dimanche 26 juin 2022
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Wolfgang Cramer : « Plus on tardera, et plus ce sera compliqué et brutal »

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Dans un rapport publié le 4 avril 2022, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a une nouvelle fois appelé à une baisse radicale de la consommation et de la production des énergies fossiles, pour atteindre l’objectif fixé par l’accord de Paris sur le climat adopté en 2015 (1). Wolfgang Cramer est directeur de recherche au CNRS, à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale. Il a coordonné l’un des chapitres du second volet du sixième rapport d’évaluation du GIEC (2), et il a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Le rapport du groupe 3 du GIEC a été approuvé par tous les gouvernements : quelles sont les principales conclusions de ce groupe, qui propose des solutions applicables tout de suite pour atténuer le réchauffement climatique et ses conséquences ?

Il y a des aspects inquiétants et il y a des aspects encourageants. On constate que les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en augmentation presque partout dans le monde. Cela rend très difficile la possibilité d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat de 2015, qui visaient une limitation du réchauffement climatique à un niveau inférieur à 2 °C, par rapport au niveau préindustriel. L’autre aspect inquiétant, c’est que cela va demander des réductions de gaz à effet de serre beaucoup plus brusques dans les décennies qui viennent.

Et les points positifs ?

On voit que les prix pour les énergies renouvelables sont toujours en forte baisse. L’énergie éolienne et photovoltaïque restent la contribution la moins chère à la décarbonation du secteur énergétique. C’est encourageant, cela représente un potentiel que l’on peut saisir, même si ce n’est pas facile. Le prix pour le carbone permet de soutenir ce genre de transformation. Dans le système économique actuel, c’est certainement ça le levier le plus important pour aider à cette transformation. Mais cette décarbonation ne peut pas se focaliser seulement sur l’offre énergétique. Il faut aussi regarder son utilisation et fortement réduire la consommation d’énergie.

« On constate que les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en augmentation presque partout dans le monde. Cela rend très difficile la possibilité d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat »

Comment faire ?

On peut réduire la consommation d’énergie, sans perdre de qualité de vie, si on investit dans une forte transformation du secteur des transports, de l’alimentation, et de l’isolation des bâtiments. Il existe donc des solutions. Mais plus on tardera, et plus ce sera compliqué et brutal à mettre en place.

Est-ce qu’il sera possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C ?

Il est fort probable que les températures, en moyenne globale, vont malheureusement dépasser 1,5 °C. Mais, à mon avis, la question n’est pas là. La vraie question, c’est : « quels sont les engagements possibles avec lesquels on peut arriver à une réduction des émissions des gaz à effet de serre » ? Chaque dixième de degré compte. Non seulement, il faut arriver à limiter le réchauffement à 1,5 °C, mais dans les décennies qui vont suivre, il faudra procéder à des réductions des émissions de gaz à effet de serre sans précédent.

Comment réduire l’utilisation des combustibles fossiles, principale cause du réchauffement climatique ?

Dans beaucoup de secteurs, il n’est pas difficile de réduire l’utilisation des combustibles fossiles. Par exemple, la voiture électrique est une possibilité. Mais plus la voiture est lourde, et plus la quantité d’électricité pour produire et faire rouler ces véhicules est énorme. Cela dit, certains acteurs dans le monde des transports ont bien compris qu’il fallait transformer le secteur dans sa globalité. Il faut aussi transformer les villes pour avoir un système de transport qui n’est plus basé sur la voiture. Cela améliorera la réduction des gaz à effet de serre, et aussi la santé et le bien-être de la population.

« Si rien n’est fait, entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes sont directement menacées. Donc près de la moitié de la population mondiale pourrait être concernée par des vagues de chaleur, des crues, la hausse du niveau de la mer… […] Mais, en fait, c’est le monde entier qui va être impacté. » Wolgang Cramer. Directeur de recherche au CNRS, à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale. © Photo EMCEI

Fabrication des batteries, électricité parfois produite, selon les pays, à l’aide d’énergie fossile comme le charbon : les véhicules électriques polluent, aussi ?

