vendredi 2 décembre 2022
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Didier Gamerdinger : « Difficile de dire que mon ambition ultime était de devenir ambassadeur »

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Après avoir passé cinq ans à la tête du département des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger endosse, à 63 ans, le costume d’ambassadeur de la principauté au Japon et en Inde. Un rebond inattendu pour l’ancien de conseiller de gouvernement-ministre, qui aborde son nouveau rôle avec beaucoup d’enthousiasme et d’envie, comme il l’a confié à Monaco Hebdo. Entretien.

Vous avez été nommé en juillet 2022 ambassadeur de Monaco au Japon, puis en septembre 2022, ambassadeur de Monaco en Inde : comment se passent vos premiers pas dans vos nouvelles fonctions ?

C’est un environnement différent de celui que j’ai pu connaître jusqu’à présent, puisque j’étais jusqu’alors dans l’administration centrale, puis au palais princier. Je suis aujourd’hui chargé de représenter la principauté à l’étranger. J’ai déjà présenté mes lettres de créance à l’empereur du Japon [Naruhito — NDLR]. De leur côté, les autorités indiennes m’ont indiqué qu’elles étaient d’accord sur ma désignation. Il faut maintenant trouver une date pour que je présente mes lettres de créance à la présidente de la République indienne [Droupadi Murmu — NDLR].

Vous imaginiez-vous un jour occuper cette fonction ?

J’ai toujours bien aimé changer de secteur d’activité. Je suis resté quatorze ans directeur général à l’intérieur. Puis, je suis parti au palais avant de rejoindre le gouvernement pour prendre la tête du département des affaires sociales et de la santé. Aujourd’hui, c’est encore autre chose. Est-ce que je me voyais occuper ces fonctions d’ambassadeur ? Non, c’est difficile de se projeter et de dire que mon ambition ultime était de devenir ambassadeur. Ce n’était peut-être pas mon état d’esprit. Pour autant, cette fonction est extrêmement intéressante. Pour le Japon, je peux déjà en témoigner. Pour l’Inde, je suis convaincu que ce sera le cas également.

« J’ai toujours eu beaucoup d’attirance pour le Japon. J’aime beaucoup la culture japonaise, ses arts graphiques, sa calligraphie, sa cuisine également »

Vous étiez pressenti pour devenir ambassadeur de Monaco en Italie : vous a-t-on proposé ce poste ?

Non, on ne m’a pas proposé le poste. Peut-être que des gens en ont parlé, mais dans mon esprit, jamais. Non pas que ce soit un signe de désintérêt à l’égard de Rome, qui est une ville magnifique. Mais je ne suis pas dans l’état d’esprit, ni dans la situation de dire « moi, je veux ça ou ça ». C’est au prince de décider.

Quel rapport entretenez-vous avec le Japon et la culture japonaise ?

J’ai toujours eu beaucoup d’attirance pour le Japon. J’aime beaucoup la culture japonaise, ses arts graphiques, sa calligraphie, sa cuisine également. En 2010, j’avais accompagné le prince lors d’un déplacement à Nagoya pour une conférence internationale sur la biodiversité, puis à Tokyo. J’y suis retourné récemment avec plaisir. Le Japon est un très beau pays, très intéressant.

Quelles sont vos missions en tant qu’ambassadeur ?

Mes missions sont vraiment différentes de celles que j’assurais auparavant. Je suis tourné vers l’extérieur, et mon rôle, c’est d’accompagner certains interlocuteurs de Monaco à l’étranger et de présenter la principauté sous un jour favorable.

C’est-à-dire ?

Par exemple, j’ai rencontré Monaco Inter Expo puisqu’il y aura l’Exposition universelle à Osaka en 2025 pour voir comment je pouvais les accompagner. Quand je suis allé au Japon, je me suis entretenu avec le comité d’organisation de l’exposition pour expliquer un certain nombre de choses. J’ai vu aussi la fondation prince Albert II pour évoquer de potentiels projets notamment avec l’Inde, qui est très impliquée dans le domaine de la réimplantation de tigres et de guépards. J’ai également rencontré des représentants du Monaco Economic Board (MEB) qui ont déjà des relations avec l’Inde. Je vais les accompagner pour qu’on puisse préparer un voyage d’une délégation monégasque en Inde pour prospecter.

