Le cadmium est partout, et pourtant, il reste invisible. Sols, engrais, céréales, légumes, abats ou fruits de mer : ce métal s’infiltre dans notre alimentation, sans que l’on s’en rende compte. Aujourd’hui, près de la moitié des adultes français présentent des niveaux de cadmium proches ou supérieurs aux seuils de sécurité. Longtemps ignoré, il s’avère dangereux pour les reins, les os et il pourrait provoquer certains cancers. La réglementation européenne fixe des limites, mais le cadmium rappelle que la menace peut être silencieuse, cumulative et durable. Désormais, manger est devenu un exercice délicat : un équilibre permanent entre plaisir et prudence. Par Raphaël Brun
Est-ce que manger tue ? C’est la question qui revient en boucle depuis plusieurs mois. En face de cette interrogation, la santé environnementale et les défis à relever rencontrent un écho de plus en plus grand. Entre polluants éternels et perturbateurs endocriniens, les dangers semblent venir d’à peu près partout : les microplastiques dans les mers et les bouteilles d’eau, le mercure dans les poissons ou le polypropylène dans les contenants alimentaires utilisés notamment dans les cantines. Parmi les multiples polluants documentés par les scientifiques, se trouvent notamment les métaux lourds : mercure, manganèse, zinc, plomb, nickel, cuivre, chrome… Dans cette liste, l’un deux est longtemps resté dans l’ombre : le cadmium. Mais depuis quelques années, il est sorti de l’indifférence à laquelle il semblait définitivement abonné. Cette mise en lumière a été possible grâce au travail des scientifiques. Des milliers d’études ont été publiées et certaines ont frappé les esprits. Elles montrent les effets néfastes du cadmium sur la santé humaine, et notamment sur les reins. Ce dernier s’accumule dans le tissu rénal et provoque des lésions chroniques. Il peut aussi atteindre les os et les poumons en cas d’inhalation.
La santé environnementale et les défis à relever rencontrent un écho de plus en plus grand. Entre polluants éternels et perturbateurs endocriniens, les dangers semblent venir d’à peu près partout
Naturel et industriel
Au départ, le cadmium est présent de façon naturelle dans les roches, notamment calcaires. On le retrouve, par exemple, dans le Jura, le Champagne et la Charente, comme l’a expliqué à Monaco Hebdo l’ingénieur agronome à l’Institut de recherche pour l’agriculture l’alimentation et l’environnement (Inrae) Thibault Sterckeman [à ce sujet, lire notre article Cadmium : une « bombe sanitaire », selon les médecins libéraux, publié dans Monaco Hebdo n° 1391 — NDLR] : « Le cadmium est un métal que l’on trouve en quantité très faible dans les roches, dans l’écorce terrestre. C’est pour cela que l’on dit qu’il s’agit d’un « élément en trace ». Les éléments en trace représentent moins de 100 milligrammes par kilo dans l’écorce terrestre, dans la croute continentale superficielle. Le cadmium est présent dans une quantité très faible dans la couche superficielle de la terre : environ 0,1 milligramme par kilo. » Sauf que sa présence naturelle est augmentée par l’utilisation d’engrais phosphatés pour les sols.
Parmi les multiples polluants documentés par les scientifiques, se trouvent notamment les métaux lourds : mercure, manganèse, zinc, plomb, nickel, cuivre, chrome… Et dans cette liste, l’un deux est longtemps resté dans l’ombre : le cadmium
« Le cadmium est un co-produit de la métallurgie du plomb et du zinc. Ce métal est utilisé dans l’industrie à différents niveaux : dans les piles rechargeables, dans des pigments, des alliages, dans les traitements de surface métallique, dans certaines matières plastiques… », ajoute Thibault Sterckeman, confirmant ainsi que l’activité humaine a pesé, aussi. Cet expert souligne le rôle jouée par la pollution atmosphérique liée aux industries du XXème siècle, avec le transport et le chauffage urbain, qui a fini par contaminer les sols [à ce sujet, lire l’interview de l’ingénieur agronome de l’Inrae, Thibault Sterckeman : Cadmium dans l’alimentation : « On ne peut pas revenir en arrière », publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR].
