dimanche 29 janvier 2023
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Rentrée 2022 – Isabelle Bonnal : « Cette année sera d’abord placée sous le signe de l’innovation »

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Alors que les élèves de la principauté ont repris l’école le 5 septembre, la directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Isabelle Bonnal, évoque pour Monaco Hebdo les principaux enjeux et nouveautés de cette rentrée 2022.

Combien d’élèves ont repris le chemin de l’école, lundi 5 septembre 2022 ?

Ce sont près de 5 700 élèves qui ont fait leur rentrée cette année.

Deux ans après son apparition, le Covid-19 est toujours là : quelles sont les adaptations déployées pour cette rentrée 2022 ?

Au vu d’une situation sanitaire sensiblement améliorée, le gouvernement princier a décidé de simplement maintenir des mesures permettant l’enseignement en présence, tout en limitant la circulation du virus avec des mesures de bon sens, déjà mises en oeuvre depuis le début de la pandémie : aération renforcée des locaux, mise en oeuvre d’un plan de nettoyage et de désinfection renforcé des locaux, mise à disposition de distributeurs de produits hydroalcooliques et lavage régulier des mains.

Comment évolue la question du port du masque ?

À l’instar de la fin d’année scolaire 2021-2022, le port du masque n’est plus obligatoire au sein des établissements scolaires, sans interdire à ceux qui le souhaitent de le porter. Il est évidemment obligatoire, dès 6 ans, lors de situations à risques : symptômes, contact à risque, et retour d’isolement.

« Le port du masque n’est plus obligatoire au sein des établissements scolaires, sans interdire à ceux qui le souhaitent de le porter. Il est évidemment obligatoire, dès 6 ans, lors de situations à risques : symptômes, contact à risque, et retour d’isolement »

Et pour le sport ?

L’enseignement de la pratique sportive et de la natation scolaire, les activités sportives, en intérieur et en extérieur, se dérouleront normalement et sans restriction.

Il y a aussi la question de la restauration des élèves ?

La restauration scolaire, l’étude et la garderie seront assurées dans le respect des mesures sanitaires préconisées par le gouvernement princier. Ainsi, la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports demeurera-t-elle particulièrement attentive à la sécurité sanitaire tant des élèves que des personnels, en lien avec les autorités sanitaires de la principauté.

Rentrée 2022
« Il n’a pas été constaté à Monaco d’augmentation des cas de phobie scolaire. En revanche, il y a eu davantage de demandes de parents souhaitant scolariser leur enfant à la maison, car ils ne souhaitaient pas que leur enfant porte le masque à l’école. Ce type de demande régresse sensiblement désormais, en raison de la diminution des contraintes sanitaires. » Isabelle Bonnal. Directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Quelles sont les grandes nouveautés de cette rentrée 2022 ?

Chaque rentrée scolaire a son lot de nouveautés. Sans être exhaustive, il y a d’abord de nouvelles offres en matière d’enseignement. Ainsi, l’étude de la langue monégasque est-elle désormais obligatoire jusqu’en classe de Troisième. À l’école primaire, nous allons expérimenter l’évaluation « sans note », pour lutter contre le stress de la mauvaise note qui a des effets négatifs sur l’apprentissage, comme l’a montré il y a longtemps André Antibi (1945-2022), disparu cette année. Arriver à évaluer sans décourager, représente donc un défi majeur. Et c’est tout l’intérêt de cette expérimentation.

« À l’école primaire, nous allons expérimenter l’évaluation « sans note », pour lutter contre le stress de la mauvaise note qui a des effets négatifs sur l’apprentissage »

Quoi d’autre ?

Par ailleurs, la transition numérique dans l’éducation se poursuit, bien évidemment. Les professeurs des écoles seront ainsi formés à l’utilisation de “smart train”. Cet outil de programmation permet aux élèves d’assembler des rails pour créer un parcours, en disposant des blocs d’instruction ou des tuiles colorées. Ils développent ainsi leurs capacités à résoudre des problèmes, et à faire de la programmation. L’éco-responsabilité sera aussi à l’honneur en 2022-2023, avec l’adaptation du pacte national pour la transition énergétique dans le monde scolaire. Chaque établissement d’enseignement pourra ainsi concrètement mettre en oeuvre la sobriété énergétique, en agissant sur la mobilité, les déchets et l’énergie. Je remercie la mission pour la transition énergétique d’avoir rendu ce projet possible.

