jeudi 2 février 2023
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Covid-19 : Le gouvernement relance la vaccination des plus fragiles

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Alors que la principauté enregistre depuis plusieurs semaines un nouveau rebond des contaminations, les autorités sanitaires insistent plus que jamais sur la nécessité de renforcer la vaccination, notamment des plus fragiles, pour endiguer la circulation du virus sur le territoire national.

Les contaminations sont reparties à la hausse à Monaco depuis la rentrée scolaire, le 5 septembre dernier. Légèrement inférieur à 100 à la fin des grandes vacances, le taux d’incidence (1) a plus que doublé en un mois pour culminer à 235 lors de la semaine du 3 au 9 octobre 2022. Depuis, cet indicateur de référence de suivi de la circulation du virus semble s’infléchir sur le territoire national puisqu’il atteignait 222 à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ces lignes mardi 25 octobre 2022, contre 189 une semaine plus tôt. Mais les vacances de la Toussaint, qui ont débuté ce week-end jusqu’au 3 novembre prochain, pourraient à nouveau inverser la tendance.

« Pas de crise sanitaire »

Malgré ce rebond épidémique, la situation reste toutefois relativement calme au centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Ce dimanche 23 octobre 2022, 13 personnes, dont 6 résidentes, étaient hospitalisées en raison du Covid-19. Une personne se trouvait en réanimation alors que 42 patients étaient toujours suivis par le centre de suivi à domicile, qui soutient médicalement les patients présentant peu de symptômes et qui sont invités à se confiner à leur domicile. Par ailleurs, ce samedi 22 octobre, le pays a enregistré un nouveau décès lié au Covid. La victime était âgée de 78 ans et résidait en principauté. « Il y a une nouvelle vague, puisque le virus circule. Mais il n’y a pas de vague hospitalière, souligne Alexandre Bordero. Le taux d’incidence a certes un peu augmenté. Mais il n’y a personne en réanimation [l’interview a été réalisée jeudi 20 octobre 2022 — NDLR]. Le centre de suivi accompagne également un certain nombre de personnes mais il n’y a pas beaucoup d’interventions de médecins, seulement une à deux visites par jour. La situation est donc plutôt calme. Pour l’instant, malgré l’augmentation de l’incidence, nous n’avons pas vraiment de crise sanitaire », insiste le directeur de l’action sanitaire. Même son de cloche du côté du médecin-inspecteur, Éric Voiglio, qui estime que « le pic est probablement derrière nous, puisque le taux de réplication, qui était monté jusqu’à 1,3, est en train de redescendre. Il se rapproche désormais de 1. Et quand on passe en dessous de 1, cela signifie que le phénomène disparaît. Nous sommes donc sur la bonne voie ». Pour ces deux spécialistes, cette hausse des contaminations n’a d’ailleurs rien d’étonnant. Au contraire, elle relèverait même d’une certaine logique : « Comme le virus n’a pas été éradiqué et continue à muter, et comme il se transmet par les voies respiratoires, il est dans l’ordre des choses que le taux de contaminations remonte. D’autant plus à partir du moment où l’on enlève un certain nombre de contraintes [port du masque, passe sanitaire… — NDLR], explique Alexandre Bordero. À chaque mutation, il y a une nouvelle vague plus ou moins grave selon la mutation, mais la gravité tend à s’amenuiser depuis Wuhan et le [variant] Beta. Nous arrivons maintenant à des vagues qui n’encombrent pas les services de réanimation ».

« À chaque mutation, il y a une nouvelle vague plus ou moins grave selon la mutation, mais la gravité tend à s’amenuiser depuis Wuhan et le [variant] Beta. Nous arrivons maintenant à des vagues, qui n’encombrent pas les services de réanimation »

