jeudi 2 février 2023
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Crise des hôpitaux : comment Monaco entend renforcer l’attractivité du CHPG

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Soignants épuisés et en manque de reconnaissance, recrutement difficile… L’hôpital public souffre aujourd’hui d’un manque d’attractivité de plus en plus criant. Et le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) n’échappe pas à la règle. Alors, comment la principauté entend-elle renforcer l’attractivité de son hôpital face à une concurrence accrue ? Pour le savoir, Monaco  Hebdo donne cette semaine la parole à plusieurs acteurs du secteur.

Attractivité. Ce mot est sur toutes les lèvres actuellement en principauté. Que ce soit sur les bancs du gouvernement ou dans l’hémicycle du Conseil national, l’attractivité ne cesse d’alimenter les débats jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Seule et unique liste officiellement déclarée pour l’élection nationale du 5 février 2023, l’Union s’est également emparée du sujet pour en faire l’un de ses thèmes de campagne en vue de la prochaine mandature 2023-2028. Car Monaco doit aujourd’hui composer avec la concurrence de certaines villes-État comme Dubaï ou Singapour, qui ont su proposer des modèles particulièrement attirants pour les étrangers et les investisseurs. Et ce, dans plusieurs domaines comme celui de la santé, qui a toujours été un levier d’attractivité majeur pour la principauté qui compte sur son territoire un porte-étendard de choix avec le centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Celui-ci a été érigé en établissement de soins de niveau international grâce à la qualité de ses équipes médicales et ses équipements à la pointe de la technologie dans de nombreuses spécialités. Mais, depuis quelques années, au même titre que les hôpitaux français, le CHPG traverse une période de turbulences.

« La génération actuelle n’a pas envie de travailler le week-end, ni la nuit. Les jeunes, et les gens en général, veulent passer plus de temps avec leur famille. C’est une tendance qui est sociétale. On peut la critiquer. Moi, je pense que c’est à nous de nous adapter »

Benoîte de Sevelinges. Directrice du centre hospitalier princesse Grace (CHPG)

Désaffection pour les métiers de la santé

En cause, le manque de plus en plus criant de personnels. Déjà palpable avant la crise sanitaire, la pénurie de professionnels s’est amplifiée avec le Covid-19. Les vagues épidémiques qui ont déferlé sur l’hôpital et épuisé les équipes ont en effet conduit de nombreux soignants à rendre leur blouse blanche. Certains n’hésitant pas à se reconvertir pour changer complètement de vie. Et pour pallier ces départs, les candidats ne se bousculent pas franchement au portillon confie la directrice du CHPG, Benoîte de Sevelinges : « Nous constatons une baisse du nombre de candidatures. C’est la raison pour laquelle je dis que nous sommes dans un phénomène qui porte sur les métiers, et pas sur le CHPG. En 2021, sur les soins, nous avions 640 candidatures. Cette année, nous en sommes à 446. Certes, l’année n’est pas terminée mais il y a une diminution qui est nette. En particulier chez les aides-soignants et les IDE [infirmières diplômées d’État — NDLR] car nous manquons d’aides-soignants et d’IDE en France ». Et si la crise sanitaire a indéniablement servi de « catalyseur » estime cette cheffe d’établissement, le mal serait bien plus profond selon elle : « La génération actuelle n’a pas envie de travailler le week-end, ni la nuit. Les jeunes, et les gens en général, veulent passer plus de temps avec leur famille. C’est une tendance qui est sociétale. On peut la critiquer. Moi, je pense que c’est à nous de nous adapter ».

Centre Hospitalier Princesse Grace
© Photo Centre hospitalier princesse Grace

À en croire les acteurs de la santé, l’hôpital public, et plus largement les métiers de la santé, auraient perdu de leur attractivité. Pour autant, le professeur Patrick Rossignol, chef du service de spécialités médicales néphrologie-hémodialyse au centre hospitalier princesse Grace, refuse de parler de crise de vocation expliquant que ces difficultés ne sont pas propres au secteur de la santé : « Je ne connais pas un domaine d’activité qui n’ait pas de difficulté et dans lequel il y a une adéquation entre la demande et les candidats pour occuper les postes. Globalement, il n’y a pas une profession où il n’y a pas une tension, constate-t-il. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait un souci de vocation. Il suffit d’ailleurs de regarder les taux de réussite. Les filières sont en tension, à tel point que tout le monde ne rentre pas en première année. Il y a quand même un entonnoir à l’entrée ». Il n’empêche, dans certains services, le manque de personnel commence à se faire cruellement sentir. C’est le cas par exemple en pédiatrie, où l’épidémie de bronchiolite, particulièrement virulente cette année, met les services sous pression : « Nous ne sommes pas en nombre suffisant. Il y a des renforts qui sont faits par la direction. Des infirmières du pool viennent par exemple en renfort au niveau des urgences, et parfois dans le service de pédiatrie. Mais au niveau médical, nous n’avons pour l’instant pas de renfort », révèle le chef de service Hervé Haas, qui reconnaît avoir beaucoup de mal aujourd’hui à trouver du personnel spécialisé. « Les postes, je les ai mais il faut que nous arrivions à recruter des pédiatres qui acceptent de venir travailler en équipe, d’assurer une permanence de soins, donc de faire des gardes. Et c’est de plus en plus difficile à trouver. »