« Avec l’Inde, je vais voir si nous pouvons organiser une tournée des ballets, car ils ne sont jamais allés là-bas »

L’Inde est un pays à fort potentiel ?

L’Inde est une nation émergente sur le plan économique avec des technologies assez avancées. Son taux de croissance pourrait être supérieur à celui de la Chine pour les cinq prochaines années. Ils sont très forts en ingénierie informatique, en datas. Ça pourrait donc être intéressant pour certains de nos opérateurs de travailler avec des interlocuteurs indiens. Et moi, je suis là pour tracer des ponts entre eux.

Didier Gamerdinger Ambassadeur Monaco
© Photo DR

Intervenez-vous dans d’autres domaines ?

Oui, j’ai rencontré la directrice du Grimaldi Forum, Sylvie Biancheri, pour voir si des projets pouvaient être menés avec ces deux pays, des expositions par exemple. J’ai enfin rencontré le meeting Herculis et le président de la fédération japonaise d’athlétisme à qui j’ai proposé d’envoyer des jeunes athlètes au meeting pour qu’ils se confrontent au top niveau mondial. Ce sera une manière pour eux de préparer les Jeux Olympiques (JO) de 2024. Il faut aussi savoir qu’en 2025, les championnats du monde d’athlétisme auront lieu au Japon. Mon rôle est donc de faire le lien entre les personnes concernées et de présenter le meilleur visage de Monaco.

Les ballets et l’orchestre philharmonique contribuent aussi à cette belle image ?

Oui, les ballets de Monte-Carlo se rendront à Tokyo le 11 novembre 2022 pour trois dates et cinq représentations. Nous avons invité à cette occasion un certain nombre d’interlocuteurs japonais : des représentants du corps diplomatique et du ministère des affaires étrangères, des interlocuteurs du secteur du tourisme et des médias… En 2024, l’orchestre partira en tournée au mois de mai en Asie du Sud-Est. Il se produira en Corée, à Taïwan et au Japon. Nous sommes heureux de développer des liens avec nos amis japonais.

Et avec l’Inde ?

Avec l’Inde, je vais voir si nous pouvons organiser une tournée des ballets, car ils ne sont jamais allés là-bas. Pour la première fois cette année, une équipe de jeunes élèves ingénieurs d’une université indienne a participé au Monaco Energy Boat Challenge, organisé par le Yacht Club en juillet 2022. C’est le type d’événements que nous essayons de mettre en place pour faire connaître et susciter de l’intérêt pour Monaco.

« L’Inde est une nation émergente sur le plan économique avec des technologies assez avancées. Son taux de croissance pourrait être supérieur à celui de la Chine pour les cinq prochaines années »

D’un point de vue économique, quels sont vos projets ?

Le projet du MEB est de monter un événement en 2025 à l’occasion de l’exposition d’Osaka. Mais je vais essayer de voir si nous pouvons faire quelque chose avant. J’ai aussi rencontré le directeur général de la chambre de commerce française au Japon, qui est la plus ancienne et la plus importante en termes de chiffre d’affaires. L’idée, c’est de voir si nos interlocuteurs monégasques seraient intéressés pour monter quelque chose au Japon comme un gala ou la venue d’une délégation de femmes et d’hommes d’affaires monégasques. Car j’ai le sentiment qu’il y a un potentiel. Concernant l’Inde, les investisseurs recherchent d’autres destinations en Asie du Sud-Est et l’Inde a une vraie carte à jouer. Il s’agit de la première démocratie au monde et l’avantage, c’est que les principes des libertés et les droits essentiels y sont respectés. La principauté et ses agents économiques pourraient avoir intérêt à regarder ce qui s’y passe.

Quels rapports entretient la principauté avec ces deux pays sur le plan environnemental ?

