mercredi 10 août 2022
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Monaco va héberger des chrétiens d’Orient

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Le gouvernement princier et le collectif réfugiés d’Orient préparent en étroite collaboration l’accueil de familles syriennes et irakiennes dans sept appartements à Beausoleil et deux en Principauté. Explications.

 

Menacés de mort dans leur pays, les chrétiens d’Orient attendent une terre d’asile. La Principauté s’est engagée à être l’un de ces territoires. À ses côtés, le Collectif réfugiés d’Orient, créé au mois de mai par Christiane Palmero. « Ils sont chassés de leur maison, de leur travail. Leur compte en banque est saisi. Soit ils acceptent de se convertir, soit c’est la mort. Ces chrétiens sont victimes d’un génocide ! », martèle la présidente. À titre personnel, Christiane Palmero a participé avec d’autres bénévoles à l’accueil de plusieurs familles, hébergées dans quatre appartements de Beausoleil depuis le 29 mars : une fratrie irakienne de douze personnes, dont le mari d’une des femmes a été tué par les islamistes (lire ci-contre). « C’est très douloureux ce qu’ils ont vécu. On veut qu’ils se sentent bien, qu’ils s’apaisent. » Christiane Palmero l’assure : ce que vivent les chrétiens d’Orient va au-delà de persécutions. « Cette histoire dure depuis quatre ans. L’État français avait déjà mis en place un dispositif : pour eux, le statut de réfugié n’est pas contestable », défend l’avocate monégasque.

 

« Inoccupés »

Comme annoncé en conférence de presse le 22 juillet, le gouvernement princier va accueillir des réfugiés. « À Monaco, j’ai tapé aux portes du gouvernement et du palais. Le résultat a été un « oui » franc et massif. Ils nous ont tous dit qu’ils allaient faire quelque chose. Et ils le font », se félicite Christiane Palmero. Le Prince Albert se serait directement impliqué en demandant de créer ce collectif. Neuf logements doivent être mis à disposition par l’État : deux deux-pièces domaniaux en Principauté, ainsi que sept locaux à Beausoleil « inoccupés depuis des années », explique cette avocate. L’Association d’entraide des minorités d’Orient, en contact avec les familles chrétiennes sur place, dans les camps de réfugiés, demande si elles veulent être hébergées. Le gouvernement monégasque collabore avec l’État français et le Haut commissariat aux réfugiés : pour que ces personnes puissent rentrer sur le territoire, il faut une demande d’asile avec une attestation d’hébergement et de prise en charge pour un minimum d’un an. « Monaco a signé des accords internationaux. Il les respecte avec l’accueil de ces réfugiés », loue Christiane Palmero.

 

Dons

Des logements encore inoccupés en raison de la longueur des démarches : les familles devraient arriver d’Irak ou de Syrie avant la fin de l’année. Le collectif a la charge d’aménager ces locaux — mobilier, vaisselle, linge de maison, produits d’entretien et d’hygiène —, d’accueillir et d’assister les personnes au quotidien. Notamment dans toutes leurs démarches administratives. Une mission que le jeune collectif ne pourrait assumer sans l’aide de nombreux organismes et associations. Parmi ces soutiens : la Croix-Rouge, l’Ordre de Malte ou Monaco aide et présence (MAP), mais aussi des particuliers, auprès de qui Christiane Palmero lance d’ailleurs un appel aux dons.

 

La barrière de la langue

Leur statut de réfugié et leur carte de séjour provisoire leur permettent de travailler. Pourtant, une autre frontière est difficile à franchir : les réfugiés ne parlent pas français. Or, ils ne peuvent bénéficier de cours de français qu’après trois mois passés sur le territoire. Ce délai passé, ils pourront étudier à raison d’une demi-journée de cours par jour, six jours par semaine. « Même pour faire de la conciergerie il faut savoir s’exprimer. Pour de la manutention il faut savoir lire des consignes », précise la présidente du collectif. De lourdes plages horaires fluctuantes et incompatibles avec un emploi à temps plein. Ils ne pourront intégrer le monde professionnel qu’à la fin de leur cycle de cours de français : 280 heures par personne. Pourtant, cette fratrie a des compétences à faire valoir. Ils travaillaient dans des métiers manuels, ils étaient ingénieur ou comptable. La chef de foyer est titulaire d’un diplôme en physique nucléaire à Londres. Le plus jeune, qui a 12 ans, est scolarisé au collège Bellevue, et suit des cours d’intégration. L’adolescent de 17 ans passe des tests d’orientation. « Ils mettent énormément de bonne volonté pour s’intégrer. Alors que ces gens sont sortis de l’enfer, ils ont le sourire, de la gentillesse et une très bonne éducation. Ils sont très reconnaissants », se félicite Corinne Giordano, trésorière de ce Collectif. Ce que confirme Janet Shishmanian, vice-présidente de cette association : « Quand on accueille des réfugiés, ce n’est pas que des papiers. Il faut être chaleureux et les suivre au quotidien. » Actuellement, ces logements de Beausoleil sont pris en charge par la famille Marzocco pour un an. « On espère qu’ils soient autonomes le plus vite possible pour pouvoir recevoir d’autres personnes. On les accueille comme des frères et des sœurs. On pourrait tous être à leur place. Ils étaient en danger de mort. On ne peut pas dire : « Je suis chrétien et ne rien faire » », plaide Christiane Palmero. « Ils sont très pratiquants : ils se sont investis à leur tour dans des actions pour aider leurs prochains, comme des SDF. »

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