samedi 7 février 2026
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Etes-vous manipulé ?

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Est-ce si grave de se gratter le nez lors d’un entretien ? Du Mentalist cher à TF1 aux techniques utilisées dans le monde de l’entreprise pour saper le moral des salariés, passage en revue des techniques de manipulation mentale.

C’est dans un épisode, on ne sait plus lequel, de la saison cinq de Mentalist, la série diffusée par TF1 : le héros, Patrick Jane, consultant au CBI (California Bureau of Investigation) où il aide les policiers à résoudre leurs enquêtes, détecte un léger mouvement des yeux en haut vers la droite chez une personne qu’il soupçonne de meurtre, à laquelle il vient de demander de lui raconter une scène que cette personne soupçonnée dit avoir vécue. Or, on y reviendra, les mentalistes (du latin mens, esprit) accordent une grande importance à l’observation et ont remarqué que ce mouvement oculaire vers le haut à droite induit la construction d’une image, représentant une scène que l’on n’a pas forcément vécue. Lorsqu’on fait appel au souvenir, à la mémoire visuelle, les yeux ont plutôt tendance à monter en haut à gauche. Bémol : des gens qui ont très peu de souvenirs sont obligés de se les construire, et auront donc tendance à monter les yeux vers la droite. Ce qui n’en fait pas des menteurs pour autant ! Et Patrick Jane ne va donc pas faire emprisonner un suspect sur un simple mouvement d’yeux ! Mais tel geste, plus tel autre, ajoutés à telles paroles, de la part du suspect, et passés au moulinet de la mémoire implacable de notre mentaliste, ont fini par confondre le suspect, qui, au final, a avoué son meurtre…

 

Phénomène de mode

Monaco Hebdo vire-t-il soudain dans le charlatanisme ? Non ! Juste l’envie d’aller y voir de plus près dans la manipulation mentale. Au fait, qu’est-ce qu’un mentaliste ? Vous en trouverez une flopée sur Internet : ils sont très à la mode depuis quelques années. Et rares sont ceux qui n’ont rien à vous vendre. Achetez leurs bouquins, leurs vidéos ou l’un de leurs stages et, promis juré, vous apprendrez en trente secondes à lire dans les pensées des autres !!! Plus sérieusement, un mentaliste est une personne qui a développé son don de l’observation et sa mémoire à leur maximum. Elle s’est aussi intéressée à la manipulation mentale, psychologique, au langage du corps, à la programmation neurolinguistique (PNL). Cela peut commencer de façon toute simple, comme nous l’explique Elliot Battit, auteur de Chroniques d’un mentaliste (J.C. Gawsewitch). Jeune, il a officié comme physionomiste à l’entrée de boîtes de nuit parisiennes. « Le “physio”, comme on dit, c’est celui qui décide si vous entrez ou non dans l’établissement. Look, attitude générale : j’ai compris que j’avais un don pour lire les visages, décrypter les regards et identifier les comportements. Pour débusquer la reine de la nuit qui se cache derrière la timide secrétaire. Pour discerner le petit voyou, déclencheur de bagarres, du grand voyou, qui ne fera jamais d’histoire et qui paiera rubis sur l’ongle comme un gentleman. » Elliot Battit travaille ensuite pour un couple de Français menacés de mort. Son rôle ? « En amont de deux gardes du corps, je devais flairer tout individu potentiellement dangereux pour mes clients. » Son arme ? « Ma rotative, comme je l’appelle. C’est-à-dire ma tête et mes yeux, qui flashent tout ce qui bouge, comme des radars. » Elliot Battit a depuis créé son entreprise de « sécurisation et maîtrise des environnements ».

 

Lecture de pensée, psychokinésie, etc.

