
La promesse de dents plus blanches des « bars à sourire » attire de plus en plus d’adeptes. Et suscite l’inquiétude des chirurgiens dentistes qui s’interrogent sur les produits employés. Eclairages…
Séances d’U.V., manucure, massage ou brushing : la liste des petits plaisirs qui font du bien s’allonge depuis peu d’une nouvelle option prisée par un nombre croissant d’accros?: le blanchiment dentaire. Véritable phénomène venu des USA, les bars à sourire poussent depuis un an partout en France — et débarquent depuis quelques mois dans la région. Principe ? Des séances de 15 à 45 minutes en cabine individuelle qui retapent l’émail des canines et voisines. La solution, sous forme de gel, est injectée en bouche par l’intermédiaire d’une gouttière. Plus le temps d’exposition est long, plus les résultats sont visibles et durables. De quatre à neuf teintes gagnées en une séance et un éclat garanti de quinze jours (pour 15 mn de soins) à deux mois (pour 45 mn). Le tout pour un coût moyen de 80 euros — contre 300 à 500 euros dans un cabinet dentaire… « Au début, les clientes venaient surtout embellir leur sourire pour de grandes occasions comme un mariage, explique le co-fondateur de la chaîne Point Sourire. Aujourd’hui, beaucoup viennent régulièrement comme pour un soin classique. »
Cet engouement suscite les critiques grandissantes des institutions dentaires. Il y a quelques semaines, l’Académie de chirurgie dentaire mettait en garde contre les produits utilisés dans ces centres, susceptibles « dans certains cas de représenter de réels dangers pour la santé publique ». L’Ordre national des chirurgiens dentistes a de son côté porté plainte contre plusieurs enseignes pour exercice illégal de la médecine. Ambiance…
Risques d’inflammations
En cause ? L’utilisation de peroxyde d’hydrogène (ainsi que d’un produit de substitution, le perborate de sodium) dans les solutions administrées aux clients. Substance blanchissante par excellence, le peroxyde agit en oxydant les molécules les plus foncées de la dent. Problème : à trop haute dose, il peut également maltraiter les tissus de la dent. Si les effets sur l’émail sont mal connus, les études soulignent des risques réels d’inflammations de la pulpe. « A trop haute dose, cela peut entraîner une hyper sensibilité des dents voire même une nécrose pour certaines dents déjà fissurées, explique le docteur Noël Bonardo, chirurgien-dentiste à Nice et président du conseil départemental de l’Ordre des chirurgiens dentistes. Sans compter que ces produits sont classés comme reprotoxiques et peuvent avoir des effets sur la fertilité des patientes. »
En guise de défense, les patrons de bars à sourire répètent à l’envi qu’ils ne touchent pas aux bouches des clients, stoppent les traitements à la moindre douleur ou saignement et refusent femmes enceintes, mineurs et autres profils « à risque ». Surtout, tous garantissent ne pas dépasser les dosages autorisés par la loi, soit 0,1 % de peroxyde. Certains centres affichent même désormais des mentions « sans peroxyde » sur leurs vitrines.
« Scientifiquement, il parait impossible d’obtenir de tels résultats de blanchiment en se limitant à la norme légale », analyse le docteur Bonardo. Sollicitée pour mener des enquêtes sur le terrain, la direction des fraudes française n’a pas pour l’instant « trouvé de présence de peroxyde supérieure aux normes » tout en mettant en cause le manque de transparence des établissements. D’autres contrôles devraient être prochainement menés. Affaire à suivre…



