lundi 16 février 2026
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Jean-Pierre Pastor : « Nous n’avons subi aucune pression »

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Jean-Pierre Pastor
Jean-Pierre Pastor : « Notre but n'est pas de taper à la porte de chaque conciergerie pour gonfler les rangs » © Photo Monaco Hebdo.

Le 19 février prochain, la Grande loge nationale régulière de la principauté de Monaco (GLNRPM) fêtera sa première année d’existence. L’occasion pour Jean-Pierre Pastor, Grand maître de l’obédience monégasque et Franck Nicolas, Grand secrétaire, de dresser un premier bilan. Et de revenir sur les relations avec la Grande loge nationale française (GLNF) et son Grand maître très décrié, François Stifani. Interview relue.

Monaco hebdo?: Dans un courrier en date du 25 janvier, vous mentionnez au Grand maître, François Stifani, votre volonté de suspendre les relations avec la Grande loge nationale française (GLNF) (voir page 15). Pourquoi ce choix??
Jean-Pierre Pastor?: Depuis un certain temps, il y a des turbulences au sein de la GLNF. C’était déjà le cas en février 2011 lors de notre consécration. Nous estimons que les valeurs d’amour, de fraternité et de paix que nous défendons au sein de l’obédience monégasque, ne sont plus de rigueur au sein de la GLNF. C’est comme deux Etats qui ne sont plus d’accord et qui décident d’interrompre leurs relations diplomatiques. La décision a été mûrement réfléchie et elle est purement monégasque. Nous n’avons subi aucune pression, d’aucune loge externe.

M.H.?: A ce jour, combien de grandes loges ont fait la même démarche??
J-P. P?: Plus d’une trentaine de grandes loges européennes et internationales ont déjà suspendu les relations avec la GLNF ou retiré la reconnaissance à cette obédience. C’est notamment le cas de la Grande loge unie d’Angleterre, de la Grande loge unie d’Allemagne, ou encore de l’Autriche. La Serbie vient également de retirer la reconnaissance. Nous ne sommes donc pas les premiers à franchir le pas.

M.H.?: Concrètement, que signifie « suspendre » ses relations avec une grande loge??
Franck Nicolas?: Dans ce processus, il y a au total trois stades. A Monaco, nous en sommes au premier, à savoir, la suspension des garants d’amitié. Le deuxième stade est la suspension de la reconnaissance, et le dernier stade, la rupture de la reconnaissance. En ce qui concerne l’obédience monégasque, cela signifie qu’il n’y aura plus de relations, ni amicales ni administratives entre notre loge et la GLNF. Mais cette décision ne change évidemment rien à notre fonctionnement interne puisque nous sommes totalement indépendants, administrativement et financièrement.

M.H.?: Quel regard portez-vous justement sur cette guerre interne au sein de la GLNF??
J-P. P?: Nous ne souhaitons pas nous ingérer ou commenter les problèmes que rencontre la GLNF. Nous avons un devoir de réserve. C’est regrettable qu’il y ait ce déchirement. Mais je ne prendrai parti pour aucune des factions. Ni pour le Grand maître actuel, ni pour les opposants. Il est d’ailleurs interdit à tous les Frères de Monaco de faire une quelconque ingérence.

M.H.?: Est-il envisageable à l’avenir que l’obédience monégasque renoue des relations avec la GLNF?? Et si oui, à quelles conditions??
J-P.P.?: Nous laissons d’abord les Frères français régler leur désaccord entre eux. Le jour où la paix et l’harmonie régneront à nouveau, cela sera envisageable.

M. H?: Le 19 février dernier, au moment de la consécration, vous étiez environ 200 Frères répartis dans 7 loges. Un an après, où en est-on??
J-P. P?: A l’heure actuelle, nous sommes exactement 206 Frères. Il y a eu une quinzaine de départs mais aussi des arrivées à la fois de résidents et de Monégasques. Certains n’ont pas trouvé chez nous ce qu’ils souhaitaient. D’autres ont préféré suivre un autre chemin qui n’était pas compatible avec l’appartenance à la grande loge monégasque.

M. H?: Au regard des chiffres, l’engouement paraît faible…
J-P.P.?: Il y a encore des fausses idées qui circulent sur la franc-maçonnerie. Je pense donc que nous avons été observés pendant un an. Et il faut bien comprendre que les gens ne se livrent pas comme ça. On ne décide pas de rentrer dans la maçonnerie du jour au lendemain. Il y a une réflexion en amont à opérer. C’est une démarche personnelle. Certains viennent nous voir, nous posent des questions, nous leur donnons des livres à lire et ils mettent 6 mois, un an, voire plus, à se décider. Il ne faut pas oublier non plus que lorsqu’une personne fait une démarche pour rentrer dans la franc-maçonnerie, nous menons une enquête de moralité. On se renseigne, pour être certain que la personne n’est pas affairiste, et que sa démarche est bel et bien philosophique. De notre côté, notre but n’est pas de taper à la porte de chaque conciergerie pour gonfler les rangs.
F.N.?: Notre objectif n’est pas de faire une course aux chiffres. Nous privilégions la qualité à la quantité.