D’autres mentalistes donnent plutôt dans le spectacle et se présentent comme des « artistes psychiques » (sic). Leur art consiste à créer l’illusion de facultés paranormales ou d’une spécialisation dans la maîtrise des capacités mentales humaines : télépathie, psychokinésie, hypermnésie, clairvoyance, etc. Et cela pour divertir le public. C’est le cas de Wanda, qui se présente comme « la seule mentaliste femme. » Dans ses numéros avec son complice Viktor, elle parvient à deviner les objets que possède tel ou tel spectateur. On reste bluffé. Il doit y avoir un truc. Et toujours une extrême acuité à son environnement.

« Je ne crois en aucun pouvoir surnaturel », affirme Viktor Vincent, autre artiste mentaliste qui vient de clore un spectacle à Paris et se produit en tournée européenne depuis quelques jours. Occultisme, lecture de pensée, vision de l’avenir sont au programme de celui dont l’un des tours favoris est le « chair test », qui consiste à deviner précisément où va s’asseoir un spectateur. « Certaines techniques sont explicables en trois mots, assure-t-il. On fonctionne sur l’illusion, sinon vous pensez bien que je jouerais au loto et que je serais très riche ! »

Autres secrets ? « Aplomb, création d’une ambiance particulière, autorité, regard ! » Et, encore une fois, un grand art de l’observation. Sherlock Holmes, qui fut l’ancêtre des mentalistes, ne dit pas autre chose : « Les ongles d’un homme, les manches de sa veste, ses bottes, la marque des genoux sur son pantalon, les cals de son pouce et de son index, l’expression de son visage, les manchettes de sa chemise, ses mouvements – sont autant de signes révélateurs du métier qu’il exerce. Il est presque inconcevable que, dans le cadre de toute affaire criminelle, tous ces indices réunis ne parviennent pas à éclairer un enquêteur compétent. » Pour faire chic, ce don de l’observation, pas seulement visuelle, mais aussi olfactive – le parfum d’une personne, ou son absence, vous renseignera sur elle – est appelé cold reading, pour « lecture froide ».

 

Langage du corps

Le non verbal est l’un des piliers du mentalisme. Dans une discussion, la tonalité de la voix et le langage du corps représentent autant que le sens des mots proprement dits. Attention, pourtant, à ne pas vouloir tout analyser à la va-vite ! La mode est à charger d’un sens très lourd le moindre geste, qui peut orienter, certes, sans charger pour autant de certitudes absolues l’observateur. Ainsi, se gratter le nez lors d’un entretien est-il devenu le signe absolu de faux-culterie. Vous êtes en train de mentir, c’est évident ! Poser ses mains sur ses bras croisés devant sa poitrine indiquerait que vous êtes fermé à tout échange. Et si vous aviez tout juste froid et que vous cherchiez à vous réchauffer ? « Je trouve violent d’enfermer ainsi les gens dans le moindre geste », tempête Anne Piérard, directrice de l’institut Ressources, sis pas loin de Bruxelles, spécialisé en programmation neurolinguistique (PNL). Il n’empêche, « deux personnes qui se parlent, bien droites, assises chacune face à l’autre, dans le calme. L’une d’entre elles soudain part clairement en arrière, rompant l’harmonie qui prévalait jusque-là. On peut se demander si une question, une réponse ne l’a pas soudain gênée. »

 

Les clients ? du chômeur au sportif

Dans son institut, Anne Piérard reçoit en stage aussi bien des travailleurs sociaux, des chefs d’entreprise, des chômeurs que des sportifs. Que viennent-ils chercher ? Ils souhaitent mieux se connaître, mieux connaître les autres, pour mieux communiquer. Un dialogue intérieur sans cesse renouvelé. Et, pourquoi se le cacher ? Un certain nombre d’entre eux cherchent aussi à être plus opérationnels, plus productifs, à gagner plus d’argent dans leur travail grâce aux méthodes apprises ici. Etre plus performant lors d’un entretien d’embauche, lors d’une demande d’augmentation de salaire, savoir mieux gérer des équipes, ça peut intéresser ! D’ailleurs, quel grand joueur de tennis n’a pas son coach qui lui fourgue sa dose de PNL ? Grâce à un entraînement approprié, basé entre autres sur la visualisation et la détente, l’athlète va apprendre à se voir gagner son futur match. Il va aussi mieux savoir retrouver, ressentir de tout son corps, l’état d’excellence et de calme qu’il a pu connaître dans ses meilleurs moments. Il saura aussi, à la demande, entendre la voix de son coach qui le guide et le rassure. Tout cela est prouvé. Reste que cela s’applique à des êtres humains, faillibles. A qui douterait de ces méthodes, rappelons que les neurosciences en sont à leurs débuts, qu’elles expliquent des faits qui relevaient de la pensée magique il y a encore peu, et que beaucoup de chercheurs s’accordent à dire que l’on utiliserait seulement environ 10 % de son cerveau.