Alexandre Bordero. Directeur de l’action sanitaire

Recul de la vaccination

Si les variants aujourd’hui en circulation semblent donc moins virulents que leurs prédécesseurs, la vaccination ne serait pas non plus étrangère à cette diminution de la pression hospitalière : « L’évolution normale d’un virus, c’est de devenir plus transmissible et de provoquer des formes moins graves, même si parfois il peut y avoir des mauvaises surprises. Mais il est aussi logique de voir se constituer une immunité de groupe, que ce soit par l’infection naturelle ou par la vaccination », confirme le docteur Éric Voiglio. Au 30 septembre 2022, 82 024 injections de vaccins (2) avaient été administrées à des personnes de 12 ans et plus à Monaco. Elles incluent plus de 27 800 premières doses, plus de 27 500 deuxièmes doses et plus de 3 400 doses uniques pour les personnes ayant déjà été infectées par le Covid-19. Le taux de primo-vaccination s’élève ainsi à 68,5 % pour les résidents âgés de 12 ans et plus. Les populations les plus âgées sont les plus réceptives puisque la couverture vaccinale dépasse allègrement les 70 % chez les 55 ans et plus : 78,1 % chez les 55-64 ans, 72,1 % chez les 65-74 ans et jusqu’à 92,4 % pour les 75 ans et plus. Par ailleurs, toujours sur la même période, 21 165 personnes avaient effectué leur première dose de rappel et seulement 2 056 le deuxième rappel. Cela concerne là encore majoritairement les seniors avec un taux de vaccination supérieur à 63 % pour les tranches d’âge supérieures à 55 ans. D’une manière générale, l’adhésion à la vaccination tend toutefois à s’éroder au gré des rappels. « Cela peut entraîner une lassitude voire une démotivation, concède Alexandre Bordero avant d’émettre quelques réserves. Entre-temps, certaines personnes sont décédées et d’autres ont eu le Covid. Si le primo-vacciné fait un Covid léger, il faut ensuite attendre quelque temps avant de faire le rappel. Il y a peut-être aussi des personnes qui ont fait une réaction après le premier vaccin et qui ont abandonné le rappel. Il existe donc plusieurs cas de figure mais nous n’arrivons pas à affiner l’analyse. Nous ne savons pas combien ont refusé consciemment ». Le docteur Voiglio plaide lui aussi en faveur d’un concours de circonstances : « Quand on est une personne âgée et que l’on fait la démarche de se faire vacciner, la logique est de faire les rappels. Ou alors, c’est effectivement parce qu’elles ont fait un ou deux épisodes de Covid entre-temps et à ce moment-là, elles étaient hors des délais pour se faire vacciner. Certaines personnes ont aussi décidé d’attendre les nouveaux vaccins avant de faire leur rappel ».

« La vaccination des enfants [contre le Covid-19 – NDLR] n’est pas du tout la priorité. Je préfèrerais qu’on arrive à 95 % de rappel chez les plus de 60 ans, parce que je sais que nous diminuerons ainsi les hospitalisations, et que cela nous permettra d’avoir une immunité de groupe efficace »

Docteur Éric Voiglio. Médecin-inspecteur de santé publique

Les plus fragiles ciblés

Depuis le 10 octobre 2022, la principauté dispose en effet du vaccin bivalent des laboratoires Pfizer/BioNTech. Adapté aux variants en circulation actuellement, à savoir Omicron, BA.4 et BA.5, il ne peut être administré qu’aux personnes présentant un schéma vaccinal complet comportant au minimum deux injections de vaccin ou une injection et une infection documentée (test PCR ou antigénique positif). Les autres doivent d’abord entamer un protocole avec les anciens vaccins avant de pouvoir bénéficier du bivalent. Depuis le début de la campagne, le centre de vaccination réalise environ 70 vaccinations par jour. « Vendredi [21 octobre 2022 — NDLR], nous aurons donc dépassé les 400 injections, se félicite Alexandre Bordero. Nous avons fait des premiers communiqués. Si nous nous apercevons au bout de 10 ou 15 jours que l’adhésion stagne, nous en referons d’autres. Sachant que nous avons surtout ciblé les personnes de plus 60 ans et les plus vulnérables [femmes enceintes, personnes immunodéprimées ou souffrant de comorbidités — NDLR] ». Cette catégorie de la population figure en effet en haut de la liste des personnes à vacciner en priorité. Et pour cause, « la durée de l’immunité offerte par le vaccin est très variable selon les individus, d’où l’intérêt de doser les anticorps neutralisants pour savoir où on en est de son immunité, précise le docteur Voiglio. Chez 10 à 15 % des individus, à partir de trois mois, on observe déjà une certaine baisse de l’immunité. Il est donc fortement recommandé aux personnes de plus de 60 ans, ainsi qu’à celles porteuses de comorbidités de faire leur rappel pour garder un niveau de protection maximal, et donc être protégées contre les formes graves ».

Eric Voiglio
« Chez 10 à 15 % des individus, à partir de trois mois, on observe déjà une certaine baisse de l’immunité. Il est donc fortement recommandé aux personnes de plus de 60 ans, ainsi qu’à celles porteuses de comorbidités, de faire leur rappel pour garder un niveau de protection maximal, et donc être protégées contre les formes graves. » Docteur Éric Voiglio. Médecin-inspecteur de santé publique. © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Le médecin-inspecteur de santé publique est en revanche moins catégorique pour les enfants. Selon lui, il convient de demander au préalable l’avis d’un pédiatre : « Les enfants fragiles, qui présentent des comorbidités, doivent être protégés par le vaccin. Toutefois, le vaccin n’empêche pas la transmission du virus et la plupart du temps, les enfants font des formes paucisymptomatiques [qui présente peu de symptômes — NDLR]. La vaccination des enfants n’est donc pas du tout la priorité. Je préfèrerais qu’on arrive à 95 % de rappel chez les plus de 60 ans, parce que je sais que nous diminuerons ainsi les hospitalisations, et que cela nous permettra d’avoir une immunité de groupe efficace ».

