Bianca Senna, la nièce du célèbre pilote brésilien Ayrton Senna, était en Principauté à l’occasion du Grand Prix. Venue assister à plusieurs festivités pour les 30 ans de la première victoire de son oncle (1), elle explique à Monaco Hebdo les objectifs de sa fondation. Interview.
Que faites-vous en Principauté, pendant le Grand Prix de Monaco ?
Nous sommes venus célébrer la première victoire d’Ayrton Senna sur le circuit de Monaco, il y a 30 ans. Nous avons mis en place plusieurs partenariats, notamment avec l’hôtel Fairmont qui ouvre une suite à son nom. Elle contient de nombreux souvenirs lui ayant appartenus.
Quoi d’autre ?
La réplique de la voiture avec laquelle il a remporté pour la première fois le Grand Prix, en 1987, a aussi été exposée. Au Yacht Club de Monaco (YCM) se trouvaient plusieurs photographies. En présence du Prince Albert II, nous avons enfin dévoilé une plaque commémorative à la mémoire de mon oncle à l’hôtel Fairmont. Celle-ci restera en permanence et permettra aux fans de Formule 1 (F1) de venir se recueillir ou de prendre des photos en sa mémoire.

C’est un moment particulier pour vous ?
C’est une commémoration très spéciale pour moi. Ayrton a gagné six fois le Grand Prix de Monaco. Il a aussi vécu ici une partie de sa vie lorsqu’il était pilote. Il est très appréciable, après tant d’années, de pouvoir poursuivre cette histoire, en lui rendant hommage en Principauté.
Comment est née la fondation Ayrton Senna ?
Notre fondation est née grâce à l’idée d’Ayrton. Il voulait venir en aide aux enfants et améliorer la qualité de vie au Brésil. En 1994, avant de débuter sa saison, il avait parlé de cette idée à ma mère, Viviane. Il avait déjà participé à quelques actions caritatives, mais jamais quelque chose de vraiment organisé.
Que lui a-t-il dit ?
Pendant cette conversation, il s’était imaginé ce qu’il pouvait faire de plus efficace et de plus grand pour aider son pays, le Brésil. Il était censé en reparler plus tard, dans l’année qui suivait la fin de la saison 1994… Malheureusement, cela n’a pas été possible. Alors, peu de temps après son accident qui a eu lieu le 1er mai 1994, ma famille a décidé de créer la fondation.
L’objectif poursuivi ?
Ma mère était psychologue. Elle n’avait pas vraiment d’expérience dans le domaine caritatif. Elle ne savait pas comment s’y prendre. Elle a donc effectué de nombreuses recherches et elle a compris que la meilleure façon d’améliorer le futur du Brésil, c’était de venir en aide aux enfants à travers l’éducation. Son idée était de fournir une meilleure qualité dans l’enseignement pour les jeunes Brésiliens.
Comment ?
90 % des élèves brésiliens se trouvent dans des écoles publiques. Nous avons donc décidé d’apporter notre soutien à travers les Etats et les écoles publiques. On essaie de leur permettre de mieux travailler auprès des jeunes. Depuis 1996, notre travail consiste essentiellement à développer des méthodes sociales et éducatives qui permettent aux enfants de bien apprendre et d’être assidus à l’école. Un programme à l’année a été établi dans ce sens.
Et ça marche ?
Tous les ans, nous accompagnons 1,6 million d’élèves brésiliens. Nous travaillons avec 90 % des Etats brésiliens. C’est cela le bilan !
Il reste beaucoup à faire ?
Il y a encore beaucoup de travail, c’est sûr. Nous avons plus de 40 millions d’enfants au Brésil qui vont à l’école. Si nous arrivons à en aider 1,6 million par an, c’est déjà un bon début. L’avantage de notre méthode, c’est que les Etats peuvent continuer de l’appliquer par eux-mêmes, dans le futur. Nous n’avons pas besoin d’être sans arrêt présent.
Qu’est-ce qui motive votre action ?
Avec cette fondation, nous nous assurons aussi que l’image et les valeurs d’Ayrton soient préservées et perdurent. Ces événements à Monaco représentent une façon de perpétuer sa mémoire. 90 % des revenus que nous utilisons pour nos projets proviennent des droits à l’image d’Ayrton Senna. C’est aussi pour cela qu’il est très important de maintenir son image vivante.
Quels défis devez-vous relever ?
C’est un challenge de perpétuer sa mémoire auprès d’une génération qui ne l’a pas connu. C’est pour cela que nous devons sans arrêt nous réinventer. Nous travaillons beaucoup avec les réseaux sociaux pour attirer les jeunes générations. Nous produisons également du contenu spécifique pour raconter son histoire différemment. Il nous faut trouver des moyens différents pour raconter son parcours et ses valeurs.
Quelles étaient ses principales valeurs ?
La détermination, la modestie, le perfectionnisme… Montrer aux jeunes que ces émotions sont très importantes, afin qu’ils deviennent de bonnes personnes. Ayrton était un exemple car il avait en lui ces capacités émotionnelles.
Vous avez le soutien d’autres pilotes ?
Oui, assurément. A chaque fois que nous demandons de l’aide, ils sont très ouverts à la démarche. C’est vraiment une très forte communauté.
Vos souvenirs d’Ayrton Senna ?
Je ne me rappelle pas vraiment de lui comme pilote, parce que j’étais jeune. Lorsqu’il est mort, j’avais 14 ans. Et pour être honnête, je n’aimais pas vraiment regarder les courses. De mon point de vue, il allait forcément gagner… C’était amusant car je regardais uniquement le début de la course, en étant sûre qu’il allait la remporter. Mes souvenirs les plus chers avec lui sont nos moments partagés à la ferme, pendant les vacances, dans notre maison à la mer, lorsque nous faisions du jet ski et qu’on mangeait un bout ensemble… Des choses simples, comme celles-là.
Pourquoi vous impliquez-vous à ce point dans cette fondation ?
J’apprécie beaucoup le fait que ce que je réalise aide vraiment les enfants. Je ne me réveille pas le matin pour aller à un boulot qui n’aide personne. Ce travail a du sens et le faire grâce au lien qui m’unit à Ayrton, c’est très spécial et important pour moi. C’est à la fois une histoire de famille et un intérêt social. Pour moi, c’est gagnant-gagnant.
Pourquoi travailler en famille avec votre mère et votre grand-mère ?
Tout le monde a un rôle différent. Ma mère est la présidente de la fondation. Son rôle est de s’assurer que tout fonctionne bien et de prévoir ce que nous allons mettre en place, quelles sont les tendances, que pouvons-nous mieux faire, etc. Mon travail est spécifiquement lié aux droits d’image d’Ayrton et ce que nous pouvons faire pour perpétuer sa mémoire. Quant à ma grand-mère, elle travaille sur les objets et les photos à la mémoire de son fils.
La fondation a besoin d’aide ?
Oui, toujours ! Nous ne faisons pas appel à des subventions publiques. Tout l’argent que nous utilisons provient des revenus tirés des droits à l’image d’Ayrton et de dons d’entreprises privées. Si nous trouvions plus de donateurs, ce serait d’un grand secours pour la fondation.