M.H.?: Quelques jours après la consécration officielle de la loge monégasque, Monseigneur Barsi a fait un communiqué dans lequel il expliquait que « le jugement négatif de l’Église sur la franc-maçonnerie demeure inchangé » et « que les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave »?? Difficile donc d’affirmer encore « qu’il n’y a pas de problèmes avec l’Eglise » comme vous le disiez il y a un an??
J-P.P.?: On ne va pas continuer pendant des années à alimenter cette pseudo guerre. Ce n’est pas le but. Monseigneur Barsi a donné la position de l’Eglise à deux reprises. On la respecte. Il n’y a rien de plus à ajouter.

M.H.?: Avez-vous trouvé un « temple » pour vous réunir??
J-P.P.?: Depuis septembre dernier, les Frères monégasques se réunissent à l’Eglise réformée, rue Louis Notari. Chacune des 7 loges se réunit une fois par mois. C’est un lieu provisoire en attendant de trouver quelque chose de définitif et de plus grand. Nous avons eu beaucoup de propositions mais qui ne correspondaient pas à la configuration qu’il nous fallait.

M.H.?: Vous affirmiez au moment de la consécration, que vous excluriez tout frère ayant des velléités affairistes. Avez-vous rencontré ce genre de problème dans les différentes loges??
J-P. P?: Pas à ce jour.

M. H?: Comment en être certain??
J-P. P?: Monaco est un petit territoire. Sur 2 km2, on se connaît tous, et tout se sait.

M.H.?: Vous comprenez que certains observateurs extérieurs puissent en douter??
J-P. P?: Bien sûr que certains peuvent en douter, et s’ils ont des éléments confortant leurs doutes qu’ils nous les transmettent, et après vérification si cela est fondé nous agirons en conséquence.

M. H?: Du fait de son exiguïté, n’est-ce pas plus difficile à Monaco qu’ailleurs de maintenir ce culte du secret cher à la franc-maçonnerie et de préserver « l’anonymat » des Frères??
J-P.P.?: Pas plus à Monaco qu’ailleurs.

M. H?: Dans le quatuor dirigeant la loge monégasque, deux (Claude Boisson (1) et Franck Nicolas) ont un engagement politique au sein du parti Synergie Monégasque. Avec les élections qui approchent en 2013, est-ce franchement compatible??
J-P.P.?: Dans nos statuts, il est précisé que pour toute personne occupant un poste de dirigeant au sein de la grande loge, s’il venait à prendre un poste à responsabilité politique comme maire, conseiller national ou conseiller de gouvernement, il serait contraint de démissionner. Il peut rester franc-maçon, mais il n’aura plus le droit d’occuper un poste de dirigeant au sein de l’obédience. Tout est donc prévu dans les statuts pour qu’il n’y ait pas de « collusion ».
F.N.?: Aujourd’hui à Synergie monégasque, il n’y a aucun élu. Mais si Claude Boisson ou moi-même avions des velléités électorales, nous démissionnerons de notre poste et nous resterions simples frères au sein de l’obédience.

M.H.?: Personnellement Franck Nicolas, avez-vous déjà fait votre choix pour les élections de 2013??
F. N?: Il y a 99 chances sur 100 que je ne me présente pas. Car la grande loge a été quelque chose de difficile à mettre en place. Il est nécessaire de maintenir une stabilité et une union parmi les membres fondateurs.

M. H?: Vos opposants pourraient aussi vous soupçonner de récupérer des voix électorales parmi les frères. Vous le craignez??
F.N.?: Mes opposants me connaissent suffisamment bien pour savoir que ce ne sont pas des pratiques que je tolère. Aborder la politique dans nos loges serait dramatique pour notre image. C’est véritablement proscrit et contraire à l’essence même de notre obédience.
J-P.P.?: Aucun des frères ne se permettra de faire une telle chose. Conformément à nos valeurs, nous ne parlons ni de politique, ni de religion. On respecte vraiment cette philosophie.

M.H.?: Votre positionnement a-t-il évolué vis-à-vis des femmes??
F.N.?: Pour être une grande loge régulière, il faut répondre à des standards et pour le moment, les loges féminines ne sont pas admises dans ces standards.

M.H.?: Une cérémonie est-elle prévue pour célébrer votre première année d’existence??
J-P.P.?: La tenue annuelle de notre grande loge se déroulera le 10 mars au Méridien avec des frères monégasques, des frères visiteurs et des grands dignitaires.

(1) Claude Boisson est député Grand maître de la GLNRPM.