Il faut toujours comparer avec les autres solutions disponibles. Des petits bus urbains électriques sont une bonne solution, parce qu’ils consomment moins que les voitures individuelles. En plus, les bus électriques, les trams, ou les métros offrent de nouvelles opportunités pour certaines catégories de la population qui n’ont pas les moyens de s’acheter un véhicule. Et souvent, la suppression de la voiture en centre-ville permet de relancer le commerce.

Il y a aussi la question des déplacements en avion ?

Pour le secteur de l’aviation, c’est plus compliqué. Pour ce secteur, les petites vacances à l’autre bout du monde en avion ne sont plus une option. Il faut accepter qu’il s’agit d’une aberration des 30 ou 40 dernières années. Nos parents n’ont pas pu faire ce genre de voyage en avion. Et nos enfants ne le pourront pas non plus. Tout ça n’était qu’une parenthèse.

Et pour le transport maritime ?

Concernant le « shipping », beaucoup de gros paquebots transportent des énergies fossiles. Donc si on sort du pétrole et du charbon, cela réduira automatiquement une partie du transport en bateau, qui ne sera plus nécessaire. Pour le reste, il existe des options technologiques pour réduire l’utilisation du fioul et de l’impact sur l’environnement. Il y a par exemple l’utilisation de la voile pour certains bateaux cargo.

Comment « décarboner » l’industrie, qui est un secteur qui représente un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre ?

L’industrie a fait quelques progrès. Mais la délocalisation de notre industrie vers la Chine et vers d’autres pays asiatiques, contribue à l’augmentation de la production de gaz à effet de serre. Surtout que certains produits disposent d’une durée de vie trop courte. On les achète, on les transporte autour du globe, on les consomme, et on les jette. Il faudrait donc produire des objets qui ont une durée de vie plus longue, et qui ne sont pas soumis à l’obsolescence programmée. Mais, une partie de l’industrie a du mal à s’adapter. Par exemple, l’industrie chimique qui dépend presque exclusivement du gaz naturel, doit trouver une autre stratégie, afin de pouvoir travailler avec des énergies renouvelables.

L’agriculture et les forêts ont aussi un rôle à jouer ?

En France, la production agricole dépend beaucoup des entrants énergivores qui viennent de la Russie, du Kazakhstan et d’ailleurs. La production de viande utilise aussi du soja, qui vient du Brésil. Tout cela est extrêmement négatif pour le climat, non seulement par la production de ces matières, qui utilise des énergies fossiles, mais aussi par la déforestation. Cependant, il est possible de transformer cela en une agriculture davantage basée sur les ressources locales. Économiquement, on peut aller vers un système qui fonctionne plutôt à l’échelle de l’Europe, ce qui est à la fois meilleur pour la santé et pour le climat, tout en maintenant le même niveau de vie pour les agriculteurs. Ils basculeraient vers un fonctionnement que l’on appelle « agro-écologique ».

La captation du CO2 par les forêts et le reboisement, c’est important ou c’est marginal ?

La captation du CO2 par les forêts, c’est plus que marginal. Mais les forêts permettent d’utiliser de plus en plus le bois comme un produit de substitution pour d’autres matériaux énergivores. Par exemple dans la construction, pour les maisons, et pour d’autres structures également. Ensuite, les forêts ont d’autres fonctions. Notamment pour la biodiversité, pour régler le climat à l’échelle locale et régionale. Nous avons plus de doutes concernant les très grands programmes de reforestation. Cela peut être utile sur certaines zones, mais ce n’est pas une solution en soi. D’ailleurs, certaines régions se reboisent naturellement, notamment des Alpes du Sud, suite à l’abandon du pastoralisme.

Les villes très denses, comme Monaco, ont aussi un rôle important à jouer ?

