mercredi 15 avril 2026
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ES-KO : de la logistique à l’humanitaire

Publié le

Choisi pour construire le Pavillon Monaco lors de l’exposition universelle de Milan, le groupe ES-KO est leader mondial dans le soutien logistique des pays en situation post-conflit.

Par Nicolas Spinelli.

Opérant dans 20 pays et chapeautant 2 000 salariés de 44 nationalités, le groupe ES-KO peut se targuer d’un CV plus qu’honorable. Fondé à Gênes en 1955 par Enzo Zanotti, il avait pour activité initiale l’approvisionnement alimentaire. Au fil des décennies, le groupe s’est spécialisé dans d’autres domaines : la construction préfabriquée, la restauration ou encore la vente au détail. Une polyvalence qui permet à ES-KO de construire et gérer des bases de vie dans les environnements les plus hostiles (conflits armés ou régions sinistrées par des catastrophes naturelles). Installée à Monaco depuis les années 1970, l’entreprise est régulièrement choisie par l’ONU pour assurer un soutien logistique aux opérations de maintien de la Paix. Depuis 1988, elle est ainsi intervenue dans une vingtaine de pays. Et approvisionne 50 000 Casques bleus à travers le monde.

Au cœur des conflits
Les équipes d’ES-KO cultivent la discrétion, mais sont pourtant bien présentes sur le terrain, à quelques pas des combats. Franco Zanotti, qui a succédé à son père à la tête de l’entreprise en 2005, a ainsi été marqué par sa mission en ex-Yougoslavie. « Nous avons été témoins de toutes les guerres menées dans cette région. Elles étaient particulièrement terribles. Ils n’hésitaient pas à tuer les mères, les filles, des familles entières. J’avais le sentiment d’être témoin de l’Histoire, mais cela laisse des souvenirs très durs ». Il évoque notamment la ville de Vukovar, totalement détruite par l’armée serbe en 1991 : « Il n’y avait pratiquement plus rien. Tous les bâtiments étaient en ruine. Aujourd’hui encore, il est difficile pour moi de voyager dans cette région. Le simple fait de voir un drapeau croate ou serbe revêt une signification très particulière… » Autre souvenir singulier pour Franco Zanotti : l’éruption du Nyiragongo, au Congo en 2002, qui a détruit l’ensemble de la base construite par ES-KO. « Tout le personnel de l’entreprise avait pu être évacué, grâce, notamment, aux hélicoptères de l’ONU. Mais la ville de Goma avait été partiellement détruite et plusieurs dizaines d’habitants sont morts ». Face à ses activités à risques, les questions de sécurité sont évidemment cruciales. « Le groupe n’a connu aucun décès parmi ses équipes, grâce au respect de consignes très strictes », assure Franco Zanotti en donnant l’exemple d’une mission effectuée en Irak pour le compte de l’OTAN : « Nous avions l’interdiction de sortir après 15h. Au-delà, les vents poussiéreux réduisaient la visibilité et favorisaient le risque d’attaque ».

Cap sur l’humanitaire
En plus des missions effectuées pour des Organisations internationales et des projets purement commerciaux, ES-KO affiche désormais ses ambitions dans le domaine de l’humanitaire. Le groupe se heurte cependant à une difficulté. Son image, étroitement associée au soutien d’opérations militaires, rebute certaines organisations humanitaires. L’attaque d’une base de vie militaire par les talibans en Afghanistan, l’an passé, n’a pas aidé. La société a donc décidé de créer une nouvelle filiale, Eco-System, exclusivement dédiée aux projets humanitaires. La construction d’une école au Burundi et d’un complexe hôtelier au Sénégal figureront parmi ses premiers projets. C’est elle aussi qui gérera à Milan le projet du Pavillon Monaco, qui a vocation à être transformé par la suite en centre social au Burkina Faso. Un projet particulier, puisque c’est la première fois qu’ES-KO interviendra en Europe occidentale, et plus précisément en Italie. Là où tout a commencé il y a près de soixante ans.

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