Sur le plan diplomatique, l’année 2026 promet d’être déterminante pour Monaco, entre la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe de mai à novembre 2026, et les bouleversements géopolitiques qui ébranlent l’Europe. Forte de son expérience internationale, Isabelle Berro-Amadeï, conseillère-ministre pour les relations extérieures et la coopération, explique à Monaco Hebdo ce qui se joue pour la Principauté. Propos recueillis par Clément Martinet
1/Commencement, parcours
Qu’est-ce qui vous a conduite à la nomination en tant que conseillère-ministre pour les relations extérieures et la coopération ?
J’ai commencé par une carrière de magistrate, ce qui était mon souhait initial. J’ai exercé pendant seize ans à Monaco. Puis, lorsque la Principauté est devenue membre du Conseil de l’Europe en 2004, elle devait être représentée auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). J’ai donc déposé ma candidature auprès du gouvernement monégasque — puisque ce sont les gouvernements qui proposent trois candidats — et j’ai eu le privilège d’être élue par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) en tant que juge au titre de la Principauté à Strasbourg. C’était la première fois que Monaco disposait d’un juge à Strasbourg.
Que retenez-vous de cette période ?
Cela a été une période particulièrement enrichissante, car, à l’époque, le Conseil de l’Europe était composé de 47 États membres, dont la Russie. Pouvoir débattre et dialoguer avec 46 autres collègues sur des sujets touchant aux droits fondamentaux de tous les citoyens européens a constitué, pour une magistrate, un très grand privilège. Avoir été juge à la CEDH a été un moment déterminant de ma carrière professionnelle.
Le prince Albert II vous a ensuite nommée ambassadrice ?
Lorsque vous êtes élue à la Cour européenne des droits de l’homme, vous l’êtes pour neuf ans. Il s’agit d’un mandat non renouvelable. Connaissant cette échéance, et ayant pu travailler dans un environnement multiculturel et international, cela m’a aidée dans mes fonctions futures puisque, à l’issue de mon mandat, le prince Albert II m’a fait l’honneur de me nommer ambassadrice en Allemagne et couvrant, depuis Berlin, l’Autriche et la Pologne. C’est le deuxième volet de ma carrière internationale, au cours duquel j’ai découvert le monde diplomatique, tout en restant dans ce milieu multiculturel et international qui m’avait tant plu à Strasbourg. Finalement, ces fonctions de juge et de diplomate ne sont pas si différentes. Les sujets, notamment sociaux, que j’ai pu traiter à Strasbourg, je les ai retrouvés au coeur de mes fonctions diplomatiques sous de multiples aspects, que ce soit dans le cadre des relations bilatérales ou dans les enceintes multilatérales. Le fil conducteur a toujours été mon investissement plein et entier au service de Monaco.

Vous avez ensuite mené des négociations à Bruxelles pour un rapprochement avec l’Union européenne (UE) ?
Après avoir été ambassadrice à Berlin pendant quatre ans et demi, le prince Albert II a souhaité me nommer à Bruxelles. Ce poste avait une dimension particulière, puisque nous étions alors en pleine négociation de l’accord d’association avec l’UE. Je suis également devenue chef de la mission de Monaco auprès de l’UE et j’ai accompagné ces négociations pendant une période d’environ deux ans. Cette expérience a été relativement courte, mais dense et très enrichissante. Elle m’a permis de découvrir certains aspects de l’économie monégasque et de mieux comprendre les arcanes de l’UE, les attentes de la Commission européenne à notre égard, ainsi que les sujets particulièrement sensibles de cette négociation.
« Une fois devenue conseillère-ministre pour les relations extérieures, c’est moi qui ai dû annoncer la décision de suspendre les négociations avec l’Union européenne, et expliquer que la Principauté n’était pas prête à aller plus avant, à ce stade. Après avoir conduit les négociations, j’ai donc dû expliquer au chef négociateur pourquoi nous n’allions pas poursuivre »
Quelques années plus tard, Monaco a pris un autre virage concernant l’UE ?
