jeudi 6 octobre 2022
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BorgWarner : le combat continue… dans le flou

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Jeudi 20 février, l’ensemble du personnel de BorgWarner s’est mis en grève pour une durée de 24 heures. Les syndicats dénoncent un plan social incomplet et des entraves au droit de grève.

Par Romain Massa.

« Tu vois, c’est ici le pôle emploi. C’est très bon à savoir », ironise une jeune femme auprès d’une collègue en descendant la rue princesse Antoinette. Quelques mètres plus haut, une grosse centaine de manifestants de l’entreprise BorgWarner font le siège devant le bâtiment de l’inspection du travail. Dans la rue : les cornes de brume, drapeaux, sifflets, huées et chants comblent l’habituelle tranquillité du quartier. Derrière les vitres de l’immeuble, les discussions durent et durent encore… Depuis l’annonce de la fermeture du site de Monaco à l’horizon 2015, l’avenir des 153 employés en CDI, des 37 intérimaires et 11 CDD est très fragile. Au final, pendant trois heures, les délégués syndicaux se sont entretenus avec les membres de l’inspection du travail. « Nous avions trois messages à leur faire passer, résume Jafar Marzoughi, délégué du personnel et délégué syndical, au sortir de la réunion. Premièrement, nous voulions avoir les comptes-rendus des derniers rendez-vous qu’ils ont eu avec la direction. Deuxièmement, nous leur avons fait part des menaces de la direction qui nous explique que si nous prolongeons les négociations, nous repartirons sans rien. Enfin, nous avons témoigné notre agacement face aux entraves au droit de grève dont nous sommes les victimes. » Des entraves symbolisées, selon les syndicats, par des embauches d’intérimaires pour maintenir la production du site. Si ce nouvel entretien n’a pas débouché sur des certitudes, « l’inspection a pris position pour des négociations positives à l’avenir avec la direction », assure le délégué syndical.

« Plan social bâclé »
Une maigre consolation pour des employés qui sont parfois restés près de 30 ans au sein de l’entreprise américaine. Tous sont dans le flou à l’heure où le dialogue avec la direction est mis à mal. Le plan social proposé est jugé « très insuffisant », se révolte Marie-France Marzoughi, déléguée syndicale. Avant de lâcher : « Il est bâclé notamment sur les plans des indemnités et de l’accompagnement. » Anne-Marie Chaigneau, membre du bureau fédéral de l’USM, souhaite « que les employés soient inscrits à la main d’œuvre de Monaco pour continuer à travailler en principauté ». Elle poursuit : « Si BorgWarner doit fermer, il faut absolument sauver les autres emplois de l’industrie monégasque. C’est un secteur qui subit un véritable exode. » « Nous n’avons pour l’heure aucun signe, aucun acte concret du gouvernement. Nous leur demandons de prendre leurs responsabilités face à ces patrons cupides », assène Marie-France Marzoughi.

« Le gouvernement s’engage »
Par voie de communiqué de presse, le conseiller de gouvernement pour les Affaires sociales, Stéphane Valeri, a réagi dans la foulée. Après des rencontres début février avec les deux parties, il dit comprendre « les inquiétudes des salariés dans cette période difficile pour eux et leur (avoir) fait part du soutien du gouvernement pour que les dirigeants de BorgWarner mettent en œuvre, au-delà des obligations légales, les meilleures mesures possibles en faveur des employés. » Et ce « tant sur le plan des indemnités de licenciement, que de l’aide à la réinsertion professionnelle ». Le gouvernement s’est engagé de son côté « à étudier avec la plus grande vigilance les dossiers des salariés se trouvant dans des situations particulières, afin que les meilleures solutions puissent être proposées en matière de recherche d’emploi, notamment dans le cadre de formations. » Un message d’espoir dans cette lutte cruciale pour l’avenir de ces employés qui ont en moyenne entre 45 et 55 ans.

La direction souhaite « un climat apaisé »

Sollicitée par Monaco Hebdo, la direction de Borg Warner réagit. Selon elle, il n’y a pas eu d’entrave au droit de grève sur son site. « Les salariés de BorgWarner Monaco ont pu exercer leur droit à faire grève le jeudi 20 février dernier, comme la loi monégasque le prévoit. » Quant à l’embauche d’intérimaires, la direction réfute catégoriquement cette accusation. « En aucune manière des intérimaires n’ont été appelés pour travailler à la place des salariés en grève. Si l’entreprise, à l’instar de toutes les entreprises d’une industrie automobile dont l’activité fluctue, a régulièrement recours à l’intérim, cela se fait en plein accord avec la règlementation et la direction du Travail de la principauté. » L’entreprise souhaite à présent que les discussions se poursuivent « dans un climat plus apaisé », avec une priorité mise sur « la reconversion professionnelle future des salariés et un suivi individualisé. » La direction mentionne enfin « qu’un accompagnement financier conséquent, qui va bien au-delà des obligations légales de l’entreprise a également été proposé. »

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Monaco Hebdo