vendredi 20 mai 2022

L’adieu à Madiba

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Nelson Mandela s’est éteint à l’âge de 95 ans. Un hommage international a été rendu au premier président noir sud-africain, avant que n’ait lieu l’inhumation de son corps dans son village.

«Dans la tradition africaine, s’il pleut lors de votre enterrement, c’est que les dieux vous accueillent et que les portes du paradis vous sont ouvertes ». C’est par ces mots que la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela s’est ouverte le 10 décembre, au stade de Soweto, où la princesse Charlène était présente. Plus de 50 chefs d’Etat et de gouvernement, et une centaine de personnalités avaient fait le déplacement. Barack Obama, Ban Ki Moon, François Hollande, Nicolas Sarkozy ou encore Charlize Theron et Bono faisaient partie des visages connus. Le président américain a souligné que « Madiba était le dernier grand libérateur du XXème siècle », tandis que pour Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, « Mandela était l’un des plus grands enseignants de ce monde ».

Fédérateur
Depuis l’annonce de sa mort par le président Zuma jeudi 5 décembre, les messages de soutien, d’hommage et de respect à l’homme, sa famille et ce qu’il représentait n’ont cessé de fleurir. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix sud-africain, a qualifié l’ancien président de « magicien », expliquant qu’il a « nous a transformés en peuple arc-en-ciel, glorieux et multicolore ». Quelques jours avant la mort de Mandela, la princesse Charlène s’était confiée au producteur d’un documentaire sur Monaco, Cyril Viguier, qui sera diffusé sur France 3. « Nous n’avions pas de drapeau, nous n’avions pas de nation, mais nous avions Nelson Mandela », aurait-elle indiqué à Cyril Viguier (source Monaco Matin).
Suite à la journée du 10 décembre, la semaine d’hommage va se poursuivre jusqu’au dimanche 15, jour de son inhumation. C’est dans son village de Qunu que Nelson Rolihlahla Mandela sera mis en terre. Mais avant de rejoindre sa dernière demeure, la dépouille du prix Nobel de la paix 1994 passera 3 jours à Pretoria, du 11 au 13 décembre, au siège du gouvernement, où elle sera exposée. Ce n’est qu’à l’issue de cet hommage que son corps doit être transporté par avion jusqu’à Mthatha, puis sera acheminé en procession jusqu’à Qunu. Une cérémonie traditionnelle est d’ailleurs prévue par le clan Thembu, son clan. Le prince Albert II doit y rejoindre la princesse Charlène pour le service funéraire, et se joindre ainsi à la dizaine de chefs d’Etats qui seront présents.

Retour aux sources
Conformément à ses dernières volontés, « Madiba » reposera chez lui, dans son village. Dans la terre de ses ancêtres. Car c’est de cette terre tribale qu’il est issu, lui qui était destiné à être le chef du clan du village. Dans sa jeunesse, des prémices à ses actions futures vont dénoter un caractère favorable à l’opposition, allant à l’encontre des règles établies. Un tempérament qui colle bien à son prénom de naissance, Rolihlahla, qui signifie « celui par qui les problèmes arrivent ». Son prénom connu de tous, Nelson, ne lui est attribué que lors de son entrée en école primaire. Une exclusion de l’université et une fugue de son village pour éviter un mariage arrangé plus tard, l’aventure de Mandela va commencer. Son arrivée à Johannesburg va créer le premier tournant de sa vie, puisque c’est là qu’il va entrer en politique, au sein du mouvement de l’ANC. La lutte va alors s’articuler autour du combat contre la ségrégation, dans un mouvement non-violent. Ce n’est qu’après le massacre de Sharpeville qu’il se décide à prendre les armes en créant et dirigeant la branche armée du mouvement, « la lance de la nation ».

