C’est le rendez-vous de l’année à l’échelle planétaire pour la préservation des océans. Du 9 au 13 juin 2025, les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) sont à Nice pour la 3ème Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC). Objectif : trouver une direction commune dans la lutte pour la sauvegarde des océans.
L’image est forte. Cent quatre-vingt treize nations réunies autour d’un seul et même objectif : préserver les océans du globe. Pourtant, le chemin est long et difficile, comme l’a montré le passé récent. En juin 1992, à Rio, lors du sommet Planète Terre, organisé par l’Organisation des Nations unies (ONU), le terme de « développement durable » a vu le jour. Lors de ce salon, 178 pays ont signé la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement. Dans ce texte réunissant 27 grands principes internationaux en matière de lutte pour la sauvegarde de l’environnement, on peut lire, au principe numéro 8 : « Afin de parvenir à un développement durable et à une meilleure qualité de vie pour tous les peuples, les États devraient réduire et éliminer les modes de production et de consommation non viables, et promouvoir des politiques démographiques appropriées. » Pourtant, 33 ans plus tard, en 2025, on retrouve de nombreux pays signataires de ce principe, toujours fortement dépendants de l’énergie provenant du charbon. C’est le cas de la Pologne, pour qui le charbon représente aujourd’hui environ 60 % de la production d’électricité. C’est également le cas de l’Inde, pays membre fondateur de l’ONU, où le charbon permettait, en 2023, de couvrir 45 % des besoins en énergies du pays. Et ce, malgré des décennies d’investissement dans les énergies décarbonées. Autre exemple, l’Allemagne qui est toujours dépendante à 27 % du charbon pour son électricité.

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, Agnès Pannier-Runacher, est montée au créneau pour annoncer que « toutes les activités humaines ayant un impact sensible sur les fonds marins », seront bannies sur plusieurs zones en France
Une politique énergétique américaine de multiplication des forages
L’autre exemple, c’est l’accord de Paris sur le climat. Signé en 2015, il avait pour objectif de maintenir « l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2° au-dessus des niveaux préindustriels », lançant une vague d’optimisme. Parmi les signataires on retrouvait les États-Unis, deuxième plus gros pollueur mondial derrière la Chine [Chine, États-Unis et Inde formaient toujours le podium en 2023, selon la Commission européenne — NDLR]. Que ce soit en 2017 ou en janvier 2025, les États-Unis sont sortis de cet accord, en relançant pleinement notamment depuis le début d’année 2025, l’exploration pétrolière et gazière. Selon l’organisation Carbon Brief, cette politique énergétique américaine de multiplication des forages pourrait ajouter 4 milliards de tonnes de CO2 aux émissions des Etats-Unis d’ici 2030. Il y a donc un monde d’écart entre ce qui est signé lors des conférences et ce qu’il se passe sur le terrain. D’un côté, les rêves optimistes d’un monde plus propre et plus en accord avec la nature. Et, de l’autre, un monde qui s’acharne dans sa quête du profit, au dépend de la nature, et de l’humanité elle-même.

« Ocean Action Panels »
Qu’en sera-t-il de la troisième conférence des Nations unies sur l’océan, qui prendra fin le 13 juin 2025 ? Du lundi 9 juin au vendredi 13 juin 2025, chaque matin, les États membres de l’ONU se retrouveront dans un hémicycle construit pour l’occasion. Ce temps devra permettre aux pays de mettre en avant leur engagement pour permettre la préservation des océans. Puis, chaque après-midi sera consacrée au travail des professionnels du secteur. De nombreuses « séquences de dialogues » auront lieu en même temps. Elles réuniront des organisations onusiennes, ainsi que des membres de la communauté civile autour de la table. Scientifiques, organisations non gouvernementales (ONG) et entreprises du secteur discuteront ensemble dans l’espoir de trouver un terrain d’entente sur les questions de sauvegarde de nos eaux. Selon le site Internet de l’UNOC3, « ces dialogues, les « Ocean Action Panels » permettront l’engagement des différents acteurs, la création de coalitions et de projets en faveur de l’océan. Ils permettront d’ancrer la conférence dans l’action, en proposant des solutions concrètes avec l’ensemble de ses participants. »
« Depuis notre rencontre, à Lisbonne en 2022, les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité et les pollutions s’accroissent dramatiquement. Et nous peinons à répondre à cette crise planétaire. Pour autant, nous ne sommes pas impuissants, et nous n’avons pas été inactifs. Même fragilisé, le multilatéralisme demeure notre seule solution. C’est pourquoi nous sommes ici »
Le prince Albert II dans son discours à l’UNOC, le 9 juin 2025
Once Ocean Science Congress : dix recommandations pour les océans
Des scientifiques et des chercheurs spécialistes se sont d’ailleurs réunis, quelques jours avant l’UNOC, du mardi 3 au vendredi 6 juin 2025, lors du Once Ocean Science Congress. Ce congrès a réunit 2 000 chercheurs spécialistes originaires des quatre coins de la Terre. Il a matérialisé l’aboutissement de plus d’un an de travaux menés par un comité scientifique international, composé de 18 membres. L’objectif de ce collectif était de mettre en place une liste de recommandations sur les actions à mener face à l’urgence climatique et écologique. Après de nombreuses discussions et analyses d’études, les scientifiques ont rendu une liste de dix recommandations pour les chefs d’États présents à l’UNOC : « 1) Encourager la responsabilité de tous les pays à l’égard de l’océan. 2) Promouvoir des solutions climatiques océaniques sûres et équitables. 3) Protéger et restaurer les écosystèmes marins et côtiers. 4) Interrompre les usages nuisibles des fonds marins et approfondir la connaissance des abysses. 5) Partager équitablement les bénéfices des ressources génétiques marines. 6) Mettre fin à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, et améliorer la transparence des accords de pêche. 7) Construire des systèmes alimentaires océaniques durables, équitables et sûrs. 8) Éliminer la pollution plastique marine. 9) Réduire les émissions de CO2 et les impacts du transport maritime. 10) Investir dans les connaissances transdisciplinaires pour agir en faveur des océans. »

