lundi 15 août 2022
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Croisières : l’électrification des quais en stand-by

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Longtemps espérée par les élus du Conseil national, l’électrification des quais tarde à se concrétiser en principauté. Olivier Lavagna, directeur général de la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM), en explique les raisons.

Et si on branchait les bateaux de croisière à un réseau électrique pour réduire leur impact carbone ? Alors que les croisières sont de plus en plus décriées en raison de leurs conséquences désastreuses pour l’environnement, les villes portuaires tentent par tous les moyens de limiter au maximum leurs émissions. Parmi les pistes explorées, l’électrification des quais figure en bonne position. Et elle gagne du terrain sur le pourtour méditerranéen puisqu’après Marseille et Nice, c’est au tour de Toulon de lancer des travaux de raccordement pour permettre aux navires de se brancher directement au réseau public de distribution d’électricité. Selon Hubert Falco, président de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM), et maire de Toulon, ce chantier devrait être terminé d’ici le « premier trimestre 2023 ». Le port varois deviendra alors le premier en Méditerranée à disposer de l’électrification de l’ensemble de ses quais. À Monaco, en revanche, les avancées sont plus timides.

Si la question de l’électrification des quais est évoquée depuis plusieurs années, celle-ci tarde à se concrétiser, malgré les demandes répétées des élus du Conseil national [à ce sujet, lire l’interview de l’élu Priorité Monaco (Primo !) Guillaume Rose, publiée dans ce dossier spécial — NDLR]. À l’image de la conseillère de la majorité Primo ! Marine Grisoul, qui avait appelé en 2019, dans nos colonnes, à « se coordonner avec les autres pays du bassin méditerranéen et aller dans le même sens que les récentes décisions de la région Sud, avec l’électrification des quais des ports de Marseille, de Toulon, et de Nice, ainsi que des aides aux compagnies maritimes pour équiper leurs unités des branchements nécessaires » [à ce sujet, lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 1121 — NDLR].

Le GNL plutôt que l’électrification

À l’époque, cette élue estimait cette mesure indispensable pour « lutter efficacement contre cette pollution », rappelant au passage que « selon la région Sud, un seul paquebot à quai consomme l’équivalent de 250 voitures en circulation ». De son côté, l’élu Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda estimait, au contraire, que « l’électrification du quai d’accueil étant à ce jour, et pour longtemps, impossible, il est inutile de revenir sans cesse là-dessus » [lire l’interview de Jean-Louis Grinda publiée dans ce dossier spécial — NDLR]. L’élu de l’opposition militait alors plutôt pour « un travail sur les carburants » pour réduire la pollution des navires. Trois ans plus tard, le sujet de l’électrification des quais est toujours sur la table, comme le confirme le directeur général de la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM), Olivier Lavagna : « Nous avons analysé le sujet du branchement électrique des bateaux de croisière. La précédente étude datait de 2019. En 2021, elle a été réactualisée, et elle a abouti à dire que, dans l’immédiat, en tout cas, le devenir pour les bateaux de croisière ce n’est pas l’électrification. C’est la source d’énergie ». La tendance serait, en effet, à l’utilisation du fioul léger et du gaz naturel liquéfié (GNL), comme le présageait Jean-Louis Grinda en 2019.

navires recherche électrique
C’est au tour de Toulon de lancer des travaux de raccordement pour permettre aux navires de se brancher directement au réseau public de distribution d’électricité (notre photo). Selon Hubert Falco, président de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM), et maire de Toulon, ce chantier devrait être terminé d’ici le « premier trimestre 2023 ». © Photo TPM

L’électrification, « un non-sens »

Si la principauté a décidé de prendre son temps pour électrifier ses quais, c’est aussi parce qu’aujourd’hui, très peu de navires accueillis au port Hercule ne disposent des branchements nécessaires. Et les projections du directeur de la SEPM à ce sujet sont plutôt pessimistes, puisque, d’après lui, seulement 20 % des bateaux prévoient d’être équipés d’ici 2035. Avec un impact si limité, le jeu de l’électrification n’en vaudrait donc pas la chandelle : « Même si la principauté est très volontariste sur les investissements en matière de développement durable, investir une somme importante pour, au final, parce que c’est la réalité, voir que très peu de bateaux se branchent, parce qu’ils ne sont pas équipés, c’était un peu un non-sens. Nous ne l’avons donc pas fait », justifie Olivier Lavagna. Mais la SEPM n’abandonne pas pour autant le projet. « Nous restons en veille, et nous réactualiserons l’étude, assure ce professionnel. Nous avons réservé les espaces pour pouvoir faire les branchements, et amener l’électricité, puisque la puissance, nous l’avons. Mais ce n’était pas pertinent dans l’immédiat », insiste-t-il. Les méga-yachts, à qui la principauté fait les yeux doux [à ce sujet, lire notre article Croisières, méga-yachts : Monaco met le cap sur le luxe, publié dans ce dossier spécial – NDLR], devraient toutefois pouvoir en bénéficier, puisque les travaux entrepris sur la digue Rainier III doivent permettre d’amener à la fois les puissances électriques nécessaires, les alimentations en eau, les branchements télécoms, et les raccordements pour les évacuations des eaux usées. « Nous pouvons leur imposer de se brancher. Et nous allons le faire », promet d’ailleurs Olivier Lavagna.

« Le devenir pour les bateaux de croisière, ce n’est pas l’électrification. C’est la source d’énergie »

Olivier Lavagna. Directeur général de la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM)

« Complément de puissance »

En revanche, pour les navires de croisière, il faudra donc attendre un peu. Et la principauté, habituellement précurseur en la matière, va cette fois prendre volontairement un peu de retard par rapport à ses voisins français. « À Toulon, ce ne sont pas les mêmes bateaux. Ils sont beaucoup plus gros, souligne le directeur de la SEPM. Nous, ce n’est pas une ligne de ferry où c’est tout le temps le même navire qui se branche au même endroit. Un coup c’est à l’avant, à l’arrière, sur le côté. Nous voyons passer beaucoup de bateaux différents ». Et d’insister : « Les bateaux qui viennent à Monaco ne sont pas équipés. C’est un constat, c’est une réalité qui s’impose. Après, dire « on ne prend que les bateaux qui se branchent », autant dire qu’on arrête [les croisières — NDLR]. Nous réactualiserons l’étude. Et si, à un moment donné, les 20 % deviennent des 30-40 %, nous pourrons peut-être commencer à n’autoriser que les bateaux qui se branchent. Mais aujourd’hui, pour les ports et la ville, l’activité croisière est importante. Ça génère un certain chiffre d’affaires ». Cet argument occulterait-il une logistique technique plus délicate que prévu ? « Non », affirme tout de go Olivier Lavagna, qui explique : « Amener les installations techniques qui permettent un branchement, c’est possible. La création du poste Sainte Dévote a permis d’apporter un complément de puissance en ville. Il y a un cheminement à faire pour amener la puissance, mais c’est possible. Il y a les locaux et la réserve nécessaires pour le permettre »

Pour lire la suite de notre dossier « Croisières à Monaco : stop ou encore ? », cliquez ici.

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