De mai à novembre 2026, la Principauté assurera la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe. Une première depuis l’adhésion de la Principauté au Conseil de l’Europe, en 2004, que Monaco entend transformer en vitrine diplomatique. Mais aussi en exercice de pédagogie, dans une Europe où le multilatéralisme s’effrite, et où le dialogue devient un sport de plus en plus solitaire. Par Clément Martinet
De mai à novembre 2026, Monaco exercera, pour la première fois depuis son adhésion en 2004, la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe. Un rendez-vous diplomatique majeur pour un État membre de taille modeste, mais à l’engagement désormais reconnu au sein du Conseil de l’Europe. Pour les autorités monégasques, cette échéance constitue à la fois un levier de visibilité internationale et une opportunité politique. « Ce sera un moment très important », souligne Isabelle Berro-Amadeï, conseillère-ministre pour les relations extérieures et la coopération [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Si Monaco est active depuis plus de vingt ans au sein de l’institution strasbourgeoise, cette présidence lui permettra d’occuper, pour la première fois, une position de pilotage et d’orientation des travaux du comité.
La présidence de Monaco doit consolider une image : celle d’un État engagé, techniquement sérieux, et dépourvu d’agenda politique conflictuel.
Visibilité internationale et continuité diplomatique
Premier enjeu identifié : mieux faire connaître Monaco sur la scène européenne et internationale. Une ambition assumée, mais qui s’inscrit dans la continuité du travail diplomatique mené depuis l’adhésion de la Principauté. La représentation permanente ouverte dès 2004 à Strasbourg a permis à Monaco de s’imposer progressivement comme un acteur constant et crédible, grâce notamment à l’action de ses ambassadeurs successifs. Cette présidence doit ainsi consolider une image : celle d’un État engagé, techniquement sérieux, et dépourvu d’agenda politique conflictuel. Un positionnement rare, dans un contexte européen marqué par les tensions et la polarisation. Sur le fond, la présidence monégasque entend réaffirmer l’attachement de la Principauté aux trois piliers du Conseil de l’Europe : droits fondamentaux, démocratie et État de droit. Un engagement qui passe notamment par un soutien renouvelé au système européen de protection des droits de l’homme et à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), dont Monaco entend promouvoir le rôle central et l’exécution effective des arrêts. Cette orientation s’inscrit dans un contexte de fragilisation du multilatéralisme, où les mécanismes collectifs peinent parfois à s’imposer face aux souverainetés nationales. Pour Monaco, l’enjeu est autant politique que symbolique : rappeler l’utilité concrète des institutions européennes, à l’heure où leur légitimité est parfois contestée. Au-delà de la scène internationale, cette présidence revêt également une dimension interne. Les autorités souhaitent en faire un moment pédagogique, destiné à mieux expliquer à la population monégasque et résidente le rôle du Conseil de l’Europe et les effets concrets de l’adhésion de la Principauté. Un accent particulier sera mis sur la jeunesse, avec l’objectif de sensibiliser les nouvelles générations aux enjeux des droits humains, de la justice et du dialogue multilatéral. L’ensemble des services de l’État et des départements ministériels est mobilisé autour de cette démarche, a assuré Isabelle Berro-Amadeï à Monaco Hebdo, signe d’une appropriation transversale de l’événement.
Des événements seront organisés à la fois à Strasbourg et à Monaco, autour de thématiques identifiées comme prioritaires
Une Europe fragmentée
Un comité de pilotage interministériel, à l’œuvre depuis plus d’un an, a permis de finaliser un programme particulièrement dense. Des événements seront organisés à la fois à Strasbourg et à Monaco, autour de thématiques identifiées comme prioritaires : protection des personnes vulnérables, lutte contre les violences faites aux femmes, droits de l’enfant, soutien à la CEDH, sport et lutte contre le crime organisé. Plusieurs conférences de haut niveau sont prévues, présidées par des membres du gouvernement princier et le secrétaire d’État à la justice, Samuel Vuelta Simon. Le volet culturel ne devrait pas être en reste, avec des manifestations programmées à Strasbourg, afin de valoriser le patrimoine et la richesse culturelle de la Principauté. Au-delà de l’agenda formel, Monaco entend jouer un rôle de facilitateur. Dans un contexte international où les États « parlent les uns après les autres, mais rarement les uns avec les autres », selon Isabelle Berro-Amadeï, la présidence monégasque ambitionne de recréer des espaces de dialogue sur des sujets parfois considérés comme acquis, mais dont l’effectivité reste fragile. Violences faites aux femmes, respect de l’État de droit, protection des droits fondamentaux : autant de thématiques que Monaco souhaite non seulement mettre en valeur, mais aussi faire progresser au sein des 46 États membres. Une ambition mesurée, fondée sur une crédibilité diplomatique patiemment construite au fil des ans.