Quels sont les sujets prioritaires qui vont particulièrement mobiliser vos équipes pour cette année scolaire 2022-2023 ?

Cette année sera d’abord placée sous le signe de l’innovation. Dans le monde incertain que nous vivons avec tous ses bouleversements, entre crise épidémique, guerre, et révolution numérique, l’école ne peut pas rester à l’écart. Elle doit tenir compte des évolutions scientifiques et sociétales pour adapter son modèle aux jeunes qu’elle accueille, et qui seront les adultes de demain. Dans ce cadre, l’innovation se fait d’abord au travers des enseignements, avec l’accent que nous mettrons cette année sur les compétences mathématiques et scientifiques : 1h30 de plus de mathématiques en classe de Première pour les élèves qui le souhaitent, et le développement des concours scientifiques au collège : Kangourou des maths, concours CGénial, Océano pour tous.

« Nous avons établi un cadre de communication avec la direction des ressources humaines et de la fonction publique et la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, d’une part, et le syndicat des enseignants de Monaco, d’autre part. Je suis sensible au bien-être des personnels et j’écoute attentivement les retours du syndicat »

Et pour le Français ?

Les élèves pourront mieux acquérir les fondamentaux du français grâce à l’outil MyClass. Ce programme innovant et “made in Monaco” utilise la technologie pour faire appel à l’imaginaire et favoriser l’apprentissage des règles de grammaire. MyClass sera une excellente passerelle entre l’école et la maison pour la révision ludique et attractive des notions étudiées en classe.

Il y a aussi les langues ?

Les langues restent également une priorité, avec l’enseignement obligatoire de la langue monégasque en classe de Troisième. Il est effectivement important que notre langue, signe tangible de notre identité, continue à vivre chez les plus jeunes générations. Nous faciliterons également les passerelles entre les différents parcours d’apprentissage de l’anglais : classique, européen, et international, dans le but de donner la chance à tous les élèves de suivre un enseignement de l’anglais correspondant à ses aspirations et à ses compétences.

Isabelle Bonnal
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Comment traiter la question du bien-être, qui se pose avec de plus en plus de force ?

Concernant la priorité donnée au bien-être, cela part d’un constat simple démontré par plusieurs études : bien-être et réussite scolaire sont étroitement liés. Réussir à l’école, ce n’est pas seulement avoir de bonnes notes, c’est aussi être capable de prendre soin de soi et des autres. C’est pourquoi plusieurs actions iront dans le sens d’un « mieux-être » des élèves cette année : par exemple, un nouvel accueil pour les nouveaux élèves de Sixième, la mise en place concrète sur le terrain de la loi contre le harcèlement et la violence en milieu scolaire…

Alors que le contexte reste anxiogène, la santé psychique des adolescents est un sujet d’inquiétude : comment la suivre au plus près ?

La santé psychique des adolescents est une préoccupation de tous les instants, qui dépasse largement la question de la crise sanitaire. Repérer, prévenir, traiter, voici comment nous pourrions désigner notre action. Pour repérer les élèves dont l’état psychique pourrait nécessiter une prise en charge, les établissements scolaires monégasques disposent d’un encadrement de professionnels exceptionnels : infirmière, psychologue, assistantes sociales, mais aussi conseillers d’éducation, surveillants et professeurs, auxquels s’ajoute le concours de l’inspection médicale des scolaires.

« L’éco-responsabilité sera aussi à l’honneur en 2022-2023, avec l’adaptation du pacte national pour la transition énergétique dans le monde scolaire »

La prévention est très importante ?

La prévention est également essentielle. Il existe un plan de « prévention santé » de la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports qui a pour objectif de préserver la santé et d’améliorer le bien-être des élèves de la petite section à la Terminale. Quand la prévention ne suffit plus et qu’il faut agir face à une situation de détresse, plusieurs dispositifs sont activés. Cela peut se traduire par une hospitalisation. Dans ce cas, les élèves bénéficient d’une scolarisation à l’hôpital assurée par la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, en partenariat avec le centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Un autre moyen d’action peut être également la déscolarisation, avec la mise en place d’un service d’accompagnement à domicile. Dans les cas les moins difficiles, nous proposons un aménagement d’emploi du temps pour laisser le temps au jeune de reprendre une vie scolaire normale.