L’aspect plus inattendu de cette trajectoire est que, une fois devenue conseillère-ministre pour les relations extérieures, c’est moi qui ai dû annoncer la décision de suspendre ces mêmes négociations et expliquer que la Principauté n’était pas prête à aller plus avant, à ce stade. Après avoir conduit les négociations, j’ai donc dû expliquer au chef négociateur pourquoi nous n’allions pas poursuivre.
2/Expansion diplomatique
Comment la diplomatie monégasque a-t-elle évolué depuis votre prise de fonction en 2022, notamment avec l’expansion des relations diplomatiques à 165 pays ?
J’ai été très honorée que le prince Albert II m’appelle aux fonctions de conseillère-ministre. C’est un poste passionnant, qui me donne à la fois une vision très concrète de Monaco et une vision internationale, puisque nous portons, avec le département, les ambassadeurs et les consuls, les priorités et les valeurs du prince à l’étranger. Le département peut s’enorgueillir de compter des ambassadeurs, des diplomates et des consuls honoraires très investis dans leurs missions. Ce sont des personnes de grande qualité, qui œuvrent pour le rayonnement de la Principauté à l’étranger. Notre réseau s’est étendu par la conclusion de ce qu’il convient d’appeler dans le jargon diplomatique des « communiqués conjoints » et l’ouverture de relations diplomatiques avec 165 pays. Par exemple, en 2025, nous avons établi des communiqués conjoints avec trois nouveaux États : la Micronésie, Singapour, et Trinité-et-Tobago. Pour un petit pays comme Monaco, c’est considérable, et cela démontre l’intérêt que nous portons au dialogue avec de nombreux États à travers le monde.
Votre équipe d’ambassadeurs évolue ?
En parallèle, nous déployons notre propre réseau d’ambassadeurs. Jusqu’au vendredi 6 février 2026, nous comptions seize ambassadeurs accrédités auprès de 29 États, l’ambassadrice Evelyne Genta, ayant été accréditée en 2025 auprès des Émirats arabes unis. Depuis quelques jours, une nouvelle ambassadrice a été nommée par ordonnance souveraine : il s’agit de Stéphanie Vikström, ambassadrice de la Principauté auprès de la Finlande. Ce qui porte désormais le nombre d’ambassadeurs de Monaco à 17.
La Finlande, en raison de l’actualité au Groenland ?
On pourrait le penser, mais c’est une coïncidence. Il s’agit d’une volonté longuement murie de la Principauté d’ouvrir davantage son réseau diplomatique vers l’Europe du Nord : la Finlande aujourd’hui, et probablement d’autres pays par la suite. Cette nomination est totalement indépendante de la question du Groenland. Il existe un processus long et structuré pour nommer un ambassadeur, qui nécessite notamment l’agrément du pays concerné. Ce processus avait été engagé bien avant l’actualité récente.
Comment gérez-vous les relations avec les ambassades et les corps diplomatiques accrédités à Monaco ?
La Principauté est aussi représentée par un réseau de 135 Consuls honoraires, dans 88 États. Nous entretenons des relations constantes avec nos 17 ambassadeurs à l’étranger. Ils communiquent régulièrement avec le département par des notes écrites, ils nous rendent compte de leurs activités et ils nous sollicitent sur la position que Monaco doit adopter sur différentes thématiques. Nous organisons avec eux des réunions régulières par visioconférence, afin de faire un point sur la situation internationale, mais aussi pour permettre aux ambassadeurs d’échanger entre eux sur leurs actions.
Quoi d’autre ?
Chaque année, une conférence diplomatique est organisée en avril. Les ambassadeurs se réunissent en Principauté pendant deux jours. C’est l’occasion de mobiliser les conseillers de gouvernement et différentes entités, afin de leur présenter les priorités monégasques pour l’année à venir. Cette année, nous pourrons bénéficier de la participation exceptionnelle du secrétaire général du Conseil de l’Europe. Sa présence permettra d’aborder plus en détail les enjeux de la présidence tournante du comité des ministres que Monaco assumera à partir du mois de mai 2026.
Et avec les consuls ?