« Le grand problème de notre hôpital, c’est le déficit d’attractivité qui s’aggrave de façon exponentielle. Nous ne parvenons plus à recruter des médecins, des infirmières, des aides-soignants du pays voisin. Les salaires ne sont plus attractifs, et ne viennent, en tout cas, pas compenser les difficultés d’accès, le manque de parkings et le coût des logements »

Philippe Brunner, chef du service de radiologie conventionnelle, radiologie interventionnelle et scanner diagnostic au CHPG et candidat de l’Union

Spécificités locales

Ce constat est également partagé par le docteur Philippe Brunner, chef du service de radiologie conventionnelle, radiologie interventionnelle et scanner diagnostic : « Le grand problème de notre hôpital, c’est le déficit d’attractivité qui s’aggrave de façon exponentielle. Nous ne parvenons plus à recruter des médecins, des infirmières, des aides-soignants du pays voisin, déplore-t-il. Les salaires ne sont plus attractifs, et ne viennent, en tout cas, pas compenser les difficultés d’accès, au moins une heure de trajet, le manque de parkings et le coût des logements ». Car en plus de souffrir de la désaffection générale pour les métiers de la santé, le CHPG doit aussi faire face à quelques spécificités locales. Et en particulier, à des problèmes d’accessibilité qui peuvent s’avérer rebutants pour des candidats venant du pays voisin : « Pour le recrutement, venir travailler à Monaco est compliqué. Car se loger à Monaco même, ce n’est pas possible pour les gens qui viennent de l’extérieur. Il faut trouver un logement dans les communes limitrophes, parfois il faut aller jusqu’à Nice, et il faut prendre le train. La voiture, c’est quasiment impossible, à moins, de venir très, très tôt. Cela devient donc une difficulté très claire, admet le docteur Haas. Il y a aussi le fait que le coût de la vie n’est quand même pas le même que dans beaucoup d’autres régions. Enfin, quand les médecins peuvent être intéressés pour venir travailler à Monaco, c’est un changement de vie important pour eux, pour leur famille… donc ce n’est pas simple ».

« Pour le recrutement, venir travailler à Monaco est compliqué. Car se loger à Monaco même, ce n’est pas possible pour les gens qui viennent de l’extérieur. Il faut trouver un logement dans les communes limitrophes, parfois il faut aller jusqu’à Nice, et il faut prendre le train. La voiture, c’est quasiment impossible, à moins, de venir très, très tôt. Cela devient donc une difficulté très claire »

Hervé Haas. Chef du service pédiatrie du CHPG

Fraîchement arrivé au CHPG après quinze années passées à la tête du centre d’investigation clinique du CHRU de Nancy, le professeur Rossignol ne dit pas autre chose : « Le logement est un des éléments difficiles partout en France, et Monaco n’y fait pas exception. Les transports aussi posent problème. J’ai longtemps vécu en région parisienne. Je mettais 45 minutes pour faire 8 kilomètres le matin pour aller à l’hôpital Georges Pompidou en habitant en banlieue sud. Et si je revenais avant 20 h 30, il me fallait 1 h 30 pour rentrer. Le logement, les transports… sont des contraintes pour tous les salariés », témoigne-t-il conscient que l’accessibilité et la qualité de vie sont aujourd’hui devenues des préoccupations majeures pour les aspirants. « Le ou la candidate va nécessairement regarder comment ça va se passer au quotidien pour lui, ou elle, et sa famille. Au moment où elles choisissent un poste, elles se posent la question de savoir quelle va être sa mission, comment elle va l’accomplir et quelles vont être les contraintes associées. Quelqu’un qui viendrait et qui doit faire deux heures de route matin et soir, se posera nécessairement la question de : n’y a-t-il pas moyen de faire la même chose à une heure de route ? Tous les hôpitaux, mais également toutes les entreprises, se posent la même question pour la gestion des ressources humaines et pour trouver le meilleur compromis et les aides les plus pertinentes possibles pour leurs collaborateurs afin de leur permettre un exercice serein au quotidien », explique le professeur Rossignol. Ces questions, le CHPG et le gouvernement princier les ont prises à bras-le-corps. Car l’enjeu est de taille pour le pays qui doit maintenir le niveau d’excellence de son hôpital pour rester attractif aux yeux de potentiels résidents et investisseurs. Revalorisations salariales, refonte de l’organisation du travail, amélioration des conditions de travail, sans oublier la question du logement toujours sensible en principauté… plusieurs pistes de réflexion sont déjà sur la table.

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