Par conviction religieuse ou personnelle, des joueurs de Ligue 1 ont refusé de porter un badge appelant à lutter contre l’homophobie lors de la dernière journée du championnat, le 19 mai 2024. C’était le cas du milieu défensif de l’AS Monaco, Mohamed Camara. Cette saison, il n’était pourtant pas question de drapeau arc-en-ciel pouvant prêter à confusion.
Qui se serait opposé à la lutte contre le racisme ? Chaque année, c’est la même polémique en fin de saison : des joueurs ne veulent pas s’associer à la campagne de lutte contre l’homophobie, lors de la dernière journée des championnats de football de Ligue 1 (L1) et de Ligue 2 (L2). Il suffit de changer leurs noms, mais l’histoire reste identique d’une saison à l’autre : les convictions personnelles et religieuses de certains prennent le dessus sur l’initiative collective. Peu importe le pouvoir médiatique dont dispose la ligue professionnelle de football (LFP), ce sont les caprices communautaires d’une partie des joueurs qui priment, au point de frôler le délit.
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La saison dernière, en 2023, Abdou Diallo et Idrissa Gueye, alors au Paris Saint-Germain (PSG), avaient été pris d’une gastro-entérite fulgurante en plein mois de mai, pile au moment de devoir porter le maillot arc-en-ciel, alors symbole de lutte contre l’homophobie, sur et en dehors du terrain. L’attaquant marocain du Toulouse FC, Zakaria Aboukhal, avait refusé, ouvertement quant à lui, de porter le maillot, comme ses coéquipiers Moussa Diarra et Saïd Hamulic. Cette année, Zakaria Aboukhal n’a pas eu besoin de s’opposer une nouvelle fois à cette campagne, puisqu’il s’est subitement blessé à la cheville, et il n’a pas participé à la dernière journée du championnat. Blessure fortuite également pour Donatien Gomis, le défenseur de Guingamp qui avait, lui aussi, refusé de porter le maillot arc-en-ciel en 2023. En 2024, seuls deux joueurs ont finalement affiché clairement la couleur : Mostafa Mohamed, l’attaquant égyptien du FC Nantes, et le milieu défensif malien, Mohamed Camara. Leur refus de participer à cette campagne de lutte contre l’homophobie est d’autant plus fort que le contexte a changé par rapport à la saison précédente.
Zakaria Aboukhal n’a pas eu besoin de s’opposer une nouvelle fois à cette campagne, puisqu’il s’est subitement blessé à la cheville, et il n’a pas participé à la dernière journée du championnat
Pas d’arc-en-ciel, pas d’excuse ?
En effet, cette saison, la LFP a changé de méthode. Plus question de floquer de force un drapeau arc-en-ciel sur les maillots, celui-ci étant considéré parfois comme trop militant, trop connoté politiquement. Il peut renvoyer, aux yeux de certains joueurs, plus conservateurs, à la négation du genre, à la gestation pour autrui (GPA), ou aux mouvements “woke” dans leur ensemble. Des mouvements auxquels ces joueurs sont radicalement opposés.
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Pour éviter tout quiproquo ou mésentente, la ligue avait donc opté pour un petit badge bien plus simpliste où la mention « homophobie », inscrite sur lettres blanches, est rayée d’un trait rouge pétant, suivie de la mention « football », de la même couleur, censée l’emporter sur tout le reste. Le football qui efface l’homophobie : difficile de faire plus fédérateur. Sauf pour Mostafa Mohamed, qui a préféré préserver « ses croyances personnelles, ses racines et sa culture » au profit du message insufflé par la LFP.
Pas blessé, ni suspendu, ce joueur égyptien, payé 1,77 million d’euro cette saison par le FC Nantes, a décidé de ne pas jouer cette dernière journée, contre Toulouse. Il s’est exprimé sur ses réseaux sociaux pour expliquer clairement son refus : « Le respect des différences, ce serait le respect de l’autre, le respect de soi, le respect de ce qui sera mis en commun, et de ce qui restera différent. Je respecte toutes les différences. Je respecte toutes les croyances et toutes les convictions. Ce respect s’étend aux autres, mais il comprend également le respect de mes croyances personnelles. Vu mes racines, ma culture, l’importance de mes convictions et croyances, il n’était pas possible pour moi de participer à cette campagne. » Contrairement à 2023, ce joueur n’a pas été sanctionné financièrement par son club. Une association de défense LGBT+, Bleus et fiers a porté plainte contre lui cependant, pour incitation à la haine homophobe.
Le joueur de l’AS Monaco, Mohamed Camara, lui, n’est pas passé entre les mailles du filet de la LFP, qui a annoncé le 30 mai 2024 qu’elle le condamnait à quatre matchs de suspension pour avoir recouvert d’adhésif le badge « anti-homophobie »
Plan com’
Le joueur de l’AS Monaco, Mohamed Camara, lui, n’est pas passé entre les mailles du filet de la LFP, qui a annoncé le 30 mai 2024 qu’elle le condamnait à quatre matchs de suspension pour avoir recouvert d’adhésif le badge « anti-homophobie ». Le joueur, qui ne s’est pas exprimé publiquement à la suite de son geste, risquait dix matchs de suspension, selon le barème disciplinaire de la fédération française de football. Il avait, en plus, refusé toutes les propositions d’actions à la sensibilisation de la ligue pour lutter contre l’homophobie, censées alléger sa sanction. Il sera donc suspendu pour le Trophée des champions et pour les trois premiers matchs de L1 la saison prochaine, qui débutera le 16 août 2024. La polémique passée, l’AS Monaco a pu dérouler son plan de communication et tourner la page : « Nous prenons acte de la décision de la Ligue que nous attendions et nous ne ferons pas appel de cette décision. En tant que club, nous n’étions pas d’accord avec ce qu’il [Camara — NDLR] avait fait », a réagi Thiago Scuro, le directeur général du club, à l’annonce des quatre matches de suspension.
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L’ASM avait officiellement présenté ses excuses à la LFP, et évoqué de possibles sanctions en interne. Pas fou, le club n’a pas assisté son joueur devant la commission : « Notre préoccupation était surtout de faire face à cette situation, de rendre la position de notre club claire sur le sujet, et d’expliquer à « Mo » que son comportement pouvait être différent », a ajouté Thiago Scuro. « L’AS Monaco soutient l’action de la Ligue, la lutte contre les discriminations, l’action contre l’homophobie, c’est clair pour nous, c’est également clair pour « Mo »», a-t-il conclu. Ce qui est encore plus clair, c’est qu’il y a un problème d’homophobie dans le football, et qu’elle est assumée publiquement par une communauté de joueurs. Aux clubs et à la LFP de s’y attaquer, ou de se dégonfler.



