas convaincus. Karolyn et moi, on faisait tout de même partie des personnes habituées aux 4×4. Et, quand j’ai annoncé autour de moi qu’on allait courir en électrique, on ne m’a pas forcément prise au sérieux. On se demandait comment j’allais faire dans le désert. Mais il faut avancer avec ce que nous proposent les constructeurs, il y a aussi l’hydrogène comme intermédiaire. L’électrique existe depuis quatre ans sur le rallye des Gazelles, et on est toujours pionnières. Car tous les ans ils se réinventent, et ils s’organisent en conséquence.

Karolyn Favreau : On a été extrêmement relayées dans les médias et on a suscité beaucoup de curiosité sur le fait d’avoir gagné en électrique. Je pense donc clairement que l’on va contribuer à démocratiser l’usage de voitures électriques, à notre petit niveau. Même au Maroc, où j’ai eu la chance de vivre plusieurs années, ça commence à arriver. Le rallye a un rôle à jouer là-dedans, c’est une formidable opportunité.

© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Dans le désert, on était toutes seules, et on n’entendait pas la voiture. On avait l’impression d’être sur la planète mars »

Vous avez été soutenues par le prince Albert II ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Oui, nous avons couru sous le patronage de la fondation Albert II, pour la catégorie électrique. Lors du départ, le prince est venu voir chaque équipage avec un mot très gentil. On sent en lui une personne très investie dans l’environnement et l’écologie. La fondation apporte un bon zoom pour cette catégorie électrique, on est donc très heureuses. Tout le monde s’est focalisé sur l’électrique, alors que d’autres catégories ont couru. À l’origine, je pensais même qu’on allait être relayées au second rang, et rester dans l’ombre, ce qui n’aurait pas été grave en soi, et on a été propulsées finalement sans qu’on le demande.

Ce rallye des Gazelles, c’est une grosse organisation ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Tout cela a été rendu possible, car ce sont des passionnés qui s’investissent dans la logistique, et l’organisation de ce rallye. La catégorie électrique demande de gros efforts pour faire participer treize équipes.

Vous recommencerez l’an prochain, pour MLD ?

Manal Faxelle-Abouhamda : Avec n’importe quel projet, on sera là pour soutenir cette belle association monégasque. Avec Karolyn, on aimerait remettre notre titre en jeu, avec humilité. On aura donc besoin de gros partenaires pour poursuivre.

Vidéo : notre interview des gagnantes du Rallye des Gazelles dans la catégorie voitures électriques

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