Réputée plus généreuse que la retraite française, la retraite monégasque, pour les salariés du privé, n’est plus à la hauteur de sa réputation, selon l’Union des retraités de Monaco (URM), qui a tenu son assemblée générale en cette fin d’année 2024. L’URM pointe une inadéquation des pensions vis-à-vis de la hausse des prix, et une perte totale d’avantages en matière de soins médicaux.
En chiffres, stricto sensu, il y a un avantage à percevoir une retraite monégasque, comparativement à une retraite française. Pour les salariés du privé en effet, la valeur du point de retraite est supérieure de + 5,6 % à la valeur du point français de l’Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) – Association des régimes de retraite complémentaire des salariés (Arrco), selon les Caisses sociales de Monaco. À condition, bien sûr, d’avoir effectué 60 mois d’activité en principauté, répartis sur 10 ans, sur l’ensemble de sa carrière, ces avantages n’étant valables que pour la partie monégasque de la carrière du salarié désirant faire valoir ses droits à pension.
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Concernant l’âge de départ, ensuite, il est possible de liquider sa pension à Monaco dès 60 ans, avec des conditions restrictives de cumul emploi-retraite jusqu’à 65 ans, alors qu’en France, on s’achemine, sauf carrières longues, vers 64 ans. C’est encore un avantage. Mais est-ce suffisant, alors que le nombre d’heures légales hebdomadaires est supérieure à celui des contrats français, et que l’accès au logement est plus onéreux en bordure de Monaco qu’ailleurs ?
Aujourd’hui, le principal sujet de préoccupation, c’est le pouvoir d’achat des retraités. Selon l’Union des retraités de Monaco, l’indice français INSEE utilisé pour revaloriser les pensions, ne reflèterait pas la réalité des dépenses quotidiennes
Pouvoir d’achat en berne
Une partie des retraités peine encore à obtenir des conditions qu’ils jugent justes et équitables. C’est ce que pense l’Union des retraités de Monaco (URM) — plus de 600 adhérents en 2024 — qui fête chaque année son assemblée générale. L’URM en a profité pour rappeler l’historique de son combat et les nombreuses revendications qu’elle porte : née d’une crise sociale il y a plus de 50 ans, ce syndicat, membre de l’Union des syndicats de Monaco (USM) a vu le jour pour répondre à ce qu’elle a estimé être la faillite du système de capitalisation pratiqué, à l’époque, par la Société des bains de mer (SBM). De nombreux retraités s’étaient alors retrouvés sans ressources, malgré leurs cotisations, selon Angèle Brachetti, secrétaire générale de l’URM. Le passage à un système de retraite par répartition, basé sur les salaires, avait permis de sortir ces anciens salariés de l’impasse. Depuis, cette association a élargi son action, mais les défis restent nombreux. Aujourd’hui, le principal sujet de préoccupation, c’est le pouvoir d’achat des retraités. Selon ce syndicat, l’indice français INSEE utilisé pour revaloriser les pensions, ne reflèterait pas la réalité des dépenses quotidiennes. En se basant sur des éléments concrets comme l’énergie, la nourriture et les loyers, les membres de l’association demandent une revalorisation des retraites supérieure à l’indice officiel : « Nous revendiquons une hausse de 5 %, notamment pour compenser les variations des prix de l’énergie », explique Angèle Brachetti. Mais chaque année, ces demandes se heurtent à un refus du gouvernement et de la fédération des entreprises monégasques (Fedem), qui invoquent des contraintes budgétaires.
Une fois à la retraite, les anciens salariés de Monaco se retrouvent affiliés au régime français, et donc à la carte Vitale, moins avantageuse. Or, l’âge avançant, c’est souvent durant cette période de la vie que les frais médicaux augmentent
Augmenter les salaires pour augmenter les retraites ?
Un autre point de friction réside dans l’impact de la loi de 2012. En augmentant chaque année le coût d’achat des points de retraite d’un pourcentage supérieur à l’indice INSEE, cette réglementation réduirait la capacité des salariés à accumuler des droits. L’URM demande donc l’abrogation de cette loi, qu’elle juge néfaste, non seulement pour les retraités actuels, mais aussi pour les jeunes générations : « Nos jeunes vont être impactés. Nous ne sommes pas des égoïstes, il est nécessaire d’abroger cette loi, car elle bloque la valeur du point retraite et l’acquisition du nombre de points. Raison pour laquelle nous demandons en contrepartie que les salaires suivent. » La question des cotisations et des salaires est également cruciale. « À Monaco, de nombreux salariés touchent des bas salaires, souvent liés à des contrats intérimaires, ce qui entraîne, mécaniquement, des retraites faibles. Augmenter les salaires permettrait d’augmenter les cotisations, et donc les pensions, insiste Angèle Brachetti. Malgré une économie monégasque florissante, les employeurs refusent de faire évoluer les rémunérations, ce qui entretient, selon l’URM, une forme de précarité pour les retraités. » Olivier Cardot, secrétaire général de l’USM, plaide également en faveur d’une profonde revalorisation du salaire minimum monégasque. Depuis sa revalorisation du 1er novembre 2024, il est actuellement 2 007,72 euros brut pour un temps plein, à 39 heures : « Les salaires restent relativement bas, dans certaines professions. Nous proposons donc un salaire minimum de 2 538 euros brut par mois. C’est fondé ».