Toutes les villes sont en mouvement. Il y a constamment de nouvelles constructions et de nouvelles populations qui arrivent. Il est possible de gérer ces transformations, de façon que la consommation d’énergie baisse. Notamment en misant sur une meilleure isolation des bâtiments, à la fois contre le chaud en été, et contre le froid en hiver. L’objectif, c’est aussi de diminuer l’utilisation de la climatisation en période estivale, qui contribue à provoquer un effet réchauffant sur les alentours. Ce qui impacte non seulement le climat, mais aussi les populations qui n’ont pas accès à ces climatiseurs. Les villes peuvent aussi miser sur les solutions basées sur la nature. Augmenter le nombre d’espaces verts rend une ville plus vivable pendant les périodes les plus chaudes pendant l’été. Cela permet d’apporter de la fraîcheur, et cela améliore la qualité de l’air.

Au vu de la situation, les scientifiques du monde entier ont un rôle important à jouer ?

Les choix politiques et individuels ne peuvent pas être faits par les scientifiques. Les scientifiques donnent des informations sur les choix qui existent. Il faut ensuite un débat démocratique et politique sur la mise en place de ces moyens, qui rendent le changement possible.

Des discussions plus difficiles que prévu ont retardé de 48 heures l’approbation du rapport du GIEC : que s’est-il passé ?

L’approbation du résumé pour les décideurs a duré plus longtemps que prévu. Cela montre qu’il y a un énorme intérêt de la part des gouvernements et de leurs représentants. La dernière séance d’étude a duré 39 heures, jour et nuit. L’objectif était d’éviter que des expressions ambiguës soient utilisées dans ce texte, qui doit être clair pour tout le monde. Cela permet d’aboutir sur un texte final construit sur une base scientifique solide, autour de laquelle tout le monde peut discuter. Mais cela ne signifie pas qu’il s’agit d’une négociation. Car, quoi qu’il arrive, ce sont les scientifiques qui ont le dernier mot. Nous tenons le stylo. Et c’est accepté par les gouvernements.

« On peut réduire la consommation d’énergie, sans perdre de qualité de vie, si on investit dans une forte transformation du secteur des transports, de l’alimentation, et de l’isolation des bâtiments »

Le GIEC a aussi insisté sur le rôle de la finance dans la lutte contre le réchauffement : est-il exact qu’agir maintenant coûtera beaucoup moins cher que l’inaction ?

À l’échelle des investissements et des retours attendus, il est clair qu’aujourd’hui on fait des investissements qui vont être perdus. Il sera impossible d’en tirer les bénéfices souhaités. D’ici quelques décennies, les investissements dans les énergies propres, ou dans l’isolation et la transformation urbaine vers une plus grande résilience, seront beaucoup plus intéressants pour les investisseurs.

Si rien n’est fait, 3,5 milliards de personnes sont directement menacées ?

Si rien n’est fait, entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes sont directement menacées. Donc près de la moitié de la population mondiale pourrait être concernée par des vagues de chaleur, des crues, la hausse du niveau de la mer… Les populations pauvres sont touchées en premier. Le terme de « justice climatique » n’est donc pas juste un concept. C’est une réalité sur le terrain. Mais, en fait, c’est le monde entier qui va être impacté. Parce qu’à un moment donné, nos structures économiques et gouvernementales ne tiendront pas face à cette problématique.

« Chaque dixième de degré compte. Non seulement, il faut arriver à limiter le réchauffement à 1,5 °C, mais dans les décennies qui vont suivre, il faudra procéder à des réductions des émissions de gaz à effet de serre sans précédent »

« Nous savons quoi faire, nous savons comment le faire, et maintenant il faut décider de le faire » : ce sont les mots du coprésident du groupe III du Giec, Jim Skea, que vous partagez ?

Oui, je partage ce qu’a dit Jim Skea. Je suis géographe et écologue. Pour moi, c’est très encourageant de voir quelqu’un comme lui, qui est économiste, et qui se trouve donc dans une autre interaction scientifique, partager le même point de vue que moi. Mais cela ne doit pas faire oublier que l’engagement nécessaire n’a pas encore été pris à un niveau suffisant par les gouvernements.

Qu’est-ce qui bloque ?

Certains secteurs de l’industrie basée directement sur le pétrole, le gaz, et le charbon investissent dans le lobbying pour peser sur l’opinion publique. Ils l’ont toujours fait, et ils le font toujours. Ils misent sur des opérations de lobbying pour éviter la reconnaissance politique de la nécessité de changer les choses. C’est frustrant, car ils défendent des intérêts à très court terme. Aujourd’hui, il faut sortir de ces technologies. Ce grand secteur industriel fait le choix d’ignorer les risques clairement identifiés par le GIEC pour les populations du monde entier.

