Avec 135 millions d’euros de chiffre d’affaires et 5,6 millions de bénéfices en 2024, Carrefour Monaco est l’un des magasins les plus rentables du géant de la grande distribution. Alors que les négociations annuelles avec la direction étaient en cours, plusieurs dizaines de salariés ont participé à deux débrayages au mois de mars 2025. Derrière les chiffres très positifs, les syndicalistes présentent un tout autre portrait du quotidien de ce magasin, ce que la direction dément.
La scène semble se répéter chaque année. Des dizaines de salariés du magasin Carrefour au sein du centre commercial de Fontvieille quittent leur poste en pleine journée pour contester leurs conditions de travail. Au mois de mars 2025, les passants ont pu voir ce processus se dérouler deux fois, le mardi 11 mars et le lundi 17 mars : « On est sorti sur notre temps de travail, sans prévenir. Et les deux fois, on a été suivi par une quarantaine de salariés », raconte Grégory Bernonville, délégué syndical et délégué du personnel du magasin. Le groupe Carrefour propose des négociations annuelles avec chaque magasin français. Pour Monaco, si ces négociations ne sont pas obligatoires, elles ont pourtant lieu chaque année. Mais plusieurs problèmes persistent selon Grégory Bernonville. Pour celui qui est salarié depuis 23 ans, les conditions de travail ne sont plus supportables : « Quand j’ai commencé, on était 380 salariés. Aujourd’hui nous sommes 280. Certes, il y a eu l’automatisation des caisses, mais il faut bien se rendre compte que chaque départ à la retraite n’est pas compensé par une embauche. On perd des salariés d’année en année, mais le rythme reste le même. » En 2024, ce sont ainsi 10 salariés qui n’ont pas été remplacés.
« Quand j’ai commencé, on était 380 salariés. Aujourd’hui nous sommes 280. Certes, il y a eu l’automatisation des caisses, mais il faut bien se rendre compte que chaque départ à la retraite n’est pas compensé par une embauche. On perd des salariés d’année en année, mais le rythme reste le même »
Grégory Bernonville. Délégué syndical et délégué du personnel de Carrefour Monaco
« On ne vient plus de bonne humeur »
D’après ce syndiqué, c’est l’ensemble des postes qui est impacté par cette stratégie de ressource humaine : « Les managers nous le disent : ils gèrent comme ils peuvent. La fatigue est plus mentale que physique. » Ce que Grégory Bernonville regrette, c’est la façon dont se réorganisent les services depuis quelques années. Que ce soit la fermeture du stand financier en 2024, le stand de découpe fraîche, ou bien encore récemment la fermeture du laboratoire boucherie pour des raisons sanitaires. Les missions se raréfient : « On a l’impression de faire plus que de la mise en rayon, 39 heures par semaine. On ne vient plus de bonne humeur. » Outre la baisse des missions proposées, ce sont les questions des primes qui cristallisent les tensions. Comme base comparative, Grégory Bernonville s’appuie sur les conditions des salariés du groupe en France, notamment sur la question des primes d’intéressement : « Un salarié Carrefour des Alpes-Maritimes a bénéficié en 2023 de 1 735 euros nets pour un temps de travail de 35 heures. À Monaco, on a touché 1 300 euros bruts pour 39 heures. » Alors qu’est-ce qui explique une telle différence, alors que le Carrefour de Monaco est l’un des plus rentables du groupe ? Pour Grégory Bernonville, c’est avant tout pour une raison de volonté de la direction : « On nous dit que la prime d’intéressement n’existe pas à Monaco. Ils ont donc établi le “net personal score”, un chiffre qui monte ou descend en fonction des performances des salariés, et qui ne peut pas dépasser 1 500 euros bruts par an. »

Tensions sur la répartition des jours de travail
Interrogée par Monaco Hebdo, la direction de Carrefour a répondu en mettant en avant les négociations qui ont eu lieu auparavant : « Par ailleurs, les collaborateurs de Carrefour Monaco, non concernés par l’accord d’intéressement et de participation du groupe qui s’applique uniquement aux salariés Carrefour en France, perçoivent néanmoins une prime appelée « prime de résultat », conformément à l’accord signé en 2023 pour une durée de trois ans. Cette prime de résultat au titre de l’année 2024 s’élève à 1 075 euros bruts annuels. » L’autre point de tension concerne la répartition sur les jours de travail. Ce syndiqué estime que « 17 % des salariés continuent de travailler 6 jours sur 7 ». Il demande donc de « lisser ce chiffre, pour que chacun puisse se reposer. » Le directeur aurait annoncé que ce système est à négocier pour chaque salarié de manière indépendante, « un moyen pour lui de ne pas marquer cela de manière officielle dans les négociations », ajoute Grégory Bernonville.
Autre revendication de la part de ce syndicat : une augmentation de 3,4 % de salaire pour « pallier au coût de la vie et du transport. » De son côté, la direction a proposé une augmentation de salaire entre 2 et 2,3 %, selon les niveaux de rémunération
Désaccord autour des tickets restaurants
À l’inverse, ce délégué syndical et délégué du personnel regrette que les dimanches soient distribués de manière régulière aux mêmes personnes : « Travailler un dimanche, ça rapporte plus. On aimerait donc que les effectifs tournent sur ces postes, puisque certains collègues font 32 dimanches par an, là où certains n’en font quasiment pas. » Autre revendication de la part du syndicat : une augmentation de 3,4 % de salaire pour « pallier au coût de la vie et du transport. » De son côté, la direction a proposé une augmentation de salaire entre 2 et 2,3 %, selon les niveaux de rémunération. Cette augmentation devrait être entre le mois de mars et de juillet 2025. Le dernier point de tension concerne le prix des tickets restaurants. Si la direction de Carrefour Monaco les a fait passer de 5,90 euros à 6,20 euros, cela reste bien loin des attentes des syndiqués : « On demande 7,50 euros, ce qui correspond au prix d’un menu. On paye 50 % du prix des tickets restaurants, ce qui veut dire qu’ils nous augmentent uniquement de 15 centimes de leur poche. »
« Un salarié de Carrefour Monaco gagne, en moyenne, 350 euros nets de plus qu’un employé exerçant en France. Cette différence s’explique par la différence de cotisations sociales, ainsi que par des primes spécifiques à Carrefour Monaco »
La direction du groupe Carrefour
Loin de satisfaire les membres du syndicat, les avancées de la part de la direction ont été actées le samedi 22 mars 2025 au matin. Pourtant, les délégués syndicaux ont refusé de se déplacer pour ratifier l’accord : « Nous, on leur a dit qu’on serait en conflit toute l’année, et que, s’ils ne veulent pas nous donner de l’argent, on va leur en faire perdre. » De son côté, dans le cadre de ces négociations annuelles, le groupe Carrefour met en avant la différence de salaire entre ses salariés français et monégasques : « Un salarié de Carrefour Monaco gagne en moyenne 350 euros nets de plus qu’un employé exerçant en France. Cette différence s’explique par la différence de cotisations sociales, ainsi que par des primes spécifiques à Carrefour Monaco, telles que la prime de présence et d’ancienneté. » Depuis, les 134 membres du syndicat au sein du magasin de Fontvieille ont depuis décidé de participer aux réunions mensuelles avec la direction. Le climat semble social reste tendu.