Quand j’ai rencontré l’empereur du Japon pour lui présenter mes lettres de créance, je lui ai parlé de la fondation du prince Albert II et de son potentiel. Je l’ai répété à mes différents interlocuteurs du ministère des affaires étrangères pour que nous puissions regarder si des projets concrets peuvent être menés. Je ferai de même avec l’Inde, où il y a une vraie sensibilité environnementale. Le pays est peut-être plus à la recherche de financements d’un niveau intermédiaire pour monter des projets concrets. Le Japon est lui un pays extrêmement développé, donc il a les moyens de sa politique environnementale.

« Je suis allé deux fois au Japon depuis ma prise de fonction, une fois huit jours, et une autre fois trois jours pour assister à la cérémonie mémorielle en hommage à l’ancien premier ministre Shinzo Abe. Je fais en sorte de maximiser ma présence sur place »

Monaco peut-il s’inspirer de ces pays sur ces sujets ?

Le Japon est un peu ambivalent. Je n’ai pas encore bien cerné l’état d’esprit. Il y a une vraie sensibilité environnementale. Par exemple, il y a une quinzaine ou une vingtaine d’années les dessins animés japonais étaient très connotés « protection de l’environnement ». Mais dans le même temps, le Japon est un pays extrêmement avancé avec une production industrielle et une politique de pêche qui est assez critiquée. Donc, je pense qu’il y a une sensibilité environnementale mais peut-être qu’elle pourrait s’exprimer encore davantage. L’Inde, d’après ce que je comprends, connaît une émergence d’une conscience environnementale assez forte actuellement. Mais, dans le même temps, le pays a un très fort besoin de développement et malheureusement, le développement passe souvent par des industries assez polluantes. Il faut donc que ce pays arrive à trouver le juste équilibre entre sa sensibilité environnementale naissante et son désir légitime de développement économique.

Au niveau touristique, l’objectif est aussi de vendre la destination « Monaco » dans ces pays : comment comptez-vous y parvenir ?

J’ai rencontré le directeur de la direction du tourisme et des congrès, Guy Antognelli, et la directrice du Grimaldi Forum, Sylvie Biancheri. Au Japon, il y a depuis longtemps un intérêt à voyager. Les Japonais se rendent aux États-Unis, en Europe, ils visitent Londres, Berlin, Paris. Et de temps en temps, lors de leur séjour européen, ils descendent sur la Côte d’Azur et à Monaco. L’idée, c’est de faire mieux connaître notre destination pour qu’ils aient plus envie de venir. Quand je me suis rendu au Japon début septembre 2022, les opérations de promotion menées sur place par la direction du tourisme et des congrès et la Société des bains de mer (SBM) avaient repris. J’ai pu assister à des présentations en japonais. On mettait en avant le Covid Safe auquel les Japonais sont très attentifs, donc il est important de leur parler de la façon dont notre pays gère la situation Covid. Nous mettons aussi en avant les meilleures saisons, la météo. L’obstacle reste tout de même la distance.

Quelles opérations Monaco mène-t-il en Inde ?

Pour l’Inde, la situation est différente. La distance est moins un obstacle. Beaucoup d’Indiens qui appartiennent à la diaspora sont établis à Londres ou aux Émirats arabes unis. Ils connaissent un peu Monaco. Il y a certainement des actions à mener auprès d’eux. La SBM va prochainement accueillir un grand mariage indien [ce mariage a eu lieu samedi 5 novembre 2022 — NDLR]. C’est typiquement le genre d’événements que nous devons accompagner positivement. Cette diaspora indienne a un certain niveau de revenus et elle est intéressante pour nous.

Il y a donc un vrai potentiel dans ces deux pays ?

Oui, le potentiel est très important. Il est de nature différente, il peut être culturel, historique, économique… Les distances ne facilitent pas les choses mais ça n’empêche pas de développer des projets conjoints.

Quel est votre rôle auprès des Monégasques installés dans ces pays ?