 

Manipulation hitlérienne

« La PNL donne des clefs contre la manipulation mentale et l’exacerbation de l’émotion, à laquelle on tente de nous soumettre souvent, assure Anne Piérard. On abrutit les gens en leur fournissant des images très fortes. J’ai vu certains participants à mes stages perdre tout sens commun face à Internet, qui sert de défouloir. Lorsqu’on a des certitudes, il peut en sortir le pire comme le meilleur. Et la manipulation au niveau du langage et de l’émotion est frappante. Regardez les meetings d’Hitler en 1933 ! » La manipulation, c’est aussi ce qu’on reproche au mentalisme, à la PNL, et à d’autres méthodes. Bien enseignées, bien utilisées, elles peuvent épanouir. Dans d’autres cas, elles relèvent de la dérive sectaire. Et certaines officines sont inscrites comme telles, en France, par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Certaines techniques sont fort bien décrites dans Le management par la manipulation mentale (éditions L’Harmattan), de Bernard Salengro, médecin du travail et créateur, à Paris, de l’Observatoire du stress. Rappel : le travail est bien plus basé sur l’émotion, l’affectif, qu’on veut bien nous le faire croire. Les dirigeants qui pour telle ou telle raison veulent s’attaquer à leurs équipes, ne l’oublient jamais. Et peuvent demander à leurs cadres d’appliquer telle ou telle méthode au petit personnel, quitte à ce que ces méthodes se retournent après contre ces cadres. Exemple ? Un cadre dans un magasin d’alimentation franchisé avait été mis en demeure de faire démissionner les employés les plus anciens parce qu’ils coûtaient plus cher que les autres. Parmi eux : une caissière pimpante, qui arrive toujours bien pomponnée le matin. Comment « s’occuper » d’elle ? L’envoyer systématiquement faire des travaux salissants et malodorants, sous prétexte de manque de personnel puis, une fois qu’elle s’est salie et imprégnée de mauvaises odeurs, la renvoyer en caisse : là, elle subira toute la journée les regards et les questions des clients qui remarquent la présence d’une mauvaise odeur. Très efficace pour saper le moral de la caissière. Sherlock Holmes n’aurait pas laissé passer ça. Mais ce nouveau siècle est aveugle et sans pitié…

 

Que faire face à la manipulation ?

Vous avez à faire à un manipulateur particulièrement pervers ? Et malgré vos défenses, vous vous sentez pris au piège, comme englué dans la toile d’une araignée ? Fuyez ! Coupez au plus vite toute relation ! Et surtout ne tentez pas de donner d’explication à ce pervers car agir ainsi, c’est continuer de lui donner de l’énergie… qu’il retournera contre vous ! Vous ne pouvez pas vous enfuir ? Surtout, ne restez pas seul. Les plus vulnérables face à la manipulation mentale sont les personnes isolées. Celui-ci est moins redoutable mais, quand même, il utilise une recette fréquente des manipulateurs : le présupposé. Il va vous dire quelque chose mais toute la première moitié du discours manque, comme s’il était évident que vous y adhérez d’emblée. Et ce ne sera pas facile pour vous d’amener à votre conscience tout ce qui est sous-entendu. Tant pis ! Jouez l’idiot et obligez le manipulateur à se situer, à préciser ce qu’il entend.

 

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