Avec les Consuls, le fonctionnement est assez similaire. Nous les réunissons traditionnellement le 20 novembre, au lendemain de la fête nationale. Nous faisons intervenir plusieurs acteurs institutionnels et nous dressons un bilan de l’année écoulée, ainsi que des priorités à venir.

Ce sont ces échanges qui permettent de trouver l’équilibre entre souveraineté et enjeux internationaux ?
Exactement. Ils permettent aussi de les associer pleinement. Les consuls sont nos relais à l’étranger : ils portent les messages que la Principauté souhaite diffuser à l’international, mais ils jouent également un rôle clé lors des déplacements d’autorités monégasques ou dans le cadre de missions économiques, notamment avec la cellule « attractivité » ou le Monaco Economic Board (MEB). Leur mobilisation sur le terrain contribue largement au succès de ces initiatives.
3/La présidence du comité des ministres : une opportunité stratégique
Comment Monaco se prépare-t-il à assumer, pour la première fois depuis son adhésion en 2004, la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe, de mai à novembre 2026 ?
Ce sera un moment très important, puisque Monaco assumera cette présidence pour la première fois depuis son adhésion au Conseil de l’Europe, il y a maintenant 22 ans. Les objectifs stratégiques sont multiples. Le premier consiste à mieux faire connaître Monaco sur la scène européenne et internationale, même si, au sein du Conseil de l’Europe, la Principauté est déjà très active depuis son adhésion, voilà plus de vingt ans. Je veux saluer ici le travail de la représentation permanente, que nous avons ouverte dès notre adhésion, et le rôle déterminant des ambassadeurs qui s’y sont succédés, comme Rémi Mortier, dont le flambeau a été repris avec beaucoup de dynamisme par Gabriel Revel.
« La sécurité de Monaco est liée à celle de l’Europe, et en particulier à celle de la France. Dans ce contexte, nous rappelons, dans toutes les enceintes internationales, notre engagement en faveur des principes de la Charte des Nations unies, en particulier le respect de la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières internationalement reconnues »
Quels sont les autres enjeux de cette présidence ?
Un autre enjeu majeur consistera à réaffirmer les engagements de la Principauté en faveur des trois piliers du Conseil de l’Europe : la protection des droits fondamentaux, la démocratie et la promotion de l’État de droit. Il s’agit également de renforcer le soutien que Monaco apporte au Conseil de l’Europe et au système de protection des droits de l’homme, en particulier à la CEDH. Enfin, à un niveau local, cette présidence sera l’occasion de réaffirmer et d’expliquer l’utilité du Conseil de l’Europe à la population monégasque et résidente. Un important travail pédagogique sera mené, afin de mieux faire comprendre le rôle du Conseil de l’Europe, et ce que notre adhésion a apporté à la Principauté. Nous souhaitons également impliquer la jeunesse dans cette démarche pédagogique. L’ensemble des services de l’État et des départements ministériels est mobilisé autour de cette présidence, et je m’en réjouis.
Quels événements auront lieu, à la fois à Monaco et à Strasbourg, pendant cette période ?
Un comité de pilotage a été mis en place depuis un an, réunissant toutes les entités concernées au sein du gouvernement. Le programme est aujourd’hui quasiment finalisé. Il prévoit des événements à la fois à Strasbourg et à Monaco, autour de nos priorités : la protection des personnes vulnérables, la lutte contre les violences faites aux femmes, la protection des droits de l’enfant, le soutien à la CEDH et à l’exécution de ses arrêts, le sport, ainsi qu’un volet consacré à la lutte contre le crime organisé. Plusieurs conférences seront organisées à Strasbourg et à Monaco. Les conseillers de gouvernement et le secrétaire d’Etat à la justice seront impliqués. Ils assureront la présidence de ces événements. Le programme est particulièrement riche. Il inclura également des manifestations culturelles à Strasbourg, afin de mettre en avant la richesse culturelle de la Principauté. Eu égard à la mobilisation de chacun, je suis convaincue que cette présidence sera couronnée de succès.

