vendredi 27 mai 2022
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Luc Jacquet,
l’humaniste oscarisé

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En Luc Jacquet, le grand public reconnaît surtout le réalisateur de La Marche de l’empereur. Mais à 45 ans, le cinéaste, prix spécial de la Fondation Albert II, a plus d’une corde à son arc. Portrait d’un homme qui se bat pour la protection de l’environnement, derrière ses caméras.

Par Clarine Baudin.

La nature a vu Luc Jacquet grandir. Lui ne supporte pas de la voir mourir… Le réalisateur oscarisé pour sa Marche de l’empereur a passé son enfance dans les forêts jurassiennes. Il leur devra son amour pour la faune et la flore. La passion devient alors vocation. Le gamin qui courait dans les bois a étudié le comportement animal et l’écologie des différentes espèces. L’homme partage aujourd’hui, au travers de documentaires et de films, les images d’un monde qui change. S’il se savait destiné à un avenir en plein air, Luc Jacquet « n’imaginai(t) pas être cinéaste un jour ». Et pourtant.

Ses débuts
A 24 ans il répond à une annonce. Le CNRS recherche un biologiste qui n’a pas froid aux yeux. L’objectif ? Partir 14 mois en Antarctique, à la base française Dumont d’Urville pour une mission d’ornitho-écologie polaire. Luc Jacquet, qui a toujours aimé les milieux extrêmes, saute sur l’occasion et s’envole vers le grand Sud. Il découvre l’Antarctique, une étendue en apparence désertique, monochrome et inhospitalière. Il découvre avec stupeur et admiration des animaux capables de vivre là où l’humain peine à survivre. Il se découvre aussi des aptitudes de cinéaste aux côtés de Hans-Ulrich Schlumpf, un réalisateur suisse qui l’encouragera à passer derrière les caméras. Luc Jacquet se lance. Son sujet de prédilection ? Les animaux. Sans discrimination aucune. Le réalisateur est un touche-à-tout, capable de mener ses caméras entre les plumes d’un albatros… à la rencontre des tiques. « Le parasitisme est une stratégie incroyable. Cela m’amusait de raconter les destins liés de cet oiseau et de son profiteur de passager », raconte-t-il aujourd’hui.

Marche impériale
Ce ne sont pas les tiques qui le rendront célèbre mais sa rencontre avec les manchots empereurs. Sur cette étendue vide et froide qu’est l’Antarctique, Luc Jacquet découvre un animal sublime, « à l’esthétique et aux capacités d’adaptation ahurissantes ». Ces manchots, il les a tant aimés qu’il les a filmés. Il leur a même dédié son premier long métrage. En 2005, la révélation est double. La Marche de l’empereur est un succès : le grand public — soit 1,8 million de spectateurs ! — découvre cette espèce de manchots ainsi qu’un réalisateur de talent. En mars 2006, alors qu’il n’a que 38 ans, Luc Jacquet reçoit l’oscar du meilleur film documentaire. « C’est une aventure insensée, vous cherchez à comprendre ce qui vous arrive ». Mais hors de question pour le jurassien de prendre la grosse tête. Si vous lui demandez ce que cette statuette lui a apporté, il vous répondra : « Beaucoup de sérénité. Cela m’a donné confiance en mon combat ».

Luc Jacquet dans les arbres
© Photo Sarah Del Ben – Wild-Touch – 2013

>On protège mieux ce que l’on aime
Car Luc Jacquet ne se contente pas d’être un réalisateur passionné. Il est surtout un acteur engagé à faire changer les choses, pour qu’un avenir puisse être donné à l’humanité. Pas question pour lui de rabâcher les classiques discours moralisateurs. Luc Jacquet le sait : ils n’ont aucun effet. Il préfère jouer avec la corde sensible et sur l’émotion véhiculée par les images. C’est pour cette raison qu’en 2010, il crée l’association Wild Touch. Avec pour slogan « on protège mieux ce que l’on aime », elle a pour but d’éveiller les esprits à la cause de la planète, au travers de films ou de photographies où l’émotion domine. Elle cherche aussi à rendre audibles les messages de grands témoins des changements actuels et de savants. C’est dans cette optique qu’est né le projet Il était une forêt. Mené avec le botaniste et biologiste Francis Hallé, ce film plonge le spectateur au cœur des dernières forêts primaires au monde. Des forêts « qui pourraient avoir disparu d’ici 10 ans selon Francis Hallé », annonce le réalisateur. Distribué par Disney, Il était une forêt, qui sortira dans les salles obscures le 13 novembre, était projeté en avant-première à Monaco pour la Fondation Albert II.

Affiche-Il-etait-une-foret

Enfant de la Terre
D’un naturel optimiste, Luc Jacquet se refuse au désespoir. « Soit on désespère et on se tire une balle ou on devient alcoolique, soit on réagit », lance-t-il. Même s’il reconnait que rien n’est simple, que le monde n’est pas tout rose, il rappelle que certaines causes a priori désespérées, comme l’esclavage ou l’apartheid, ont fini par trouver une solution. La clé, pour lui, ne réside pas dans un retour au moyen-âge, mais dans l’intelligence de l’Homme. Celui qui se dit « trop terrien pour être écologiste » sait que le chemin de la prise de conscience est encore long. Hors de question, dans ce cas, de songer à poser sa casquette de réalisateur. « Il me reste un million de films à faire », souffle Luc Jacquet.

La Fondation Prince Albert II remet ses prix

C’est le 30 septembre que la Fondation Prince Albert II de Monaco a remis ses prix au Grimaldi Forum, afin de récompenser de grands acteurs de la cause environnementale. Le « Prix Eau » a été décerné à John Antony Allan, spécialiste anglais dans l’analyse des ressources en eau dans les régions semi-arides. Le « Prix Biodiversité » a été remis au Comité scientifique pour la recherche antarctique (SCAR). La mission du SCAR englobe une grande diversité de disciplines allant de la conservation et du changement climatique à l’astrophysique et aux sciences sociales. La troisième récompense, le « Prix Changement climatique » a été attribué à Jane Lubchenco, une Américaine, docteur spécialisée en biologie marine et scientifique de l’environnement. Le point d’orgue de la soirée fut la projection en avant première du film-documentaire Il était une forêt de Luc Jacquet, dont la chanson originale est interprétée par… Emily Loizeau. Le cinéaste a reçu un prix spécial avec le biologiste Francis Hallé.
A noter qu’est organisée à Monaco, parallèlement à cette projection, l’exposition intitulée Il était une forêt, regards d’artistes. Luc Jacquet a en effet demandé à une dizaine d’artistes (photographes, plasticiens, sculpteurs, peintres, illustrateurs, grapheurs…) de laisser libre cours à leur sensibilité et retranscrire ce que la forêt tropicale leur a inspiré, que ce soit au Gabon ou au Pérou. Jusqu’au 30 novembre à la galerie des Pêcheurs, vous retrouverez les œuvres de Sarah del Ben, Vincent Munier et Micheline Pelletier.

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Monaco Hebdo