Le 26 mars 2026, le pape Léon XIV sera à Monaco pour son deuxième voyage apostolique, après la Turquie et le Liban. Frédéric Mounier, auteur de Le Pape François. Une vie (1), décrypte pour Monaco Hebdo cette visite symbolique : rencontres avec la famille princière, appels à une finance éthique, dialogue sur l’écologie et valorisation des racines chrétiennes. Propos recueillis par Raphaël Brun
Pourquoi Monaco a-t-il été choisi pour le deuxième voyage de Léon XIV ?
Après son premier voyage apostolique en Turquie et au Liban, fin 2025, ce voyage de Léon XIV marque une inflexion. Après avoir affirmé sa fidélité aux orientations manifestées par le pape François, avec notamment une attention aux périphéries, aux « frontières chaudes », aux communautés catholiques minoritaires, et au dialogue interreligieux, Léon XIV va se recentrer, l’espace d’une courte journée, sur une monarchie dynastique, qui assume pleinement l’articulation entre la foi et la vie publique. Deux des plus petits États souverains du monde vont ainsi approfondir leurs liens. De même, la visite pontificale en Espagne, prévue début juin 2026, sera également l’occasion pour le pape de marquer l’importance des racines chrétiennes au cœur de l’Europe.
Que faut-il comprendre derrière ces visites ?
On peut y voir une illustration de son souci d’équilibre dans la recherche de l’unité. Alors que l’Eglise catholique universelle est marquée par une polarisation croissante, Léon XIV veut s’adresser à l’ensemble des baptisés, riches ou pauvres, pratiquants ou non, du Nord au Sud. On pourra le constater à nouveau début avril 2026, lorsque le pape se rendra en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. Dans une logique très différente de sa visite monégasque.
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A quoi faudra-t-il être attentif lors du passage de Leon XIV à Monaco ?
Il sera intéressant d’observer, parmi les fidèles accourus à Monaco, combien de Français viendront à la rencontre de Léon XIV. Ancienne fille aînée de l’Eglise, la France attend, depuis de longues années, une visite pontificale.
La présence de la famille princière relève-t-elle strictement du protocole d’État, ou participe-t-elle d’une mise en scène conjointe des légitimités, à la fois politique et spirituelle ?
Cette présence des gouvernants, quels qu’ils soient, est absolument ordinaire dans les voyages pontificaux. Où qu’ils se rendent, et quelle que soit la nature des régimes en place, les papes rencontrent les dirigeants des pays qu’ils visitent. Dans son souci de vivre un multilatéralisme en actes, la diplomatie vaticane parle tout le temps, à tout le monde, dans la plupart des pays du monde. Dans le monde brutalisé et polarisé qui se dessine, cette sagesse peut devenir un atout.
Cette visite peut-elle être lue comme un signal adressé à certains réseaux ecclésiaux influents en Europe ?
S’appuyant sur les caractéristiques monégasques, et les centres d’intérêts affirmés par le prince Albert, on peut imaginer qu’à Monaco, il sera largement question d’écologie et de protection des océans, sans oublier le respect dû à toute vie, de son tout début à sa toute fin.
Quoi d’autre ?
Par ailleurs, le Vatican et la Principauté ont, ou plutôt avaient, en commun d’être une plaque tournante financière. Depuis Benoît XVI (1927-2022), les papes se sont attachés à régulariser les flux financiers qui transitaient par le Vatican, manifestant leur intérêt pour une éthique financière et une finance responsable. Sans doute Léon réitérera-t-il ces appels aux élites économiques mondiales pour une finance au service du bien commun, conformément à la doctrine sociale de l’Eglise.
1) Le Pape François. Une vie de Frédéric Mounier, (Presses du Châtelet, 2023), 560 pages, 26 euros.