Espérez-vous aussi des avancées sur des thématiques sensibles, comme la lutte contre les violences faites aux femmes ou la défense de l’État de droit, dans un contexte de tensions européennes persistantes ?
Oui, cette présidence sera l’occasion à la fois de mettre en valeur l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre par la Principauté, et de faire progresser ces thématiques au sein des 46 États membres. Il ne s’agit pas uniquement de montrer ce que nous savons faire, mais aussi de porter ces sujets, de les faire avancer et de sensibiliser les États membres.
Ce sont des thématiques que l’on pourrait croire acquises en 2026 : peut-on réellement aller au-delà de la concertation ?
Nous vivons dans une période où les États s’expriment chacun leur tour, mais s’écoutent de moins en moins. Il y a un effritement du multilatéralisme et de la confiance, un affaiblissement du dialogue. Des initiatives comme celle-ci, où la Principauté est reconnue comme un État engagé, sans agenda politique, nous confèrent une crédibilité particulière. Cette présidence peut devenir un véritable atout et un facilitateur de dialogue.
4/Défis et enjeux internationaux
L’année 2026 est marquée par de nouveaux défis diplomatiques : la dépolitisation peut-elle constituer un atout pour Monaco ?
Oui, pour nous, c’est clairement un atout. Nous vivons une période marquée par un nombre élevé de conflits et de guerres, ainsi que par une réduction préoccupante des financements de l’aide publique au développement. On observe également un affaiblissement du respect du droit international humanitaire, ce qui entraîne, et nous le déplorons, une augmentation du nombre de personnes en situation d’insécurité. Cette instabilité est le résultat d’une compétition stratégique accrue entre les grandes puissances, accompagnée d’un renforcement des capacités de défense, et un accroissement des menaces nucléaires et technologiques. Ce qui entraîne du côté européen une volonté, de développer une plus grande autonomie stratégique.
La sécurité de Monaco est intiment liée à l’Europe ?
Il est clair que la sécurité de Monaco est liée à celle de l’Europe, et en particulier à celle de la France. Dans ce contexte, nous rappelons, dans toutes les enceintes internationales, notre engagement en faveur des principes de la charte des Nations unies, en particulier le respect de la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières internationalement reconnues. Notre rôle, puisque nous ne disposons pas d’armée, est de rappeler ces principes et de soutenir toute initiative de prévention et de résolution des conflits. Nous le faisons notamment dans le cadre de notre participation aux travaux des organisations internationales, comme l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la plus grande organisation de sécurité régionale au monde, qui joue un rôle essentiel dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.
« Il ne faut pas distinguer les compétences selon le genre : mon expérience démontre qu’une femme peut exercer des fonctions telles que ministre d’État, conseillère de gouvernement-ministre pour les relations extérieures et la coopération ou juge à la CEDH »
Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, quelle est la positon de Monaco ?
Je participerai le 24 février 2026, date marquant le quatrième anniversaire du déclenchement du conflit en Ukraine, à une réunion des États membres de l’OSCE, au cours de laquelle j’interviendrai pour rappeler la position de Monaco : un appel à une résolution pacifique et durable du conflit. Au sein de diverses organisations, comme l’OSCE ou l’Unesco par exemple, nous contribuons à des programmes de soutien à l’Ukraine. Comme vous le savez, nous avons accueilli des Ukrainiens, dont certains sont encore présents à Monaco. Une autre enceinte importante dans laquelle Monaco est impliqué est celle de la Communauté politique européenne, une initiative de l’UE. Le prince Albert II participe régulièrement à ces sommets, qui permettent à des chefs d’État et de gouvernement non membres de l’UE d’échanger de manière informelle avec leurs homologues européens et de développer des relations bilatérales renforcées. Nous prenons ainsi toute notre place dans le concert des nations, avec un discours constant en faveur du dialogue et de la résolution pacifique des conflits.
Dans cette démarche pacifique, les autres petits États avancent avec synergie ?