Case prison
Arrêté en 1962, il est envoyé sur l’île de Robben Island en 1964, au large du Cap. Poussière et cailloux seront son quotidien pendant de longues années. Au bout de 18 ans, il est transféré à la prison de Pollsmoor. Le pouvoir en place va tenter à plusieurs reprises de lui faire abandonner ses convictions politiques en lui promettant la libération en contre-partie. Mais il refusera à chaque fois, arguant que « seuls les hommes libres peuvent négocier ». Au bout de 28 longues années, au cours desquelles son aura n’a cessé de grandir, il est finalement libéré le 11 février 1990, et élu à la tête de l’ANC l’année suivante. Année au cours de laquelle il va s’employer à négocier la transition, ce qui lui vaudra d’obtenir son prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk, le dernier président de l’apartheid. Il a d’ailleurs montré à plusieurs reprises à quel point sa capacité de pardon était grande. Après sa sortie de prison, il alla serrer la main du procureur afrikaner qui demandait sa pendaison près de 30 ans plus tôt. La consécration arrivera en 1994, lors des premières élections multiraciales, où son parti, l’ANC, obtiendra la majorité, et Mandela sera investi président le 10 mai. Il devient ainsi le premier président noir d’Afrique du Sud.

Albert et mandela

« Ni un saint, ni un prophète »
Nelson Mandela, plus que le premier président noir d’Afrique du Sud, a surtout permis à son pays une transition en douceur, évitant ainsi tout débordements qui auraient pu conduire à des massacres. Une transition dans laquelle le sport, dont il était féru, a eu une grande importance. Le souvenir de la coupe du monde de rugby remportée par les Springboks en 1995, équipe majoritairement composée de blancs, et Mandela, maillot de la sélection sur les épaules, fût l’un des grands moments de l’Histoire de ce pays. « Je me rappelle qu’en 1995, pendant la Coupe du Monde de Rugby, en Afrique du Sud, Nelson Mandela était sur le terrain avec un polo des Springboks représentant l’unité et la liberté à l’intérieur de notre pays, avait d’ailleurs commenté Charlène Wittstock dans sa première interview à Monaco-Matin, au lendemain de ses fiançailles. La même année, il a lancé la Children Foundation. J’avais alors 17 ans. J’admire Nelson Mandela pour son courage, il a changé le cours de l’histoire. La souffrance qu’il a supportée fait de lui une personnalité unique. »

Charlene et Mandela

Madiba avait annoncé qu’il ne resterait au pouvoir que le temps d’un mandat, lui qui était sorti de prison à 72 ans. Il se retire donc de la vie politique en 1999, à la fin de son mandat. Mandela voulait pouvoir profiter de ce monde qui avait évolué et grandit sans lui. Il voulait aussi profiter de son nouvel amour, Graça, pour qui il divorça de Winnie, et qui fut sa dernière compagne, son dernier amour. Lui qui répétait qu’il n’était « ni un saint ni un prophète » a aimé les femmes. Au moins trois, avec lesquelles il a été marié, et qui lui ont donné 6 enfants, dont 3 seulement lui ont survécu. C’est avec la dernière, Graça, et entouré de ses proches, qu’il s’est éteint et a entamé son dernier voyage…

Mandela et Monaco

A Monaco comme dans le monde, l’émotion était grande à l’annonce de la mort de Nelson Mandela. Vendredi 6 décembre, les drapeaux étaient en berne, et un registre de condoléances a été mis en place le week-end des 7 et 8 décembre au palais. Par communiqué de presse, le palais, ainsi que le gouvernement par l’intermédiaire du ministre d’Etat Michel Roger ont présenté leurs condoléances à la famille de Mandela, et ont souligné qu’il était un « exemple, un symbole de la réconciliation, un grand homme qui a su, grâce à son courage, son abnégation et sa générosité changer le cours de l’Histoire. » Jacques Orecchia, consul honoraire de l’Afrique du Sud à Monaco, qui a rencontré Nelson Mandela, se rappelle « d’un homme qui, lorsqu’il vous regarde, vous fait sentir comme son égal, il avait une pression du regard fabuleuse. C’est le seul homme de cette ampleur à qui j’ai eu l’honneur de serrer la main. C’était plus qu’un homme, c’était un visionnaire. On ne peut pas réellement réaliser l’ampleur de ce personnage ».

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Monaco Hebdo