Des annonces, dès le BEFF
Ces recommandations doivent permettre d’axer les propositions et les actions des différents gouvernements, afin d’avoir un impact commun sur nos océans. Des propositions qui affluent déjà, notamment lors du Blue Economy and Finance Forum (BEFF) à Monaco, qui s’est déroulé du 7 au 8 juin 2025. Le président français Emmanuel Macron a pris la parole le samedi soir, en annonçant la mise en place d’actions concrètes rapidement. Dès le lendemain, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, Agnès Pannier-Runacher, est montée au créneau pour annoncer que « toutes les activités humaines ayant un impact sensible sur les fonds marins », seront bannies sur plusieurs zones en France. Selon la ministre, de telles zones de protection représentent aujourd’hui 0,1 % de la surface des eaux françaises hexagonales. À l’avenir, ces espaces représenteront 4 % des eaux françaises hexagonales. Si on peut se réjouir de cette annonce, plusieurs scientifiques restent septiques, à l’image de Joachim Claudet, conseiller pour l’océan au CNRS, qui s’est exprimé dans les pages de nos confrères du Monde : « On peut s’engager à ce qu’on veut : il n’y a aucune recevabilité derrière. On continue à promettre ce qu’on n’a pas fait depuis la conférence d’avant. » De son côté, le prince Albert II a souhaité prendre la parole le lundi 9 juin 2025, lors du premier débat général de l’UNOC, à Nice. Dans un discours de plusieurs minutes, il a rappelé que : « Ce trésor [l’océan — NDLR] est en péril. Depuis notre rencontre, à Lisbonne en 2022, les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité et les pollutions s’accroissent dramatiquement. Et nous peinons à répondre à cette crise planétaire. Pour autant, nous ne sommes pas impuissants, et nous n’avons pas été inactifs. Même fragilisé, le multilatéralisme demeure notre seule solution. C’est pourquoi nous sommes ici. »
Si en 2005, la part des découvertes d’hydrocarbures était de 90 % sur terre et de 10 % en mer, cette part marine est passée à 75 % sur la période 2012-2017, selon des données transmises par la banque HSBC

Les hydrocarbures en mer, un danger à contrôler
En parallèle, l’ensemble des recommandations fixe les objectifs de demain en termes de traitement des ressources marines, comme l’extraction d’hydrocarbures en mer. Dans ce texte de 16 pages, on peut notamment lire la nécessité de « suspendre les activités nuisibles dans l’océan profond, tout en améliorant les connaissances nécessaires pour permettre des usages durables et équitables ». En effet, si en 2005, la part des découvertes d’hydrocarbures était de 90 % sur terre et de 10 % en mer, cette part marine est passée à 75 % sur la période 2012-2017, selon des données transmises par la banque HSBC. Une autre étude, menée par IFP Énergie nouvelles, expliquait que près de 20 % des réserves mondiales de pétrole et environ 30 % de celles de gaz naturel, sont situées dans les fonds marins. Des gisements qui sont parfois énormes, comme le gisement de Tupi, découvert en 2007 au large du Brésil, et qui contenait, à l’époque, entre 20 et 30 milliards de barils. Depuis plusieurs décennies, une course s’est donc lancée pour la découverte et le contrôle de ces gisements marins. Un nouvel Eldorado du pétrole et du gaz que l’ONU souhaite contrôler. En effet, le même optimisme avait saisi les entreprises pétrolifères dans les années 1970-1980 lorsque la mer du Nord fut le terrain d’une course folle à l’installation de plateformes pétrolières. Mais, avec l’appauvrissement des ressources sur cette partie de la planète, les entreprises, et notamment Shell, ont fait marche arrière, en décidant de laisser sur place, une grande partie de leurs installations, à l’abandon. Dans le média belge Moustique, on peut lire que cela représenterait « environ 15 000 puits abandonnés en mer du Nord ». Toujours selon le même média, ces puits non rebouchés laisseraient « s’échapper du méthane, un gaz 28 fois plus néfaste pour la planète que le CO2 ». Dans le même temps, les piliers des structures contiendraient encore du pétrole et des déchets toxiques. Greenpeace estime qu’au moins 11 000 tonnes de pétroles et de déchets demeurent bloquées au fond de la mer. Les urgences climatiques restent donc très fortes, et les sujets de préoccupation sont plus que jamais là : acidification des mers, surpêche, gestion des hydrocarbures en mer, montée des eaux… Alors que l’UNOC a débuté le 9 juin 2025, les discussions pourraient aboutir sur des accords globaux en fin de semaine. Reste une fois de plus à savoir si ces accords seront respectés.