Engrais
Reste à comprendre comment le cadmium arrive dans nos assiettes. C’est par les racines des plantes que nous mangeons, que le cadmium parvient à se frayer un chemin. Certains légumes accumulent davantage le cadmium, notamment les épinards, les laitues, les blettes, les carottes, et les pommes de terre. Cela dépend fortement du type de sol et des pratiques agricoles. « Le cadmium est adsorbé pour des raisons électrostatiques sur les particules de sol et il y a toujours une petite quantité qui passe en solution et qui diffuse vers les racines. Les plantes les absorbent. Même si le cadmium n’est pas du tout nécessaire aux plantes, il parvient à passer dans la plante par des transporteurs prévus pour d’autres ions, notamment pour le fer ou le zinc. Il passe moins vite, il est freiné, mais il passe quand même », explique Thibault Sterckeman.
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En clair, si un sol est plein de cadmium, les plantes qui poussent dans ce sol seront contaminées. Autres possibilités pour se glisser dans nos estomacs : les poissons et les mollusques, car les mers sont aussi contaminées. « Le cadmium et d’autres métaux lourds sont très présents dans la mer. Du cadmium est arrivé dans les estuaires par la pollution industrielle, même ancienne, et par les eaux des villes. Une petite partie du cadmium qui est dans les sols part avec l’eau qui est drainée et qui peut se retrouver dans les cours d’eau. Comme les mollusques filtrent de grandes quantités d’eau, ils ont donc tendance à accumuler les métaux lourds, et notamment le cadmium, le plomb, le mercure et l’arsenic », explique ce spécialiste de l’Inrae.
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Mais ce n’est pas tout. Les animaux d’élevage peuvent également ingérer du cadmium présent dans l’herbe ou les fourrages cultivés sur des sols contaminés, dans l’eau, et dans certains compléments alimentaires. Par ailleurs, les céréales, comme le blé, le riz, et l’orge absorbent aussi le cadmium présent dans les sols. Les produits comme le pain, les pâtes, ou les céréales du petit-déjeuner peuvent donc constituer une source d’exposition alimentaire, surtout dans les régions où les sols sont naturellement riches en cadmium ou contaminés. Pour résumer, dans l’alimentation européenne, les principales sources alimentaires de cadmium sont souvent les céréales et produits céréaliers, les légumes, les fruits de mer, et les abats. Difficile d’y échapper.
C’est par les racines des plantes que nous mangeons, que le cadmium parvient à se frayer un chemin. Certains légumes accumulent davantage le cadmium, notamment les épinards, les laitues, les blettes, les carottes,
et les pommes de terre
Sols
En plus du cadmium présent de façon naturelle dans les sols, les engrais ajoutés dans les cultures viennent augmenter les niveaux relevés. « La teneur en cadmium dans les engrais français est très nettement plus élevée que le moyenne européenne, de l’ordre d’un ratio de 1,76’’ » expliquait Thibault Sterckeman à Society, en octobre 2025. A l’arrivée, la présence de cadmium dans les engrais répandus dans les sols français serait « deux fois plus élevée qu’en Allemagne » et « trois fois plus qu’en Belgique », indique Society. Ce magazine rappelait aussi que la France utilise essentiellement des engrais venus du Maroc, moins chers que les produits russes, venus de mines de phosphates, riches en cadmium. « Les derniers chiffres dont je dispose indiquent que les teneurs dans les engrais français correspondent à la moyenne européenne. Mais il n’y a pas que les engrais qui apportent du cadmium. Quand on regarde les cartes de teneur des sols en cadmium, on voit que des pays européens ont des sols bien plus chargés que ceux de la France, notamment au Royaume-Uni et en Irlande. Les niveaux de cadmium dans les sols français ne sont pas pire que dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne », précise Thibault Sterckeman à Monaco Hebdo.
Risque d’ostéoporose
C’est une étude publiée par Santé publique France en 2021 qui a servi de révélateur, et même de détonateur, pour le grand public. Intitulée « étude de santé sur l’environnement, la bio surveillance, l’activité physique et la nutrition (Esteban) », elle montre « l’imprégnation de la population française par le cadmium » entre 2014 et 2016, tout en mettant les chiffres en perspective par rapport à une précédente étude réalisée sur le territoire français entre 2007 et 2008. Une phrase de conclusion a marqué les esprits : « 47,6 % de la population générale adulte (18-60 ans) dépassaient la concentration critique de cadmium. » Si les fumeurs sont davantage exposés, ainsi que les femmes, les enfants font aujourd’hui l’objet d’une attention toute particulière. En effet, les taux d’imprégnation de la tranche « 0-10 ans » a rejoint celle des adultes du début des années 2000. Pour expliquer cela, les regards sont tournés vers l’alimentation, et notamment vers les céréales qui sont plébiscitées par cette population à l’heure du petit déjeuner. Mais une autre information inquiète.
