Dans une interview publiée le 2 mai 2025 par Le Parisien – Aujourd’hui en France, le secrétaire d’Etat et directeur des services judiciaires, Samuel Vuelta Simon, a évoqué l’actualité du moment. Pour expliquer le placement de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi), Samuel Vuelta Simon pense qu’il est « difficile de demander à un petit pays comme celui-ci de se doter des mêmes institutions que chez des grands voisins. A Monaco, tout le monde se connaît. Il y a une proximité qui facilite le travail, tout en pouvant parfois le rendre plus délicat. Mais une dynamique est enclenchée. Une quinzaine de lois ont été votées. Le parquet s’est, par exemple, doté d’une section financière ». Concernant l’ancien administrateur des biens du palais princier, Claude Palmero, qui accuse notamment la justice monégasque d’être aux ordres, Samuel Vuelta Simon a estimé que, « ces deux dernières années, il y a eu beaucoup d’attaques contre le système judiciaire monégasque, émanant notamment de personnes écartées », tout en rappelant que « plusieurs enquêtes sont en cours » et que « ces personnes sont libres de développer la défense qu’elles souhaitent ». Puis, il a ajouté : « M. Palmero a été place en garde à vue six fois, sans encore être inculpé. »
L’avocate de Claude Palmero, Me Marie-Alix Canu-Bernard, a réagi le 5 mai 2025, en disant s’interroger « sur la façon dont Monsieur Palmero, justiciable, doit analyser les déclarations de monsieur le secrétaire d’Etat à la justice aux termes desquelles ses six gardes à vue n’ont « pas encore » donné lieu à inculpation, mais également ses commentaires et la confirmation d’informations données par le journaliste sur des procédures judiciaires en cours ». Evoquant ensuite l’ex-directrice des services judiciaires de la principauté, Sylvie Petit-Leclair, qui a dénoncé « un Etat de droit en péril », Samuel Vuelta Simon a répondu : « Je ne peux laisser ces propos sans réponse. Au quotidien, je vois des juges et des procureurs qui font leur travail en toute impartialité. C’est une offense de les dénigrer ainsi, d’autant plus grave qu’elle émane d’une personne qui a exercé des fonctions judiciaires ici pendant six ans. Je rappelle d’ailleurs que c’est aussi l’examen de ce qui a été fait pendant cette période qui a valu le placement de la principauté sur la liste grise du Gafi. »
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Avant de compléter : « Tous sont des professionnels expérimentés qui ont exercé ou ont été formés en France. En passant la frontière, ils auraient subitement renié leur intégrité ? Un magistrat, même retraité, reste soumis au devoir de réserve. C’est pour cela que j’ai saisi le garde des sceaux, Gérald Darmanin. » Le 5 mai 2025, Sylvie Petit-Leclair a répondu par le biais d’un communiqué de presse : « Je n’ai jamais attaqué les magistrats en poste à Monaco. En revanche, j’ai dénoncé les agissements de certaines personnes qui desservent le prince et fragilisent gravement l’État de droit. J’ai aussi suggéré plusieurs pistes d’évolution pouvant conduire la principauté à se conformer aux standards respectés par toutes les monarchies européennes dans ce domaine. »
Evoquant son « successeur, présenté comme le « spécialiste reconnu de la lutte contre la criminalité organisée » », Sylvie Petit-Leclair ajoute que Samuel Vuelta Simon « laisse entendre que la justice monégasque attendait son arrivée pour se moderniser » et que, « afin de déconsidérer ses prédécesseurs » ce dernier, « n’hésite pas à affirmer qu’« une dynamique est enclenchée », dont l’on peut penser qu’elle lui est imputable et, très imprudemment, il sous-entend clairement que la responsabilité du placement de Monaco en liste grise m’incomberait ». L’ex-directrice avance que, ces dernières années, la direction des services judiciaires a joué un rôle « dans la prise de conscience des enjeux face aux instances européennes, et dans l’établissement d’un plan d’action vigoureux pour mettre rapidement en œuvre les mesures destinées à lutter contre l’insuffisance des moyens de contrôle des flux financiers et contre le manque de ressources humaines et matérielles pour combattre efficacement les infractions financières ». Sylvie Petit-Leclair ne compte pas se laisser impressionner, jugeant que « révéler la saisine du ministre français de la justice pour un supposé manquement à l’obligation de réserve relève d’une volonté manifeste de m’intimider, alors que je me contente de mettre en évidence des faits et des éléments regrettables, dont l’existence peut sérieusement nuire à la principauté et à son prince. Compte tenu de la nature et de la gravité des propos tenus par ce monsieur, je me réserve le droit de saisir les instances disciplinaires et judiciaires compétentes ».