« L’image de la maçonnerie internationale ternie »

Le Grand maître de l’obédience monégasque, Jean-Pierre Pastor, a décidé dans un courrier daté du 25 janvier de suspendre ses relations avec la Grande loge nationale française (GLNF). Obédience dans laquelle les tensions entre le Grand maître François Stifani et les frères sont de plus en plus vives.

Rien ne va plus au sein de la GLNF. Une véritable guerre interne qui plombe l’obédience française depuis plus d’un an. L’apogée de ce conflit a sans nul doute été l’assemblée générale de la Grande loge le 3 décembre dernier à Levallois-Perret durant laquelle le Grand maître François Stifani — très décrié pour ses dérives et sa gestion opaque des comptes — a été littéralement conspué par les frères. Les uns criant tantôt « voyou », les autres « démission » sans ménagement. Le Palais des Sports où se déroulait cette réunion maçonnique était même entouré de camions de CRS… « C’est regrettable d’en arriver là », commente Jean-Pierre Pastor, le Grand maître de la loge monégasque, qui, devoir de réserve oblige, n’en dira pas plus sur ce clash. Mais c’est dans sa lettre du 25 janvier, lettre où il déclare vouloir suspendre ses relations avec la GLNF, qu’il en fait écho. « Cet état de fait et sa médiatisation, donnent une fausse idée de la maçonnerie et des principes d’amour et de fraternité qu’elle véhicule, mais aussi ternissent l’image de la maçonnerie internationale », explique-t-il, noir sur blanc (1).

Stifani, pas présent
Mais le trouble entre les frères monégasques et l’obédience française ne date pas d’hier. En mars 2009, le Grand maître de la GLNF avait commis un premier impair en demandant au prince Albert II d’occuper « la fonction de grand maître » de l’obédience monégasque avec une « initiation secrète » garantie. Requête évidement rejetée. Dans la foulée, François Stifani aurait même renoncé à consacrer une obédience à Monaco. En cause?: les frères n’avaient pas, selon lui, initié suffisamment de Monégasques. A noter d’ailleurs que lors de la cérémonie de consécration au Sporting le 19 février 2011 qui avait réuni 37 délégations étrangères et 500 francs-maçons, Stifani ne figurait pas dans les rangs des invités. C’est son prédécesseur, Jean-Charles Foellner, qui a pris son fauteuil. Jean-Pierre Pastor n’a pas souhaité commenter cet épisode, mais l’obédience monégasque craignait peut-être que sa présence à la consécration puisse soulever quelques remous dans la salle…

(1) Information et lettre publiées sur le blog de l’Express.

«?Nous ne mélangeons pas politique et maçonnerie?»

Claude Boisson l’annonce dès maintenant?: s’il s’engage pour les élections de 2013, le président de Synergie monégasque démissionnera de son poste de dirigeant de la loge monégasque.

Les dirigeants de l’obédience monégasque le martèlent sans relâche. Pas d’interférence ni de collusion entre la maçonnerie et la politique. Un refrain qu’ils auront sans doute besoin de réitérer avec les prochaines élections nationales qui se profilent à l’horizon 2013. Car parmi les têtes dirigeantes de la loge monégasque, figurent aussi deux cadres du parti politique Synergie Monégasque, Franck Nicolas (grand secrétaire) et Claude Boisson (député grand maître soit le numéro 2 de l’obédience). Si le premier a déjà déclaré quasi forfait pour les élections (voir interview page 14), Claude Boisson lui, fera définitivement son choix au printemps prochain. Mais il souhaite d’ores et déjà être lavé de tout soupçon. « A partir du moment où je déciderai de m’engager dans la campagne électorale de manière très active, je n’attendrai pas d’être élu, je démissionnerai directement de mon poste de député grand maître. Je n’attendrai pas le verdict des urnes pour prendre une position. Pour plus de clairvoyance et pour éviter qu’il y ait toute accusation malveillante. C’est une question d’éthique, explique-t-il. Dans nos statuts, il est incompatible qu’une personne occupant l’un des 4 postes dirigeants, à savoir président, vice-président, secrétaire et trésorier — qui sont les garants et les représentants de l’institution — puisse occuper également une fonction d’élu, au conseil communal ou au conseil national. »

Pas de clientélisme
Quant aux soupçons de « clientélisme politique » que ses opposants pourraient soulever, Claude Boisson martèle toujours que politique et maçonnerie ont des cloisons hermétiques. « Il ne faut pas que l’on puisse imaginer que la maçonnerie puisse servir de réseau, explique-t-il. En maçonnerie, certaines personnes ont des engagements politiques de différentes sensibilités. Mais nous avons noué des relations fraternelles car nous savons en faire totalement abstraction. Nous ne mélangeons pas politique et maçonnerie. Nous menons uniquement un travail ésotérique et spirituel. »

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