En France, Sylvie Magne, co-secrétaire générale du syndicat des infirmières scolaires (SNICS-FSU) estime qu’il manque 15 000 postes d’infirmières pour fonctionner normalement : quels sont les effectifs en place, ainsi que les éventuels besoins à Monaco ?

Chaque établissement d’enseignement de la principauté dispose d’un ou deux infirmiers scolaires. De même, le centre de loisirs prince Albert II et le stade Louis II ont des infirmières scolaires. Ainsi, ce sont 21 infirmiers scolaires qui sont déployés dans les établissements d’enseignement des secteurs public et privé sous contrat. De ce fait, les élèves scolarisés à Monaco bénéficient d’un taux d’encadrement sans aucune commune mesure avec leurs camarades scolarisés en France. Régulièrement, les moyens, tant humains que matériels, sont réévalués en fonction des besoins et du nombre d’élèves scolarisés en principauté.

Depuis que la pandémie de Covid-19 a éclaté en mars 2020, en France de plus en plus d’enfants refusent désormais d’aller en cours à cause de phobie scolaire : quelle est la situation en principauté ?

Il n’a pas été constaté à Monaco d’augmentation des cas de phobie scolaire. En revanche, il y a eu davantage de demandes de parents souhaitant scolariser leur enfant à la maison, car ils ne souhaitaient pas que leur enfant porte le masque à l’école. Ce type de demande régresse sensiblement désormais, en raison de la diminution des contraintes sanitaires.

Concernant les faits de harcèlement dans les écoles, quels sont les chiffres 2021 et 2022 ?

Depuis 2015 où nous assurons un suivi chiffré, nous constatons entre 5 à 9 cas de harcèlement avérés par an. Chaque cas de harcèlement mérite notre attention, car la recherche a montré l’impact terrible et durable de cette violence. Lutter contre ce fléau requiert d’agir sur plusieurs fronts. C’est tout l’objet de la récente loi contre le harcèlement et la violence en milieu scolaire, qui réaffirme le droit de chaque élève à vivre dans un environnement scolaire sûr.

La crise sanitaire liée au Covid-19 a-t-elle fait augmenter le stress, l’anxiété, les phobies scolaires, ou l’absentéisme à Monaco ?

Le stress était plus important au moment fort du Covid où la vie des enfants et des adolescents a été beaucoup perturbée. L’an passé, malgré la crise sanitaire, les élèves ont pu venir à l’école dans des conditions quasi normales. De même, les examens se sont presque déroulés normalement. Je dirais donc que l’année dernière a été moins stressante.

Est-ce que la mise en place des dernières réformes, Parcoursup et celle du bac, ont aussi généré un stress supplémentaire ?

Évidemment, il y a toujours une appréhension, surtout pour l’orientation avec Parcoursup, mais la présence, dans chaque établissement, d’un conseiller d’orientation permet d’aider les jeunes à construire leur projet et à faire les bons choix. Et les résultats sont là : des examens avec des taux de réussite de 100 % et la quasi-totalité de nos jeunes qui obtiennent une orientation post-bac qu’ils ont choisie.

Quel regard portez-vous sur la création, pour la première fois à Monaco, d’un syndicat des enseignants, lancé en décembre 2021 par la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM) ?

L’action syndicale est un droit constitutionnel. Je forme le vœu que nous puissions travailler ensemble, dans un esprit positif et constructif, dans l’intérêt des élèves et des personnels.

Comment travaillez-vous désormais avec ce syndicat ?

Nous avons établi un cadre de communication avec la direction des ressources humaines et de la fonction publique et la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, d’une part, et le syndicat des enseignants de Monaco, d’autre part. Je suis sensible au bien-être des personnels et j’écoute attentivement les retours du syndicat. Ainsi, lorsque le syndicat me signale d’éventuels problèmes, je me mets rapidement en rapport avec les chefs d’établissement et les élus des personnels au conseil intérieur de l’établissement scolaire concerné, pour examiner les solutions possibles à chaque situation.

Quels sont vos grands objectifs pour cette année scolaire 2022-2023, notamment en termes de résultats ?

Bien sûr, d’abord poursuivre l’excellente réussite aux examens qui est la marque de fabrique de la principauté. Ensuite, développer l’appétence pour les sciences et le numérique qui sont déterminants pour notre avenir. Bien évidemment, développer l’école inclusive, car l’objectif de notre système éducatif est de prendre soin de chaque élève. Enfin, améliorer le bien-être des élèves et des personnels.

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