Hacking du CHPG, cambriolage du président de l’ASM Basket, extradition d’un dangereux délinquant recherché en Allemagne. Le procureur général Jacques Dorémieux a annoncé trois arrestations suite à plusieurs enquêtes qui ont fait grand bruit en Principauté. Par Anne-Sophie Fontanet
Piratage du CHPG : un jeune informaticien qui voulait se venger
Cette fuite de données avait beaucoup fait jaser au centre hospitalier Princesse Grace (CHPG).
Adressé en juin à plus de 500 destinataires de la Principauté et des Alpes-Maritimes, un email contenait diverses informations confidentielles sur le personnel de l’hôpital public monégasque. En conférence de presse, le procureur a indiqué qu’un jeune français de 25 ans avait reconnu être l’auteur de ce piratage de données. Motif avancé devant les enquêteurs ? Une vengeance à l’encontre de son chef de service après la non-prolongation de son contrat. Employé depuis trois ans au service informatique du CHPG, il avait appris son prochain licenciement à l’automne 2015.
Aveux
Le 8 janvier 2016, une première intrusion dans les serveurs de l’hôpital est détectée. Le second piratage, le 15 juin, est beaucoup plus sophistiqué. « L’attaque a été lancée de Nice par un homme seul à partir de la messagerie du chef de service qui avait été hackée », explique le procureur général. Après plusieurs mois d’investigations, notamment grâce au travail d’un expert judiciaire en électronique, le suspect a été formellement identifié au printemps 2016. L’ancien employé a été convoqué par la sûreté publique le 10 octobre. Placé en garde à vue, il a reconnu les faits reprochés.
Procès
« Cette affaire s’inscrit dans l’actualité. La difficulté à laquelle j’ai été confrontée, c’était l’absence en Principauté de textes incriminant ce type d’agissement. Il a fallu que je me raccroche à des infractions de droits communs », en profite pour indiquer le procureur général, Jacques Dorémieux. La création récente de l’agence de cybercriminalité « aura pour objet de prévenir ce genre d’attaque et de trouver un meilleur remède » assure ce magistrat. Pour le jeune hacker, au casier judiciaire vierge, l’avenir passera par un procès sur citation directe au printemps 2017. Il comparaitra libre et risque au maximum cinq ans de prison ferme.
Cambriolage de Sergueï Dyadechko : un ancien agent de sécurité soupçonné
Le président de l’ASM Basket s’était fait dérober un coffre-fort contenant des bijoux pour un préjudice d’environ 5 millions d’euros.
Le fait-divers avait fait les gros titres en cette rentrée. Le richissime patron du club de basket de Monaco, Sergueï Dyadechko, venait de subir un lourd cambriolage dans son appartement, réputé inviolable, de près de 1 000 m2 dans l’immeuble L’Oiseau Bleu, situé en plein boulevard de Belgique. Le butin ? Un coffre- fort rempli de bijoux de grande valeur. Environ cinq millions d’euros selon le procureur. « Nous avons pu déterminer que les faits avaient été commis plusieurs jours avant leur découverte par les époux Dyadechko le 25 août, raconte le commissaire Régis Bastide (1). L’enquête s’est très vite portée vers une piste interne. » Les soupçons se focalisent en effet sur un ancien agent de sécurité, recruté par la famille Dyadechko pour sa protection, en fuite au moment de la dénonciation des faits. Pas d’effraction, des empreintes et des images de vidéo-surveillance appuient cette théorie. Avec un diable, il avait transporté un coffre-fort non scellé de 200 kg.
Neutralisé
« C’était un domicile sécurisé, mais il avait les codes d’accès. De plus, il avait commandé avant son départ au printemps 2016 un biper pour ouvrir la porte du garage. Une alarme a bien été déclenchée, mais elle a immédiatement été neutralisée. Le coffre a ensuite été acheminé en ascenseur de l’appartement à la camionnette garée dans ce garage. A ce jour, rien n’a été retrouvé » souligne le procureur. Probablement planifié, ce vol était-il une vengeance ou bien avait-il un but purement lucratif ? Les enquêteurs monégasques ne le savent pas encore. L’individu soupçonné, de nationalité lituanienne et d’environ 30 à 35 ans, a été interpellé le 8 octobre par la police russe à l’aéroport de Moscou.
Robuste
Depuis le 1er septembre, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Un message avait été préventivement envoyé vers les pays où il aurait pu trouver un point de chute, notamment la Russie, sa femme étant russe. Il a été placé en détention préventive dans l’attente de son extradition vers Monaco. Cet homme à la carrure robuste et athlétique est le seul suspect interpellé dans cette affaire à ce jour. A-t-il agi seul ou avait-il des complices ? L’enquête ne l’a pas encore révélé. Son audition sera donc précieuse. Pour ce vol aggravé, ce Lituanien qui a résidé un temps à Beausoleil risque jusqu’à 10 ans de prison.
(1) Le commissaire de police Régis Bastide est intervenu en l’absence du directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, retenu par l’assemblée générale d’Interpol en Indonésie.
Recherché par l’Allemagne, il est arrêté à Monaco
En fuite depuis deux ans, un délinquant de 20 ans a été interpellé le 6 septembre, sur le Rocher, aux abords de la maison d’arrêt de la Principauté.
Les services judiciaires avaient été alertés par leur confrères allemands de la possible venue sur le territoire monégasque d’un individu recherché pour des faits graves commis en 2014 en Allemagne. Le 6 septembre dernier, un gardien de la maison d’arrêt repère le comportement suspect d’un homme aux abords de l’établissement pénitentiaire. Contrôlé par la police, il présente une fausse pièce d’identité italienne. Voulait-il rendre visite à sa fiancée roumaine, la mère de ses deux enfants, emprisonnée à Monaco pour une série de vols ?
Tortures
Le jeune homme trapu, de nationalité hollandaise, mais résidant en Espagne, avait préféré plaider le hasard devant le tribunal le 17 octobre lors de son procès pour faux et usage de faux. « A la suite de l’arrestation d’un groupe de voleuses roumaines, nous avions été alertés sur la présence possible d’un individu, membre d’une bande organisée, sous un alias à Monaco. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt européen et d’une notice rouge d’Interpol », a détaillé le commissaire de police Régis Bastide. En Allemagne, il est recherché pour un vol avec violence, tortures et actes de barbarie commis en réunion avec trois complices en 2014.
Extradition
Ensemble, ils avaient pénétré dans l’appartement de deux retraités et les avaient violentés pour se faire ouvrir le coffre-fort et repartir avec le butin. « Il s’agit de délinquance itinérante. Un groupe structuré qui évolue du nord au sud de l’Europe. C’est un type de criminalité qui chemine dans toute l’Europe » précise le procureur Dorémieux. En attendant sa prochaine extradition vers l’Allemagne où il passera devant la cour d’assises, A.D. purge une peine de 45 jours de prison ferme à Monaco pour faux et usage de faux.



