dimanche 14 août 2022
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Les femmes gagnent-elles vraiment moins que les hommes à Monaco ?

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À l’instar de la France, et d’autres pays européens, des écarts de salaires existent entre les hommes et les femmes à Monaco. C’est ce qui ressort d’une étude inédite de l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE). Mais ces chiffres méritent quelques explications.

C ’était attendu. Après trois ans de travail, l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE) publie une étude sur les écarts de salaires entre hommes et femmes. Premier travail du genre à Monaco, cette mise en perspective de l’IMSEE a nécessité le recueil et le traitement des données sur la période 2013-2019. Cette étude a été construite à partir des indices de rémunération de la fonction publique, des informations fournies par les Caisses sociales de Monaco, et des calculs réalisés sur les bases mensualisées en horaires.

Les femmes mieux loties dans le secteur public

Premier constat de cette étude de l’IMSEE : les femmes gagnent autant, voire plus que les hommes dans la fonction publique. Si l’on se fie au comparatif des indices de rémunération, il en ressort que les salariées femmes ont un indice de rémunération supérieur de 0,7 % à celui des hommes. Cela s’explique par le fait que davantage de femmes occupent un poste de catégorie A, des postes à responsabilité, mieux rémunérés que les autres catégories. A contrario, elles évoluent très peu dans les postes de catégorie C, contrairement aux hommes, qui ont pourtant un indice plus élevé que les femmes, quelle que soit leur catégorie (A, B ou C). Les salariés hommes connaissent également plus d’avancements que les femmes, en moyenne, au cours de leur carrière dans la fonction publique. En ce qui concerne le profil de ces femmes salariées de la fonction publique, l’étude révèle qu’elles sont surtout Monégasques, pour 41 % des effectifs. La part des femmes dans la fonction publique reste d’ailleurs stable depuis 2013, puisqu’elle est passée de 41,2 % à 42,6 % en 2019, sur 4 776 personnes recensées. Enfin, sur l’ensemble des services de la fonction publique, c’est au département des affaires sociales et de la santé que l’on retrouve le plus de femmes (75,6 % des effectifs), au contraire de celui de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme (15,9 %). Il y a davantage de femmes sur les postes à haut niveau de responsabilité également depuis 2013, avec 90 à 100 personnes chaque année, passant de 43 % à 47 % entre 2013 et 2019. Mais, comme ce chiffre l’indique, elles restent légèrement moins nombreuses que les hommes à occuper des hautes responsabilités dans la fonction publique.

Les femmes gagnent autant, VOIRE plus, que les hommes dans la fonction publique. Si l’on se fie au COMPARATIF des indices de rémunération, il en ressort que les salariées femmes ont un indice de rémunération supérieur de 0,7 % à celui des hommes

Des écarts relatifs dans le secteur privé

Les écarts de salaires se creusent davantage dans le secteur privé. Les hommes y gagnent, en moyenne, 3 891 euros brut par mois, alors que les femmes évoluent, en moyenne, à 2 783 euros brut mensuels. L’écart est donc de 28,5 %. Mais, attention, ces salaires sont dispersés, et les moyennes ne sont pas vraiment significatives des niveaux de rémunération dans le secteur privé à Monaco. Les quelques très hauts salaires d’une partie de cadres de Monaco ont tendance à tirer les moyennes vers le haut, et à fausser les comparaisons entre les sexes. Une part significative de femmes est ainsi susceptible de gagner moins de 2 783 euros brut par mois. Pour dresser un meilleur état des lieux, l’IMSEE a également comparé les salaires médians. Il en ressort que le salaire médian s’établit à 2 443 euros brut pour les hommes, et à 2 300 euros brut chez les femmes à Monaco, ce qui réduit considérablement l’écart de salaire entre hommes et femmes. Si l’on se fie à l’écart de salaire brut mensualisé moyen, il est destiné à 26,7 % en faveur de hommes. Mais, si l’on se fie, au contraire, aux salaires médians, l’écart est réduit à 5,9 % entre hommes et femmes. C’est d’ailleurs mieux qu’en France, où il est de 12 %, selon les rapports de l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce salaire médian monégasque est inférieur de 17 % au salaire moyen chez les femmes, et de 37 % chez les hommes. Preuve de l’important différentiel de salaires dans la population masculine. En résumé, certains salariés homme tirent considérablement la moyenne vers le haut, mais l’ensemble ne gagne pas radicalement plus que les femmes. En effet, chez les salariées femmes la répartition des rémunérations est plus classique. Concernant leur profil, les femmes salariées du secteur privé ont, en moyenne, 41 ans, la tranche d’âge des 45 à 54 ans étant celle qui rassemble le plus de salariés à Monaco, quel que soit le genre. Et, contrairement à la majorité des salariés qui habitent au-delà des communes limitrophes, quel que soit le sexe, les femmes vivent plus souvent à  Monaco ou dans les villes voisines, ce qui n’est pas aussi vrai pour leurs homologues masculins. Les femmes sont également moins nombreuses dans le privé que dans la fonction publique, même si leur part a considérablement augmenté depuis 2011 : +19 %, soit 8 500 personnes supplémentaires. Pour ordre d’idées, plus de 53 000 salariés étaient comptabilisés en 2019, et 40 % étaient des femmes.

À Monaco, le salaire médian s’établit à 2 443 euros brut pour les hommes et à 2 300 euros brut chez les femmes

Des explications manquantes

À cet écart entre salaires médians, il faut également garder en tête que 14,1 % de la différence de salaires entre hommes et femmes reste « inexpliquée » selon l’IMSEE, au regard des éléments disponibles pris en compte dans la modélisation de l’étude. Parmi les potentielles raisons, on tablera sur le niveau de diplôme, l’ancienneté, et le type de contrat de travail. Ces éléments peuvent revoir à la hausse, mais aussi à la baisse cet écart de salaires. Le temps de travail est aussi un élément à prendre en compte, car il explique, en partie, les écarts. Il résulte d’ailleurs de cette étude que les hommes totalisent un plus grand nombre d’heures travaillées que les femmes, dont la rémunération horaire est inférieure de 20,9 % à celle des hommes. Par ailleurs, les femmes sont surreprésentées aux postes considérés comme moins rémunérateurs, dans des petites structures, ou dans des secteurs d’activité comportant de plus forts taux de bas salaires, comme le personnel de maison, par exemple.

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Monaco Hebdo