« Nous risquons d’être embêtés par la grippe. Certaines personnes vont faire des formes un peu sévères, et devront peut-être être hospitalisées. Il est absolument indispensable d’empêcher ce virus de circuler, et donc de vacciner très largement »

Docteur Éric Voiglio. Médecin-inspecteur de santé publique

La grippe menace

Pour ce professionnel, la vaccination contre la grippe est en revanche beaucoup plus pertinente. Après deux années très calmes grâce aux gestes barrières, qui ont eu pour conséquence une baisse de l’immunité dans la population générale, l’arrivée de ce virus inquiète particulièrement les autorités. Il faut dire que le cas de l’Australie où l’épidémie fut violente, laisse présager une saison 2022-2023 difficile. Alors pour éviter le drame, le gouvernement monégasque a lancé, jeudi 20 octobre 2022, sa campagne annuelle de vaccination contre la grippe afin de limiter la propagation du virus cet hiver. Celle-ci s’adresse en priorité aux populations à risques comme les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes atteintes de maladies chroniques mais aussi les professionnels de santé et les jeunes enfants de 6 mois à 17 ans après avis du pédiatre ou du médecin traitant. « Nous risquons d’être embêtés par la grippe, prévient le docteur Voiglio. Certaines personnes vont faire des formes un peu sévères, et devront peut-être être hospitalisées. Il est absolument indispensable d’empêcher ce virus de circuler, et donc de vacciner très largement ». Il est d’ailleurs possible de faire d’une pierre deux coups en recevant, le même jour, le vaccin contre la grippe dans un bras, et le vaccin contre le Covid-19 dans l’autre bras. Avant pourquoi pas de disposer d’un seul et unique vaccin pour ces deux maladies ? « Novartis a sorti une version de Novavax couplé grippe-coronavirus. Il semble être efficace mais pour l’instant, nous ne sommes qu’au stade de la recherche. Le laboratoire n’a pas encore obtenu l’autorisation de mise sur le marché. Nous ne pouvons donc pas compter sur ce vaccin ». À l’approche d’un hiver à haut risque, les autorités sanitaires monégasques restent donc sur le qui-vive et comptent sur l’adhésion du plus grand nombre pour relever le défi de la double vaccination.

Covid-19 : « Centaure », le nouveau variant qui inquiète l’OMS

Un de plus. Après Alpha, Beta, Gamma, Delta, et plus récemment Omicron et ses sous-variants BA.2 et BA.5, un nouveau sous-variant a fait son apparition. Il s’agit du BA.2.75, surnommé Centaure. Apparu en Inde en mai dernier, ce sous-variant a depuis été détecté dans de nombreux pays à travers le monde (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Australie…), inquiétant de plus en plus l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui l’a classé dans sa « liste noire » des variants à surveiller. Si pour l’heure, aucun cas de Centaure n’a été recensé à Monaco, les autorités sanitaires restent attentives à l’évolution de la situation comme l’explique le docteur Éric Voiglio, médecin-inspecteur de santé publique : « Centaure est un sous-variant du BA.2. Il faut le surveiller, car il est considéré comme inquiétant par l’OMS. Il serait six fois plus contagieux que les [variants] précédents. Mais il s’agit, pour le moment [cette interview a été réalisée le 21 octobre 2022 — NDLR], de résultats très préliminaires. Il n’y a pas lieu d’être plus particulièrement inquiet », tempère ce professionnel qui rappelle par ailleurs l’importance de la vaccination. « La réalisation d’un rappel vaccinal permet de se protéger des formes graves car il y a tout de même une immunité croisée entre tous ces variants. Le vaccin, qui a été optimisé pour le variant BA.5, va aussi protéger contre le sous-variant de BA.2 ». Les personnes souhaitant bénéficier de cette dose de rappel bivalent sont invitées à contacter le centre d’appel Covid-19 au 92 05 55 00 ou sur vaccination-covid19.gouv.mc/. Elles peuvent également prendre directement rendez-vous en ligne sur le site Internet Monaco Santé.

1) Le taux d’incidence correspond au nombre de cas positifs enregistrés sur les 7 derniers jours, rapporté à 100 000 habitants. Le seuil d’alerte est fixé à 50.

2) Chiffres officiels publiés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) dans son dernier rapport d’octobre 2022. À retrouver sur le site Internet.

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