En France, deux études réalisées par par le laboratoire Eurofins et par les associations UFC-Que choisir (1) et Générations futures montrent que l’eau potable en France est lourdement contaminée par des « polluants éternels ». En principauté, la direction de l’action sanitaire a répondu aux questions de Monaco Hebdo, en assurant que le principe de précaution est strictement appliqué.
Un herbicide, le flufénacet, a été reconnu comme un perturbateur endocrinien par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) : cela va-t-il pousser les autorités monégasques à le considérer comme étant potentiellement dangereux ?
À l’instar de l’EFSA, les autorités monégasques reconnaissent le flufénacet comme une substance potentiellement dangereuse. La réglementation en vigueur, notamment l’ordonnance souveraine n° 6696 du 7 décembre 2017 relative à la qualité et à la surveillance de l’eau potable destinée à la consommation humaine, impose des limites strictes. En effet, son annexe I définit les seuils de qualité applicables aux paramètres chimiques, incluant les pesticides et herbicides organiques, dont fait partie le flufénacet. La concentration de ce dernier dans l’eau destinée à la consommation humaine ne doit en aucun cas excéder 0,10 µg/L, tout comme pour les autres composés classés comme pesticides. Il convient également de souligner que la somme totale des pesticides ne doit pas dépasser 0,50 µg/L, afin de garantir la sécurité sanitaire de l’eau distribuée.
Monaco est-il favorable à l’interdiction du flufénacet ?
Monaco est favorable à l’interdiction du flufénacet, en raison de son classement comme perturbateur endocrinien (PE). Ces substances chimiques sont connues pour interférer avec le système hormonal des organismes vivants, ce qui peut entraîner des effets néfastes sur la santé, notamment des troubles de la reproduction, des anomalies de développement, et un risque accru de certaines maladies. La principauté adopte une approche de précaution stricte pour protéger la santé humaine et l’environnement, en cohérence avec les réglementations européennes.
« La principauté adopte une approche de précaution stricte pour protéger la santé humaine et l’environnement, en cohérence avec les réglementations européennes »
Le réseau PAN Europe indique que l’eau en bouteille peut aussi contenir des traces d’acide trifluoroacétique (TFA), même si la concentration est plus faible que pour l’eau du robinet : faut-il informer davantage les consommateurs ?
Il est important d’informer davantage les consommateurs sur la présence possible de traces de TFA dans l’eau en bouteille, même si ces concentrations sont généralement faibles. À Monaco, la réglementation relative à l’étiquetage des eaux en bouteille est alignée sur les normes internationales et européennes, mais la principauté ne dispose pas de pouvoir contraignant pour imposer des modifications spécifiques aux industriels. Néanmoins, une sensibilisation accrue et des recommandations claires pourraient encourager les consommateurs à faire des choix éclairés, tout en incitant les producteurs à adopter des pratiques plus transparentes.
Faut-il aller plus loin, et interdire tous les pesticides à base de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), qui pourraient se dégrader en TFA, ainsi que les gaz fluorés et les rejets industriels des usines qui fabriquent du PFAS ?
Oui, aller plus loin en interdisant les pesticides, gaz fluorés et rejets industriels contenant des PFAS serait bénéfique pour limiter leur impact environnemental et sanitaire. Cependant, cette démarche est complexe, notamment en raison de la difficulté à détecter tous les sous-produits de dégradation, comme le TFA, qui peuvent ne pas être systématiquement identifiés. Bien que Monaco ait peu d’activités industrielles contribuant à ces rejets, la principauté n’est pas isolée de cette problématique, en raison de l’usage généralisé de produits contenant des PFAS.
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En France, le code de santé publique donne aux collectivités une dérogation, renouvelable une seule fois, pour distribuer aux usagers une eau non conforme pendant trois ans : à Monaco est-ce la même logique qui est appliquée ?
Cette question ne relève pas totalement du domaine de compétence de la DASA. Cependant, à Monaco, la logique diffère de celle appliquée en France. La réglementation monégasque ne prévoit pas de dérogation pour distribuer une eau non conforme. En cas de dépassement des limites de qualité, des mesures correctives doivent être prises immédiatement par la personne responsable, en collaboration avec la direction de l’action sanitaire. Ces mesures prioritaires visent à rétablir la qualité de l’eau, tout en protégeant la santé publique, sans possibilité de prolonger la non-conformité.
« Aller plus loin en interdisant les pesticides, gaz fluorés et rejets industriels contenant des PFAS serait bénéfique pour limiter leur impact environnemental et sanitaire. Cependant, cette démarche est complexe »
L’Union européenne (UE) envisage d’interdire les « polluants éternels », mais cela devrait nécessiter plusieurs années : quelle est la position de Monaco sur ce sujet ?
Les PFAS représentent une famille de plus de 4 000 composés chimiques considérés comme des « polluants éternels ». Ils sont omniprésents dans notre quotidien : emballages alimentaires, mousses anti-incendie, textiles, ustensiles de cuisine antiadhésifs, cosmétiques, et bien d’autres applications. Monaco soutient pleinement l’initiative de l’UE visant à interdire les « polluants éternels », tels que les PFAS, en raison de leur impact environnemental et sanitaire préoccupant. La principauté reconnaît que ces substances, présentes dans de nombreux produits du quotidien, sont un défi global nécessitant des efforts concertés.
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Cette interdiction des « polluants éternels » pourrait nécessiter des années, avant de pouvoir être entièrement déployée ?
Bien que leur élimination complète puisse prendre plusieurs années, Monaco s’engage à encourager les actions internationales, à sensibiliser la population, et à adopter des mesures locales pour limiter l’exposition à ces composés. En tant que pays attaché à la préservation de l’environnement, Monaco privilégie une approche préventive et coopérative pour contribuer à la réduction de ces polluants persistants. Une sensibilisation accrue, des partenariats internationaux et des mesures ciblées visant à réduire l’exposition et la pollution, sont des étapes essentielles, même si l’élimination totale des PFAS reste un défi à l’échelle mondiale.
1) L’enquête « Une contamination massive aux PFAS », réalisée par Que Choisir et publiée le 23 janvier 2025, est à lire en cliquant ici.



