Suite à son assemblée plénière, du 9 au 13 février 2026 à Mexico, le Groupe d’action financière (Gafi) reconnaît des progrès réels à Monaco pour la lutte contre le blanchiment d’argent, notamment sur la qualité des déclarations de soupçon et le régime de sanctions. Mais le plan d’action monégasque reste encore incomplet à ce stade, ce qui maintient la Principauté sous observation accrue. Par Clément Martinet
Depuis juin 2024, Monaco est engagé dans un processus de surveillance renforcée concernant la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, auprès du Groupe d’action financière (Gafi) et de Moneyval, le comité du Conseil de l’Europe qui évalue l’efficacité des États membres à lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le Gafi est un organisme intergouvernemental de 45 pays qui définit des recommandations pour lutter contre le blanchiment, le financement du terrorisme et la prolifération. Il surveille les États via des listes grise ou noire, qui influencent les banques et les flux financiers. Objectif affiché : remédier aux lacunes stratégiques identifiées dans son dispositif national, et se conformer pleinement aux standards internationaux. Dans son dernier rapport de suivi, adopté lors de l’Assemblée plénière qui s’est déroulée du 9 au 13 février 2026 à Mexico, le Gafi reconnaît des avancées tangibles. Il souligne notamment l’amélioration de la rapidité et de la qualité des déclarations de soupçon, un point central du plan d’action monégasque. Ces progrès traduisent, selon cet organisme, un renforcement effectif des mécanismes de détection et de traitement des risques. Pour autant, le constat reste nuancé. En effet, toutes les échéances prévues par le plan d’action sont désormais échues et des travaux demeurent nécessaires.
Le Gafi appelle la Principauté à poursuivre ses efforts, en particulier sur deux axes jugés structurants : le renforcement de l’application des sanctions en cas de manquement aux obligations liées au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, ainsi que la mise en œuvre de sanctions pénales réellement efficaces, proportionnées et dissuasives, en matière de blanchiment de capitaux
Le Gafi appelle la Principauté à poursuivre ses efforts, en particulier sur deux axes jugés structurants : le renforcement de l’application des sanctions en cas de manquement aux obligations liées au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, ainsi que la mise en œuvre de sanctions pénales réellement efficaces, proportionnées et dissuasives, en matière de blanchiment de capitaux. Par voie de conséquence, Monaco reste aussi sur la liste des pays à « haut risque » pour le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme de l’Union européenne (UE), sur laquelle la Principauté se trouve depuis le 10 juin 2025.
Monaco continue de travailler pour satisfaire le Gafi
Placée sous surveillance renforcée, c’est-à-dire en « liste grise », Monaco fait partie des juridictions qui travaillent activement avec le Gafi pour corriger leurs insuffisances. Cette inscription ne s’accompagne pas, en l’état, d’un appel à l’application de mesures de vigilance renforcée systématiques à l’égard des flux financiers en provenance ou à destination de la Principauté. Le Gafi rappelle que ses normes proscrivent toute logique de « de-risking » consistant à exclure des catégories entières de clients ou de juridictions.
Par voie de conséquence, Monaco reste aussi sur la liste des pays à haut risque pour le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme de l’Union européenne (UE), sur laquelle la Principauté se trouve depuis le 10 juin 2025
L’approche préconisée reste fondée sur le risque, avec une attention particulière portée à la préservation des flux financiers, notamment ceux destinés à l’aide humanitaire, aux organisations à but non lucratif ou aux envois de fonds. Les États inscrits sur liste grise sont également invités à respecter leurs obligations internationales, en particulier celles découlant de la résolution 2761, adoptée le 6 décembre 2024 par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui concerne les exemptions humanitaires dans les régimes de gel des avoirs.
Monaco évoque un « changement d’échelle »
De son côté, dans une communication officielle publiée le 14 février 2026, le gouvernement monégasque salue la qualité du dialogue engagé avec le Gafi et Moneyval, ainsi que les appréciations positives formulées à l’issue de la plénière de Mexico. Il évoque un « changement d’échelle » dans la mise en œuvre du plan d’action national, piloté par le ministre d’État, Christophe Mirmand. Parmi les éléments mis en avant figure le renforcement de la politique de sanctions de l’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), en particulier dans des secteurs considérés comme sensibles, comme l’immobilier, les ventes aux enchères ou les prestataires de services aux sociétés et aux trusts. Les sanctions administratives prononcées, par leur montant et leur périmètre, sont présentées par le gouvernement princier comme conformes aux standards internationaux en matière de dissuasion et de proportionnalité. Les autorités soulignent également le renforcement des moyens humains. Les effectifs de l’AMSF ont été significativement augmentés, alors que la chaîne pénale a été consolidée, avec la création d’une section financière spécialisée au sein du parquet général et le recrutement de deux procureurs supplémentaires, afin d’assurer une réponse crédible, tant sur le plan administratif que pénal.
Vigilance prolongée
Sur le plan quantitatif, le bilan présenté par le gouvernement fait état d’une augmentation moyenne de 10 % du volume des déclarations de soupçon entre 2023 et 2025, d’une hausse de plus de 20 % des demandes de renseignements adressées aux partenaires internationaux et d’une progression proche de 60 % du nombre de rapports transmis au parquet général depuis 2020. Ces résultats s’inscrivent dans une démarche pluriannuelle. La Principauté prépare une nouvelle évaluation nationale des risques pour la période 2026-2027, appelée à servir de socle à la prochaine stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Par ailleurs, un nouveau rapport de progrès doit être transmis au Gafi, afin de documenter l’achèvement des derniers objectifs du plan d’action. Si le Gafi salue l’engagement et les avancées réalisées, il maintient néanmoins une surveillance étroite, et donc un maintien en liste grise. Pour Monaco, désormais, l’enjeu reste clair : transformer les progrès constatés en conformité durable, afin de lever définitivement les réserves exprimées sur son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.