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En France, près de la moitié des adultes présentent des niveaux de cadmium proches ou supérieurs au seuil associé à des effets sur les os, ce qui peut favoriser ensuite une fragilisation osseuse et augmenter le risque d’ostéoporose. « Le cadmium a attiré l’attention d’un point de vue sanitaire dans les années 1950, au Japon. Ils ont alors découvert une intoxication chronique au cadmium, qui se manifestait par des douleurs osseuses et articulaires chez les habitants du bassin d’une rivière qui était contaminée par des rejets d’activités minières [la maladie a été nommée « Itai-itai » (« Aïe-aïe »), en raison des douleurs atroces — NDLR]. L’eau était contaminée par ces rejets. Cette eau contaminée a été utilisée pour l’irrigation des rizières, d’où la contamination des habitants à proximité », raconte la docteure Isabelle Kessedjian, pharmacienne inspectrice à la division de produit de santé du gouvernement monégasque [à ce sujet, lire l’interview d’Isabelle Kessedjian : « Le cadmium s’accumule dans l’organisme par l’alimentation », publiée dans Monaco Hebdo n° 1391 — NDLR].
Les animaux d’élevage peuvent également ingérer du cadmium présent dans l’herbe ou les fourrages cultivés sur des sols contaminés, dans l’eau, et dans certains compléments alimentaires
Pancréas
Plus grave encore, le cadmium est pointé du doigt pour le rôle qu’il pourrait jouer dans la hausse du nombre de cancers du pancréas. Chaque année, 16 000 nouveaux cas surviennent en France. Or, il s’agit de l’un des cancers les plus difficiles à soigner. La guérison est possible si la tumeur est détectée tôt et qu’elle peut être opérée. Mais ce cancer est souvent diagnostiqué avec un long temps d’inertie, car les symptômes apparaissent tardivement, ce qui rend ensuite les soins beaucoup plus difficiles. Selon une étude de plus de 2000 chercheurs du programme Global Burden of Disease publiée dans The Lancet et mise en ligne le 24 septembre 2025, les nouveaux cas de cancer dans le monde ont plus que doublé entre 1990 et 2023. D’ici 2050, 30,5 millions de personnes devraient être diagnostiquées et 18,6 millions en mourir, soit des hausses de 61 % et 75 %.
Les céréales, comme le blé, le riz, et l’orge absorbent aussi le cadmium présent dans les sols. Les produits comme le pain, les pâtes, ou les céréales du petit-déjeuner peuvent donc constituer une source d’exposition alimentaire
La France fait partie des dix pays où l’incidence des cancers est la plus élevée par habitant. Parmi les explications avancées, le vieillissement de la population, car le risque de cancer augmente fortement avec l’âge. D’autres facteurs contribuent également, comme le développement du dépistage qui fait apparaître davantage de cas. Et aussi des facteurs de risque, comme le tabac, l’alcool, mais aussi certains comportements alimentaires et l’exposition environnementale. La hausse du cancer du pancréas, auparavant rare, peut s’expliquer par le vieillissement, le surpoids, le diabète, le tabac et l’exposition à des toxiques, comme le cadmium.
Limites maximales
Face à ce constat, la riposte s’organise. À partir du début des années 2000, l’Union européenne (UE) a commencé à fixer des limites maximales de cadmium dans les aliments, notamment avec des seuils harmonisés adoptés en 2002 pour protéger la santé des consommateurs. En 2019, la France a interdit la commercialisation des abats de cheval, notamment le foie et les reins, principalement à cause du cadmium, car ce métal toxique s’y accumule fortement. Et puis, la recherche s’organise. Elle travaille sur des espèces qui accumuleraient moins de cadmium. « L’épinard accumule davantage le cadmium que la carotte ou le persil. Le blé dur accumule plus le cadmium que le blé tendre. Il semble que l’accumulation de cadmium soit génétiquement déterminée : on peut donc sélectionner des variétés qui accumulent moins de cadmium », glisse Thibault Sterckeman.
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Face au cadmium et au problème de santé publique qu’il pose, y compris en Principauté, Monaco Hebdo s’est tourné vers les conseillers nationaux pour recueillir leur sentiment. Cependant, ils n’ont pas souhaité s’exprimer. De son côté, le gouvernement monégasque n’a pas répondu précisément et directement à nos questions, préférant proposer une réponse plus générale : « La mission de veille et sécurité sanitaires en Principauté est pleinement assurée par la direction de l’action sanitaire (Dasa), dont l’analyse s’appuie sur les données scientifiques disponibles au niveau international et européen. Depuis 2019, la Principauté applique une réglementation portant fixation de teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires, en cohérence avec la réglementation européenne. »
C’est une étude publiée par Santé publique France en 2021 qui a servi de révélateur pour le grand public.