Nous attachons en effet une grande importance à nos relations avec les petits États, dont les préoccupations rejoignent souvent les nôtres. J’ai accueilli au début de mois de février 2026 le ministre des affaires étrangères de Malte, avec lequel j’échange régulièrement lors des réunions ministérielles internationales. Nous recevrons également, à la fin du mois de mars 2026, le chef du gouvernement d’Andorre, accompagné de sa ministre des affaires étrangères. Andorre est un pays avec lequel nous entretenons des relations très étroites, et ces échanges sont l’occasion d’aborder la place et le positionnement des petits États dans le concert des nations. Une rencontre avec le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Luxembourg est également prévue à Monaco au mois d’avril 2026.
5/Spécificités de Monaco
En termes de résilience et de défense de l’environnement, les petits États peuvent-ils réellement peser sur la scène internationale ?
L’environnement constitue une priorité majeure de la politique extérieure de Monaco. La Principauté est très mobilisée sur ce sujet. Elle met l’accent sur le fait que seule une réponse collective permettra d’apporter des solutions à la triple crise environnementale que nous subissons : le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Nous avons la chance, à Monaco, que cette thématique soit portée personnellement par le prince Albert II, qui se mobilise tant dans le cadre de ses rencontres bilatérales, que dans les enceintes internationales. Le prince démontre également que la Principauté peut jouer un rôle de facilitateur du dialogue entre les différentes parties prenantes.
À quels moments l’avez-vous constaté ?
J’ai pu le constater directement en l’accompagnant notamment lors de nombreuses conférences des parties sur le climat, par exemple lors de la dernière conférence des parties (COP) qui s’est tenue à Belém en novembre 2025. À chacune de ses interventions, le prince est très sollicité et son rôle moteur sur les questions climatiques, et plus particulièrement sur la protection des océans, est unanimement reconnu. À son initiative et celle de sa fondation, l’organisation en juin 2025 du Blue Economy and Finance Forum (BEFF) à Monaco, en marge de la conférence des Nations unies sur l’océan, a également été un véritable succès. Plus de 8,7 milliards d’euros d’engagements financiers ont été mobilisés auprès d’institutions financières publiques et privées à l’horizon 2030, avec une participation très importante de chefs d’État, de délégations étrangères et d’experts internationaux.
Quoi d’autre ?
Par ailleurs, Monaco est devenu le premier État européen et méditerranéen à avoir ratifié l’accord Biodiversity Beyond National Jurisdiction (BBNJ) sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité en haute mer. C’est un signal fort. La Principauté a également fixé un nouvel objectif de réduction de 67,6 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, marquant ainsi un rehaussement significatif de son engagement climatique. Le prince Albert II a également annoncé le doublement du financement climatique en faveur des pays en développement. Il s’agit d’un message fort de solidarité porté par la Principauté. Autre exemple, depuis 2025, Monaco assure pour trois ans la présidence du MedFund, un fonds fiduciaire destiné au développement d’aires marines protégées en Méditerranée. L’ensemble de ces engagements illustre une politique environnementale portée au plus haut niveau de l’État, et déclinée ensuite dans l’action concrète de la Principauté.
La même logique s’applique-t-elle au volet de la transparence financière et de la lutte contre le blanchiment ?
Il s’agit effectivement d’un thème très structurant. Nous mettons en avant un engagement sans faille de la Principauté, du gouvernement et des services judiciaires sur ces questions. Des efforts très importants ont été accomplis, afin que Monaco soit pleinement conforme aux standards internationaux, et cette détermination se retrouve à tous les niveaux de l’État.
« A chaque fois qu’une femme accède à des fonctions à responsabilité et parvient à dépasser le plafond de verre, cela a une importance. Cela peut également constituer un modèle pour des jeunes femmes et des jeunes filles »
6/Perspectives personnelles
Si vous pouviez changer un aspect de la diplomatie internationale, lequel serait-ce ?
