A Monaco pour une conférence organisée par la Fondation prince Pierre sur le rapport entre l’Antiquité et le monde actuel, l’académicien Xavier Darcos a accepté de parler politique et éducation.
Monaco Hebdo : Retrouve-t-on aujourd’hui les fondements de la république romaine dans le fonctionnement de la République actuelle, ou en sommes-nous éloignés ?
Xavier Darcos : Les deux. Formellement, nous sommes républicains, donc comme les Romains, nous considérons qu’il y a le peuple et ceux qui sont élus par le peuple. Les Romains disaient « Senatus Populus Que Romanus » (« Le Sénat et le peuple romain »). Mais il y a aussi beaucoup de différences très profondes, liées à toutes sortes de critères. Le principal étant que nous ne sommes pas un peuple en quête d’expansion, que nous ne voulons pas entrer en guerre avec d’autres civilisations. Rome, à partir du IIème siècle avant J.C., a été une civilisation conquérante, une forme d’impérialisme. Notre conception des choses est assez différente aujourd’hui, contrairement au Premier Empire par exemple. Et puis les mœurs ont tellement changé. Evidemment, les Romains seraient absolument stupéfaits des débats que nous avons aujourd’hui…
M.H. : Les réformes menées par Vincent Peillon, l’actuel ministre de l’Education nationale, suscitent de nombreux débats. Selon vous, qui l’avez chapeautée entre 2007 et 2009, est-il possible de réformer l’Education nationale ?
X.D. : On voit que c’est difficile… Ce qui est nouveau, c’est que même quand on apporte des moyens (le gouvernement avait annoncé la création de 60 000 postes au cours de son quinquennat, N.D.L.R.), les enjeux ne se trouvent plus là. Au fond, la plupart des problèmes qui se posent à l’école sont extérieurs à elle. Ce sont des problèmes de politique de banlieue, d’insertion, d’autorité naturelle sur les jeunes, d’éducation au sens très large, de situation de la famille. Lorsque les familles explosent comme aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile d’encadrer les enfants. La crise de l’école n’est pas la crise à l’école mais la crise de l’école dans une société donnée.
M.H. : Que pensez-vous de la polémique suscitée par la réforme du temps scolaire et des 4 jours et demi ?
X.D. : L’organisation de la semaine est un sujet difficile. En 2008, les conseils d’établissements avaient choisi les 4 jours. Donc arriver et imposer un dispositif nouveau, de surcroît aux frais des communes, il est évident que ça ne pouvait pas bien se passer. Mais je ne jette la pierre à personne, y compris à Peillon. Il souhaitait peut-être que les enfants qui sont le plus loin du monde de la culture aient un temps l’après-midi pour s’initier au monde de l’art, aux pratiques culturelles ou sportives. Ce n’était pas une mauvais idée mais peut-être a-t-on sous-estimé la difficulté.
M.H. : De manière plus générale, quel est votre avis sur la politique menée par Vincent Peillon ?
X.D. : Je pense que Vincent Peillon est un homme de bonne volonté. Je le connais depuis très longtemps. Peut-être a-t-il ouvert beaucoup de chantiers à la fois et sous-estimé, comme d’autres, comme moi-même quand j’y étais, la sensibilité du monde éducatif. Car les sujets de l’école, ce sont les sujets de tout le monde. Il y a 65 millions de spécialistes de l’école en France. Tout le monde a été élève et le sera. Les ministres sont réformateurs, et sans le vouloir, ils allument des feux parce que c’est un sujet sur lequel le rationnel joue peu.
M.H. : Et sur celle du gouvernement ?
X.D. : Je n’exprimerai pas d’avis. Je suis président d’un établissement public sous tutelle de l’état, et j’ai un devoir d’impartialité que je respecterai (sourire).