Une phrase de conclusion a marqué les esprits : « 47,6 % de la population générale adulte (18-60 ans) dépassaient la concentration critique de cadmium »
« Seuils de sécurité »
En Europe, le cadmium est donc strictement réglementé : selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la dose hebdomadaire tolérable est de 2,5 microgrammes par kilogramme de poids corporel. L’eau potable ne doit pas dépasser 5 microgrammes par litre, et l’air pour les travailleurs 0,01 milligramme par mètre cube. Une exposition chronique au‑delà de ces seuils peut endommager les reins et les os, et aggraver le risque de certains cancers, dont le pancréas. Chez l’adulte, une concentration urinaire supérieure à 0,5 microgramme par gramme de créatinine signale une exposition chronique à risque, pouvant endommager les reins et les os, et augmenter le risque de certains cancers, dont le pancréas.
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La Principauté ne possédant pas de terres agricoles, les produits commercialisés sur le territoire monégasque proviennent majoritairement de l’UE. « Ils sont donc soumis à des normes strictes et à des contrôles sanitaires rigoureux. Les fournisseurs des établissements scolaires, des crèches, et des établissements de santé sont également tenus de respecter ces exigences », assure le département des affaires sociales et de la santé du gouvernement monégasque, tout en estimant que la dangerosité survient non pas à brève échéance, mais à long terme : « Les travaux de Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) soulignent qu’une exposition alimentaire chronique au cadmium peut être, à terme, préoccupante pour certaines populations, et justifie des actions de limitation d’exposition. De son côté, l’EFSA indique que l’exposition moyenne observée en Europe demeure inférieure aux seuils de sécurité établis pour protéger la population. L’enjeu, en ce qui concerne le cadmium, repose donc sur une vigilance sanitaire liée à une exposition à long terme, et non sur une situation d’urgence ou d’intoxication aiguë. »
Le cadmium est pointé du doigt pour le rôle qu’il pourrait jouer dans la hausse du nombre de cancers du pancréas. Chaque année, 16 000 nouveaux cas surviennent en France. Or, il s’agit de l’un des cancers les plus difficiles à soigner
Rappelant que le dépistage du cadmium peut être fait grâce à un dosage biologique, réalisé sur prescription médicale, lorsque la situation le justifie, le département des affaires sociales et de la santé souligne que « les autorités sanitaires restent attentives aux recommandations scientifiques et pourraient adapter leur stratégie si des données nouvelles le justifiaient, afin de garantir un haut niveau de protection de la santé publique ».
Scandales alimentaires
Comme l’explique Thibault Sterckeman, aujourd’hui, il n’y a pas que le cadmium qui est un risque. Nos assiettes peuvent également contenir des résidus de pesticides ou des hydrocarbures aromatiques issus d’huiles minérales, présents notamment dans certains emballages et produits transformés, ce qui justifie des contrôles réguliers et des limites strictes pour protéger la santé. En septembre 2025, la sortie du livre De l’essence dans nos assiettes : enquête sur un secret bien huilé (1) de Guillaume Coudray a fait couler beaucoup d’encre.
Le dépistage du cadmium peut être fait grâce à un dosage biologique, réalisé sur prescription médicale, lorsque la situation le justifie
Ce journaliste révèle l’usage généralisé, mais méconnu, de l’hexane, un solvant issu du pétrole, pour extraire les huiles végétales, comme le soja, le colza ou le tournesol. Des résidus restent dans les huiles et produits alimentaires courants, alors que ce produit peut nuire au cerveau et à la fertilité. L’auteur dénonce comment l’industrie et les autorités ont longtemps minimisé ces risques sanitaires. Finalement, lorsqu’on fait l’addition, la liste donne presque le tournis : cadmium, hexane, arsenic, PFAS, microplastiques… Difficile aujourd’hui de parvenir à échapper à ces contaminants, sauf à changer drastiquement de mode de vie. Et encore. Refusant de céder à la panique, un certain nombre de médecins conseille de privilégier le bio, de faire du sport au moins vingt à trente minutes par jour, et de miser sur une alimentation variée. Une réponse de bon sens face aux scandales alimentaires qui continuent de faire la « une » des médias.