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Autre sujet pointé par Olivier Cardot : « Il ne faut pas oublier le produit intérieur brut (PIB) du pays : chaque salarié crée 137 000 euros de richesse chaque année. Chaque mois, c’est comme si le gouvernement monégasque gagnait à l’EuroMillions. Et pourtant, dans certaines professions, on trouve encore des gens qui ne gagnent que 1 900 euros net par mois. C’est clairement insuffisant, compte tenu des prix de l’immobilier dans la région, l’inflation et les prix de l’énergie qui ont explosé. Il y a un problème d’inégalités. Il faut avoir un dialogue constant avec le gouvernement et le patronat. »
Christophe Robino a mis en avant les réglementations européennes qui stipulent que les frais d’assurance maladie sont assumés dans le pays où habite le retraité. Raison pour laquelle un salarié italien ou français qui a travaillé à Monaco, mais qui réside en Italie ou en France, rebascule dans les caisses sociales du pays dans lequel il vit, dès qu’il est à la retraite
Retour à la carte Vitale
Un autre cheval de bataille concerne les anciens salariés de Monaco : une fois à la retraite, ils se retrouvent affiliés au régime français, et donc à la carte Vitale, moins avantageuse. Or, l’âge avançant, c’est souvent durant cette période de la vie que les frais médicaux augmentent. Ces personnes doivent alors s’acquitter de prélèvements tels que la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), bien qu’elles n’aient pas contribué à la dette sociale française. L’URM milite pour que ces retraités restent affiliés aux caisses monégasques, une demande qui, bien que complexe à négocier entre la France et Monaco, est jugée réalisable, à leurs yeux. « Un salarié qui a travaillé et cotisé pendant 20 ans à Monaco devrait pouvoir prétendre au régime social monégasque. Il est inconcevable de ne pas pouvoir en bénéficier, au moment où l’on en a le plus besoin », juge également Olivier Cardot à l’USM. Enfin, des griefs portent sur les aides sociales et les avantages accordés aux retraités. Par exemple, les carnets de réduction pour les spectacles monégasques ne sont plus accessibles aux retraités vivant hors de la principauté, une mesure qui illustre, selon Angèle Brachetti, un recul des droits acquis. Face à ces défis, l’URM appelle à une solidarité accrue entre les générations et réclame des engagements concrets pour préserver le niveau de vie des anciens salariés de Monaco. « Après plus 70 ans de militantisme, le combat pour des retraites dignes et équitables se poursuit, dans un contexte où le dialogue avec les institutions semble toujours aussi difficile. » Récemment en effet, Christophe Robino, conseiller-ministre de la santé et des affaires sociales, exprimait sa méfiance vis-à-vis des arguments de l’URM et de l’USM.
Selon Christophe Robino, le fait de conserver ces retraités dans le régime social monégasque aurait aussi un coût pour les finances de l’Etat, partant du principe qu’un retraité génèrerait 10 000 euros de prestations médicales, en moyenne, chaque année
Pas de retour en arrière possible
Sur la réforme des retraites, pas question d’un retour en arrière, assurait Christophe Robino le 8 octobre 2024, à l’occasion d’une conférence de presse : « Quand j’entends qu’on demande à abroger la réforme des retraites de 2012, je réponds que toutes les simulations démontrent que, sans cette réforme, nous n’aurions plus de fonds de réserve pour compenser les aléas du régime de la caisse autonome des retraites (CAR). » Sans ce fonds a estimé Christophe Robino, cette caisse serait lourdement affaiblie. « Mon rôle, mon devoir, c’est d’assurer la pérennité des retraites de nos salariés », concluait-il.
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Pas question, non plus, de conserver les anciens salariés français de la principauté, devenus retraités, au sein du régime social monégasque. Cela supposerait, selon le conseiller-ministre, une modification de la convention franco-monégasque de sécurité sociale, et donc de trouver un accord à ce sujet avec la France. Christophe Robino a aussi mis en avant les réglementations européennes qui stipulent que les frais d’assurance maladie sont assumés dans le pays où habite le retraité. Raison pour laquelle un salarié italien ou français qui a travaillé à Monaco, mais qui réside en Italie ou en France, rebascule dans les caisses sociales du pays dans lequel il vit, dès qu’il est à la retraite. Toujours selon Christophe Robino, le fait de conserver ces retraités dans le régime social monégasque aurait aussi un coût pour les finances de l’Etat, partant du principe qu’un retraité génèrerait 10 000 euros de prestations médicales, en moyenne, chaque année. Compte tenu du nombre de retraités de la caisse autonome des retraites (CAR), ce changement pèserait pour 91 % des cotisations envisagées pour l’exercice 2024-2025 selon le département de la santé et des affaires sociales. Une réforme du système en place provoquerait ainsi, selon le gouvernement, une hausse des cotisations de 10 points et la création d’une nouvelle cotisation pour les salariés. Deux blocs, deux visions.