Mon vœu serait que les États ne parlent plus les uns après les autres, mais de nouveau les uns avec les autres. Que la solidarité et la coopération prennent le pas sur la défiance et la confrontation. La Principauté a toujours affirmé son attachement au multilatéralisme, et je pense qu’il est essentiel de renouveler régulièrement cet engagement, afin de revenir à une culture du dialogue soutenu. J’aimerais également que l’Organisation des Nations unies (ONU) ne soit plus l’objet d’une défiance permanente. Nous en discutons souvent avec les ambassadeurs qui travaillent au sein des enceintes onusiennes. Ils regrettent profondément cette défiance croissante, et le fait que nous ayons perdu cette culture du dialogue.
Cette perte de dialogue est-elle liée à une réaffirmation des identités nationales avec de nouveaux rapports de force ou à l’émergence de nouveaux blocs ?
Les deux, je pense. Nous assistons à une redistribution des rapports de force, et nous avons perdu la confiance dans le dialogue.
Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans vos fonctions actuelles ?
Ce qui me passionne le plus, c’est cette ouverture vers l’international et l’opportunité d’aller à la rencontre de l’autre, dans toute sa diversité. La politique internationale est avant tout une affaire humaine. Elle repose sur les rencontres, la solidarité et l’écoute.
7/Ministre d’État par intérim
L’écoute et l’échange vous ont-ils également servi dans votre mission de ministre d’État par intérim, du 10 janvier 2025 au 21 juillet 2025 ?
Cette période a été particulièrement intense. L’objectif principal était d’assurer, de manière efficace, la continuité du fonctionnement de l’État. Il s’agissait de rassurer à la fois les fonctionnaires, les administrés et les partenaires, qu’ils soient institutionnels, économiques ou sociaux, sur le fait que le gouvernement demeurait pleinement mobilisé. Nous sommes tous restés engagés pendant cet intérim et nous avons poursuivi la mise en œuvre des priorités fixées par le prince Albert II. J’ai été fortement soutenue par le secrétariat général du gouvernement, et je tiens à souligner l’appui déterminant des équipes de Marc Vassalo, dont la parfaite connaissance des dossiers m’a été précieuse. Je leur en suis très reconnaissante.
Cette période a été difficile ?
Cette mission n’a pas été simple, car j’ai dû me saisir du jour au lendemain de l’ensemble des dossiers. Ce rôle a été très exigeant. Il a nécessité une coordination étroite avec tous les services de l’État, ainsi qu’avec mes collègues des différents départements, qui m’ont également beaucoup soutenue. J’exerçais cette fonction de ministre d’État par intérim en parallèle de celle de ministre des relations extérieures. Je remercie également mes collaborateurs au sein du département, qui m’ont grandement facilité la tâche. L’ensemble des équipes a pris, je crois, la mesure de l’enjeu.
Lors de la passation avec Christophe Mirmand, le 21 juillet 2025, le prince a salué votre « dévouement » et votre « efficacité » : quelles leçons personnelles avez-vous tirées de cet intérim sur la gouvernance d’un État comme Monaco, et comment cela influence-t-il votre action actuelle ?
Cette expérience m’a avant tout permis d’apprendre sur moi-même. Nous évoquions la culture du dialogue, et j’ai dû la mettre en œuvre concrètement en tant que chef du gouvernement, tant avec les différents départements qu’avec les entités publiques et privées, ainsi qu’avec le Conseil national. Le ministre d’État est un véritable chef d’orchestre. Il doit s’assurer que chacun joue sa partition en harmonie. Et pour jouer en harmonie, le dialogue avec l’ensemble des acteurs est indispensable. C’est également dans cet état d’esprit que je travaille au sein du département que j’ai le plaisir de diriger.
Le fait d’avoir été la première femme désignée à cette fonction revêt-il pour vous une importance particulière ?
Je pense qu’à chaque fois qu’une femme accède à des fonctions à responsabilité et parvient à dépasser le plafond de verre, cela a une importance. Cela peut également constituer un modèle pour des jeunes femmes et des jeunes filles. Il ne faut pas distinguer les compétences selon le genre : mon expérience démontre qu’une femme peut exercer des fonctions telles que ministre d’État, conseillère de gouvernement-ministre pour les relations extérieures et la coopération ou juge à la CEDH.



