En distribuant dans les rues de Monaco 15?000 exemplaires de son journal d’information Monaco Business news aux salariés de la principauté, la fédération patronale a frappé un grand coup. Cette publication, véritable opération de communication, intitulée « Salariés, entreprises, voyons plus loin ensemble » dresse tous les avantages offerts par Monaco à ses salariés. L’Union des syndicats (USM) dénonce « une campagne d’intox ».
a fédération patronale (FPM) a mis les bouchées doubles. De la main à la main, 15?000 exemplaires de son journal d’information Monte-Carlo business news ont été distribués dans les rues de Monaco. « Sur les quatre principales voies d’accès de la principauté, ainsi qu’à toutes les sorties de la gare », précise son président Philippe Ortelli. Une édition spéciale de 16 pages qui marque la première véritable opération de com’ d’envergure de la FPM. Objectif de cette publication diffusée en masse?: « Donner aux salariés des informations circonstanciées et concrètes sur la réalité monégasque, explique son président Philippe Ortelli. Démontrer pourquoi nous avons intérêt à préserver un système qui marche. Nous sommes tous, salariés et chefs d’entreprises, embarqués dans le même bateau. Un bateau que nous devons préserver du naufrage ».
Au fil des pages, les lecteurs peuvent ainsi découvrir tous les avantages dont bénéficieraient les salariés de la principauté. Notamment par rapport au système français. Pêle-mêle?: remboursement des soins médicaux, allocations familiales, couverture sociale, retraites et salaires. Une campagne de communication dont le contenu se veut didactique, avec pléthore de chiffres et de tableaux comparatifs. La publication invite même les salariés à répondre à un questionnaire sur leurs conditions de logement, de transport et de travail.
« Sauver le régime de retraite »
Ce fait d’armes habilement orchestré n’a pas laissé indifférents les syndicats. D’autant que, ironie de l’histoire, le 4 novembre, jour de la distribution du Monte-Carlo Business news, l’USM distribuait à son tour des tracts à la gare au même moment. « C’est une campagne d’intox destinée à casser le mouvement interprofessionnel du 17 novembre prochain, estime Monique Ferreté, secrétaire générale de l’USM. Il y avait vraisemblablement une crainte que la prochaine mobilisation soit très forte. » Pour les syndicats, l’objectif de cette campagne est donc claire?: dissuader les salariés de se mobiliser. Des accusations réfutées par la fédération patronale qui affirme avoir préparé cette opération de longue date. « Notre campagne de communication a été préparée depuis plus de 3 mois, ce qui correspond à la périodicité de notre revue. Notre but n’est pas de saboter le mouvement social du 17 novembre. Notre priorité via cette initiative, c’est créer du lien avec nos salariés », réplique Philippe Ortelli. Avant d’ajouter?: « Au-delà, il est clair qu’un des sujets majeurs de réflexion est la sauvegarde du régime de retraite de la caisse autonome (CAR). C’est pour cela que nous en parlons aussi dans cette édition. En effet, les points de retraite distribués actuellement sont des promesses sur la capacité de l’économie monégasque dans 20 ans à dégager deux fois plus de cotisations qu’aujourd’hui. ».
Selon la fédération patronale, pas de doute non plus sur la fiabilité des chiffres révélés dans la publication. « Nos sources sont multiples. Nous pouvons citer, entre autres, l’édition 2009 du Monaco en chiffres, les bilans des caisses sociales monégasques, sans oublier de simples calculs issus d’informations publiques. Tout est vérifiable », affirme Philippe Ortelli.
Bataille de chiffres
Retraites, salaires ou allocations familiales tout est passé en revue. On peut ainsi lire qu’« à carrières identiques, et à durée de cotisations égales, la retraite de base monégasque est en moyenne supérieure à celle du pays voisin de 30 % à 50 % pour les salariés non cadres et jusqu’à 80 % pour les cadres. » Exemple?: « Pour 160 trimestres (40 ans) de cotisations et un salaire brut mensuel de 2?300 euros (1) on obtient une pension mensuelle de 1?150 euros en France contre 1?533 euros à Monaco, soit 383 euros de plus par mois ». Autre élément précisé dans le journal?: « A Monaco, les allocations familiales sont versées dès le premier enfant. Un chef de famille inscrit aux caisses sociales monégasques et qui a 3 enfants, respectivement de 1 an, 4 ans et 6 ans percevra mensuellement 566,60 euros alors qu’il toucherait 282,70 euros s’il travaillait en France soit 283,90 en plus par mois ». La publication rappelle également qu’en France, le nombre des jours fériés effectifs varie selon les années entre 7 et 11. Alors qu’à Monaco, il y en a toujours au minimum 12 « et qu’ils sont indemnisés ou récupérés lorsqu’ils tombent un jour de repos hebdomadaire. Seul le 1er mai est récupéré en France », précise le journal.
L’USM pas du même avis
Tout un condensé d’avantages que les syndicats ne voient forcément pas du même œil. « Le contenu est parfois tendancieux voire mensonger, lance Monique Ferreté. La publication présente les salariés monégasques comme des nantis par rapport aux salariés français ». Et c’est, sans surprise, sur le droit du travail que les syndicats montent d’abord au créneau. « Le journal indique qu’il existe bel et bien, alors qu’il est en réalité très pauvre. La législation est très peu protectrice à Monaco par rapport à celle qui existe en France », explique Monique Ferreté. Autre point contesté?: la motivation du licenciement et le fameux article 6. « La manière dont la publication en parle est scandaleuse. Ça laisserait presque à croire que c’est à l’avantage du salarié. Or, le licenciement sans motif est un point qui a été condamné y compris par le bureau international du travail ». Les syndicats dénoncent aussi un sondage où les questions sont « clairement orientées ». Sans oublier des calculs de salaires entre France et Monaco qui ne sont pas comparables notamment du fait qu’en France, on est au régime des 35 heures contre 39 à Monaco. « La publication porte également à croire que tous les salariés de Monaco toucheraient 30 à 50 % de retraites en plus par rapport à la France. Ce qui est évidemment faux », rajoute Monique Ferreté. Avant de conclure?: « Il y a certes des réalités sur certains des avantages énumérés dans le journal. Mais il ne faut pas oublier que ces avantages ont été obtenus grâce à nos anciens qui se sont battus pour. »
(1) « 2?300 euros : équivaut au salaire médian brut mensuel monégasque en 2010, pour 169 heures soit un taux horaire brut de 13,61 euros », précise le journal.