1) De l’essence dans nos assiettes : enquête sur un secret bien huilé, de Guillaume Coudray (La Découverte, coll. « Cahiers libres »), 304 pages, 14,99 euros (version numérique), 20,90 euros (version « papier »).
Judiciaire — Un « bébé cadmium » dans les Ardennes ?
Dans les Ardennes, l’affaire de l’usine de recyclage Métal Blanc a relancé le débat sur la pollution par les métaux lourds. À la fin des années 1990, la presse locale rapportait que certains riverains, dont Sulyvan Cloâtre, alors âgé de deux ans, présentaient des taux urinaires de cadmium atteignant 3,80 microgrammes par gramme de créatinine, bien au‑delà des seuils biologiques habituels fixés à 0,5 microgrammes par gramme. Surnommé le « bébé cadmium », ce cas a alimenté une controverse entre familles et autorités sanitaires. En 2010, la justice a condamné Métal Blanc à 100 000 euros d’amende et 120 000 euros de dommages et intérêts pour pollution au plomb et mise en danger de la vie d’autrui, confirmant la responsabilité de l’entreprise, mais sans jugement sur le cadmium, ni sur les effets sanitaires individuels. Métal Blanc était spécialisée dans le recyclage de métaux et de batteries, certains contenant du plomb et du cadmium.
PFAS — Les polluants éternels qui s’invitent dans notre quotidien
Souvent surnommés « polluants éternels », les PFAS, les « substances per- et polyfluoroalkylées » sont une famille de substances chimiques utilisées depuis les années 1950 pour rendre certains matériaux résistants à l’eau, aux graisses ou à la chaleur. On les retrouve dans des objets du quotidien : emballages alimentaires, textiles imperméables, mousses anti-incendie ou ustensiles de cuisine. Leur particularité est inquiétante : ces molécules se dégradent très peu et s’accumulent dans l’environnement comme dans le corps humain. En France, plusieurs études ont révélé leur présence dans l’eau, les sols et parfois les aliments, suscitant l’alerte des autorités sanitaires, comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). À Monaco aussi, la question de ces contaminants persistants se pose, car leur exposition prolongée est associée à des risques accrus : troubles hormonaux, effets sur le système immunitaire ou augmentation de certains cancers. Chercher à les éviter totalement supposerait presque de renoncer à une grande partie des produits modernes — vêtements techniques, emballages jetables ou certains ustensiles comme les poêles Tefal, entre autres — tant ces substances sont devenues omniprésentes dans la vie quotidienne [à ce sujer, lire notre article Des polluants « éternels » retrouvés en Méditarranée, entre la Corse et Monaco, publié dans Monaco Hebdo n°1323 — NDLR].
Pesticides — Que contiennent vraiment nos aliments et nos boissons ?
Les pesticides sont des substances chimiques ou biologiques qui ont pour mission de protéger les cultures. Leur utilisation a explosé au XXème siècle, notamment après la découverte du dichloro-diphenyl-trichloroéthane (DDT) en 1939 par Paul Müller (1899-1965). Largement utilisé après la Seconde Guerre mondiale, cet insecticide chimique très puissant a été progressivement interdit pour ses effets toxiques. Les pesticides peuvent pénétrer dans nos corps principalement par l’alimentation, mais aussi par l’eau ou l’air. Certaines études ont établi que l’exposition chronique à certains de ces produits chimiques est associée à un risque accru de cancers, de troubles neurologiques ou de perturbations hormonales. Pour encadrer leur usage, l’Union européenne (UE) a fixé des règles strictes : l’autorisation des substances actives relève du règlement n° 1107/2009, et la présence de résidus dans les aliments est régie par le règlement n° 396/2005 (2008), qui fixe des limites maximales de résidus (LMR). Au‑delà, les aliments ne peuvent être vendus. Les contrôles montrent que la majorité des produits respectent ces seuils, mais certains présentent plus souvent des dépassements. Parmi eux : céréales, laitue, fraises, pêches, fruits de la passion, olives prêtes à consommer… et le vin. Selon une étude publiée par Générations Futures, les fruits et légumes non bio contiennent plus fréquemment des résidus de pesticides que les produits bio. Environ 61 % des échantillons non bio présentent au moins un résidu détecté, avec des taux particulièrement élevés pour certains fruits comme les fraises, les raisins ou les cerises. La majorité des résidus restent néanmoins inférieurs aux limites maximales autorisées. Toujours selon une analyse publiée par l’ONG Générations Futures, 73 % des vins testés contiennent au moins un résidu de pesticide. La bonne nouvelle : la plupart restent largement en dessous des limites maximales autorisées.



