Après un débrayage de neuf jours, les négociations sur la rémunération des salariés durant les travaux de rénovation de l’établissement vont reprendre le 10 janvier entre les représentants du personnel et la direction de la Société des bains de mer.
«La vérité ». Postés au coin de l’avenue Princesse Alice et celle des Beaux-Arts, une partie des salariés de l’Hôtel de Paris en grève ont tracté la leur, imprimée en caractères gras, pendant neuf jours. Le sujet sensible de la rémunération des salariés de l’établissement, durant les quatre ans que dureront sa rénovation (fin 2014 à 2018 a priori), a déclenché ce mouvement. Les grévistes se sont offusqués que la direction veuille « diviser par deux voire par trois » leurs salaires pendant le chantier. La manifestation a donné lieu à des scènes insolites, notamment lors de ses débuts inopinés les 30 et 31 décembre. Les employés distribuaient leurs prospectus aux conducteurs de Ferrari et autres voitures de prestige tandis que des clients de l’établissement donnaient des sandwichs aux contestataires. Des sons de cornes de brume venaient rompre l’ordinaire quiétude de la luxueuse artère de Monte-Carlo. Les grévistes ont même fêté le passage en 2014 sur le trottoir faisant face à l’entrée du personnel de l’Hôtel de Paris. Ce débrayage record dans l’histoire de la SBM, renouvelée après une assemblée générale quotidienne dans les locaux de l’Union des syndicats de Monaco, a mobilisé 115 à 120 personnes selon les syndicats, 93 selon la direction soit un quart de l’effectif.
« On ne veut pas du SMIC »
Cette mobilisation est intervenue dans un contexte social difficile pour la SBM et particulièrement pour l’Hôtel de Paris, fleuron plus aux normes des palaces actuels. Réduction d’activité oblige, avant de discuter salaires, direction et salariés ont parlé emploi entre juin et novembre. Un plan de départs à la retraite anticipée assortis d’indemnités de départ allant jusqu’à 100 000 euros, a été lancé par la direction, pour éviter tout licenciement. 86 employés, de 57 ans et plus, sont concernés par cette mesure. Selon nos informations, 98 demandes de départs volontaires auraient été formulées et l’indemnité moyenne se situe à 57 000 euros. « Un plan d’emploi agréé par toutes les parties concernées a été établi et déposé à la direction du travail le 13 novembre 2013. Ce plan est une preuve irréfutable que lorsque du temps est accordé à la négociation, et que les parties sont de bonne foi, des solutions consensuelles peuvent être trouvées », soulignait la SBM dans un communiqué dès le début de la grève.
L’idée de ne percevoir qu’« un demi-salaire pendant quarante mois » a inquiété les grévistes. Surtout ceux dont la rémunération dépend du chiffre d’affaires de l’hôtel, à hauteur de 15 % selon une convention collective, bien que quelques salariés fixes aient aussi rejoint le mouvement par solidarité. « L’enjeu, c’est le maintien des salaires pour tout le personnel », résume Giuseppe Dogliatti, commis d’étage et délégué du personnel de l’Hôtel de Paris. « C’est tout à fait possible pour ceux qui sont rémunérés au fixe. Pour ceux dont la rémunération se fait au pourcentage sur l’activité de l’hôtel, c’est certes plus difficile mais si la SBM met 680 millions d’euros dans un plan de rénovation, il suffit de provisionner un ou deux millions en plus. Sans activité à l’Hôtel de Paris, le salaire peut tomber de très haut pour certains salariés. Par exemple, des maîtres d’hôtel peuvent se retrouver avec des rémunérations de smicards », poursuit-il. Aussi les employés grévistes ont-ils regretté qu’aucun geste financier n’ait été réalisé en leur faveur avant les fêtes. « Ça ne nous fait pas plaisir d’être dehors. On veut préserver notre pouvoir d’achat. On sait très bien qu’on devra faire un effort mais de là à être payé au SMIC… », lâchait l’un d’eux. Un SMIC qui s’élèverait autour de 1 600 euros brut environ d’après les contestataires.
Dans son communiqué, la SBM avait pourtant assuré qu’elle avait reconnu « l’importance du problème social soulevé ». « Le 23 décembre, en réponse à une proposition faite par les délégués du personnel, la société a exposé par écrit de manière détaillée les raisons juridiques et sociales, qui ne permettent pas de mettre en œuvre leur proposition et a pris acte pour la préférence manifestée à l’égard d’un système d’avance tout en proposant une alternative à examiner dès le 10 janvier prochain », développait la direction. Et le bulletin de préciser que le lendemain, « les salariés à l’issue d’une assemblée générale ont demandé le maintien pur et simple du niveau de rémunération du dernier exercice, record en termes de chiffre d’affaires, ce qui constituait un changement radical par rapport aux propositions étudiées précédemment ». En interne, la SBM ne nie pas la baisse de salaire que connaîtront les employés dont le revenu est indexé au chiffre d’affaires mais demande du temps pour analyser les dérogations pouvant être apportées à la convention collective.
« Impact négatif »
Les grévistes ont été reçus au ministère d’Etat ainsi qu’au conseil national. Ils voulaient avoir « une oreille » attentive à leurs revendications. « A la demande du ministre d’Etat, une délégation de grévistes a été brièvement reçue par le secrétariat général du ministère d’Etat à deux reprises juste après le jour de l’an et une troisième fois le 6 janvier 2014, rappelant, chaque fois, la position du gouvernement », précise-t-on place de la Visitation. Le gouvernement avait fait part de sa surprise dès le premier jour de la grève, notant « l’impact négatif sur la principauté de Monaco et sur la perception de son attractivité ». Comme la direction de la SBM, le gouvernement a appelé à la reprise du travail « pour permettre de renouer le dialogue et de rechercher des solutions à la question des salaires comme ce fut le cas pour l’emploi ». Aussi une délégation s’est-elle rendue à l’inspection du travail. « Nous avons constaté au planning que cinq des sept commis, qui travaillent en contrat à durée déterminée chez nous et qui ont pris part à la grève, n’ont pas été reconduits. Tandis que les deux autres figurent toujours au planning », pointent Sylvie Claudel et Brahim Rejraji, du syndicat Hôtels Cafés Restaurants.
Réprobation
Tout s’est accéléré dans la journée du 7 janvier. Jean-Luc Biamonti, président du conseil d’administration et président délégué de la SBM, a reçu les délégués du personnel. Selon un autre communiqué de l’entreprise, il « leur a exprimé sa réprobation face à cette grève injustifiée, déclenchée à un moment de forte affluence tant à l’Hôtel de Paris qu’en principauté de Monaco ce, alors que des négociations entre la direction et les représentants suivaient leurs cours sans blocage particulier » et il « les a de nouveau appelés à la reprise du travail préalablement à la poursuite des discussions engagées avant la grève ». Mardi soir, les grévistes ont voté une nouvelle fois sur la reconduction de la grève après le 8 janvier. Mais cette fois-ci, ils ont décidé de reprendre le tablier le lendemain. Les négociations avec la direction devraient donc reprendre le 10 janvier. Enfin.