Vous avez travaillé avec le groupe 2 sur des questions d’écologie, de la vulnérabilité humaine face aux risques et de l’adaptation : quelles ont été vos principales conclusions ?

Nous avons publié un message sombre, et un message moins sombre. Le message sombre, c’est que les impacts négatifs du changement climatique sur les écosystèmes, sur la société, et sur la santé humaine, sont globalisés. Ils existent partout. Il n’y a pas une région au monde où on ne les observe pas. Les projections montrent que la situation s’aggrave, non seulement à cause de la montée des températures, mais aussi à cause de la pénurie d’eau, de la montée du niveau de la mer, et de l’acidification.

Il y a aussi un message un peu plus positif ?

Le message plus positif, c’est que l’adaptation est possible, à un certain degré. Mais une fenêtre est en train de se fermer. Or, à un certain niveau de réchauffement qui est toujours probable, l’adaptation ne sera plus possible. La Ligurie, Monaco, et la Côte d’Azur pourraient subir une hausse du niveau de la mer, que l’on observe déjà aujourd’hui, avec une hausse de 4 millimètres par an. Et ce phénomène risque fortement de s’accélérer. Une fenêtre pour l’adaptation est encore ouverte pour beaucoup de secteurs. Mais seulement si nous arrivons à limiter le réchauffement climatique d’une façon plus importante, qui soit compatible avec l’accord de Paris.

Si on ne respecte pas l’accord de Paris sur le climat de 2015, quelles pourraient être les conséquences ?

Si nous continuons à ne pas respecter nos engagements pour l’accord de Paris, nous risquons, par exemple, une véritable déstabilisation des grands glaciers en Antarctique. Ce qui peut provoquer une hausse du niveau de la mer de plus d’un mètre au cours du siècle actuel. Et peut-être même de deux mètres, car c’est difficile à estimer.

Plutôt que de changer les modes de vie, en Floride, pour s’adapter à la hausse des niveaux de la mer, les communautés côtières cherchent à surélever les immeubles et à construire sur pilotis : c’est désespérant ?

Du côté de Montpellier, ça se fait aussi. Pourquoi pas. Des adaptations sont possibles. Mais il faut penser à la durée de vie de ces structures, et au retour sur investissement. Pour un village de vacances, avec des bâtiments légers, on peut peut-être procéder ainsi. Mais pour des bâtiments de plus longue durée, on ne peut pas se baser sur une durée de vie de quelques décennies. Il faut savoir que même si on stabilise les températures, dans les siècles qui viennent, le niveau de la mer va continuer à monter. Tout un patrimoine risque de disparaître dans 150 ou 200 ans.

Comme l’a rappelé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres à Dakar le 1er mai 2022, il y a aussi l’importance de tenir la promesse faite à Paris en 2015, et qui concerne le versement de 100 milliards de dollars par an pour aider la transition écologique des pays du sud ?

Il faut aider les pays du sud d’une façon beaucoup plus importante, et beaucoup plus cohérente. Des promesses leur ont déjà été faites pour qu’ils puissent mieux s’adapter au réchauffement climatique. Que ce soit pour la montée des eaux, mais aussi pour faire face aux effets de la chaleur et de la pénurie d’eau.

« Pour le secteur de l’aviation, les petites vacances à l’autre bout du monde en avion ne sont plus une option. Il faut accepter qu’il s’agit d’une aberration des 30 ou 40 dernières années »

Comment avez-vous été associé aux travaux du GIEC ?

Le GIEC a été créé en 1988. Depuis 1994, je suis impliqué dans les travaux, d’une façon ou d’une autre. Le fonctionnement n’a pas changé. Le GIEC est une structure basée sur les Nations Unies, plus précisément sur deux programmes : le programme pour l’environnement et le programme météorologique des Nations Unies. Tous les pays du monde sont membres du GIEC. Ils proposent des experts pour travailler comme auteurs sur les rapports du GIEC. Ensuite, une sélection est faite. Elle prend en compte les compétences, mais elle recherche aussi un équilibre entre les pays du nord et du sud, et entre les différents domaines scientifiques, pour que l’on couvre du mieux possible le champ disciplinaire. L’égalité femmes-hommes est aussi de plus en plus respectée entre les auteurs. Les gouvernements peuvent également indiquer s’ils souhaitent voir un sujet traité plus particulièrement.

Que se passe-t-il ensuite ?

Ensuite, les auteurs commencent à travailler. Ils produisent des brouillons, qui sont relus par des experts scientifiques qui ne sont pas auteurs. Des experts nommés par les gouvernements relisent à leur tour ces textes. Cela permet de s’assurer que rien n’est oublié, et que l’on parle des sujets pertinents pour les gouvernements. Une fois que les chapitres sont terminés, on travaille ensuite sur un résumé destiné aux décideurs. C’est un exercice difficile, car on doit alors se limiter à un certain nombre de pages.

« Il faudrait produire des objets qui ont une durée de vie plus longue, et qui ne sont pas soumis à l’obsolescence programmée. Mais une partie de l’industrie a du mal à s’adapter »

C’est un travail qui prend beaucoup de temps ?

L’ensemble de ce travail nécessite entre six et sept ans. Nous en sommes aujourd’hui au sixième cycle. Mon rôle a varié à chaque fois. Dans le cinquième cycle, j’ai coordonné avec un collègue américain un chapitre sur l’observation des dégâts déjà observés liés au changement climatique. Dans le rapport actuel, j’étais membre du chapitre « cadrage », et j’ai aussi coordonné le chapitre consacré à la Méditerranée.

« L’objectif, c’est que, désormais, on ne fasse plus de débat économique sans prendre en compte ces enjeux liés au climat. » Wolgang Cramer. Directeur de recherche au CNRS, à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale. © Photo DR

Les scientifiques qui travaillent avec le GIEC sont rémunérés ?

Les scientifiques ne sont pas rémunérés pour travailler avec le GIEC. Je suis payé par le CNRS, qui est mon employeur. Ce genre de travail rentre dans mes tâches, comme directeur de recherche au CNRS. Ce qui est important par rapport à cette question de la rémunération, c’est que nous sommes totalement indépendants. Par exemple, si on refuse d’approuver mon rapport, économiquement ça ne change rien pour moi. Parce que je suis un chercheur payé par le contribuable pour faire ce genre de travail. Grâce à cette indépendance par rapport aux pays membres du GIEC, l’évaluation est basée seulement sur les critères scientifiques, et non sur les intérêts d’un pays ou un autre.

La prochaine étape, c’est une synthèse qui sera publiée en septembre 2022 ?

Ce document de synthèse qui sera publié en septembre 2022 résumera l’ensemble de nos conclusions. Mais ce sera davantage qu’un simple « copié-collé » des trois rapports du GIEC. L’objectif sera de rapprocher encore un peu plus des questions posées par le public et par les décideurs.

Les médias en font-ils assez autour des travaux du GIEC ?

L’écho médiatique dans les premières 24 heures qui suivent la sortie d’un rapport du GIEC n’est pas forcément à la hauteur. Par exemple, pour le dernier rapport publié le 4 avril 2022, la télévision française n’a quasiment rien fait. C’est dommage, même si cela s’explique, en partie, par la guerre en Ukraine. Mais ce qui est plus important, c’est le travail plus en profondeur des médias, dans les semaines, ou même dans les mois, qui suivent la publication de nos rapports. Car on ne cherche pas à avoir un impact seulement pendant un jour. L’objectif, c’est que, désormais, on ne fasse plus de débat économique sans prendre en compte ces enjeux liés au climat.

1) À ce sujet, lire notre article Climat : le GIEC réclame des mesures immédiates, publié dans Monaco Hebdo n° 1236.

2) Ce rapport a été publié le 28 février 2022.

Pour lire la suite de notre dossier « Climat, protection des océans », cliquez ici.

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