À ma connaissance, il n’y a pas, ou très peu, de Monégasques implantés dans ces pays, mais je suis là pour être le visage de la principauté de Monaco à l’étranger. Je peux donc être amené à les renseigner et à les aider dans certains domaines. L’ambassade a un site Internet Inde et Japon depuis lequel ils peuvent nous contacter. Si leur demande ne relève pas de nos compétences, nous les adressons au consulat général du Japon à Marseille, ou à l’ambassade du Japon ou d’Inde à Paris.

Combien de Monégasques sont implantés en Inde et au Japon ?

De façon permanente, de Monégasques je pense qu’il y en a moins de dix, voire même zéro. Je sais en revanche qu’il y a quelques résidents de Monaco, mais ils sont très peu nombreux.

« Économiquement, nous n’avons pas de grosses opérations industrielles à conduire avec le Japon, simplement des partenariats à nouer. La principauté est vue avec un regard assez positif et avec un regard d’intérêt »

Vous êtes ambassadeur non résident : qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie que je n’ai pas de bureau administratif ni au Japon, ni en Inde, et je n’ai pas de résidence non plus. Quand je me rends sur place, je vais à l’hôtel et quand je fais des réunions, soit je suis reçu, soit je les organise dans différents lieux.

Comment organisez-vous votre travail à distance ?

Au Japon, la principauté dispose d’un consul général honoraire très efficace qui est M. Ken Kobayashi. La direction du tourisme et des congrès est aussi en contact avec une société de prestations de services, qui organise des événements pour faire connaître la destination Monaco. Ces deux entités me mettent en relation avec un certain nombre d’interlocuteurs.

Et en Inde ?

En Inde, nous n’avons pas, pour l’instant, de consul honoraire, donc il n’y a pas de représentant officiel de la principauté dans ce pays. Pour autant, mon prédécesseur avait des contacts avec une société de prestations de services qui faisait le nécessaire pour l’aider à rencontrer des personnes et à monter des projets.

Comment gérez-vous les décalages horaires ?

Comme tout le monde, avec difficulté. Il y a sept heures de décalage avec le Japon et 3 h 30 avec l’Inde. Nous fonctionnons beaucoup par mail. Les contacts téléphoniques sont plus rares, car il faut tomber sur les créneaux qui conviennent. Mais ce n’est pas du tout un obstacle.

Quelle est la journée-type d’un ambassadeur ?

Ça dépend si je suis à Monaco, ou sur place. Ici, c’est très variable, car cela dépend des sollicitations et des démarches que j’ai à accomplir. Quand j’ai été officiellement nommé par le prince, j’ai rencontré un certain nombre d’interlocuteurs à Monaco. Ce n’est pas une journée-type puisque cela dépend de leur disponibilité. Quand je suis sur place, c’est beaucoup plus cadencé. Je suis allé deux fois au Japon depuis ma prise de fonction, une fois huit jours, et une autre fois trois jours pour assister à la cérémonie mémorielle en hommage à l’ancien premier ministre Shinzo Abe. Je fais en sorte de maximiser ma présence sur place en rencontrant des interlocuteurs et en visitant des musées, des temples, des festivals… Je m’immerge dans l’environnement économique et culturel local.

Vous vous rendrez sur place régulièrement ?

Je pense que j’irai régulièrement. Il y a des temps forts qui rythment la vie administrative et politique japonaise. Il y a aussi des fêtes nationales. Et je participe, sur instruction du prince, à différents événements, comme la cérémonie mémorielle pour Shinzo Abe. Je serai également amené à m’y rendre, si je dois rencontrer des interlocuteurs pour mettre au point des projets.

Quelle image renvoie la principauté dans ces deux pays ?

Je ne me suis pas encore rendu en Inde. Au Japon, avec humilité, ça ne fait pas longtemps que j’ai pris mes fonctions. Pour autant, la principauté est connue alors que nous sommes pratiquement à l’autre bout du monde. Elle est connue pour plusieurs éléments. Tout d’abord, il y a toujours la mémoire très forte de Grace Kelly, notamment chez les personnes plus âgées. Il y a aussi le fait que la principauté organise des événements sportifs de très haut niveau, notamment le Grand Prix automobile. Et cela parle beaucoup aux Japonais qui organisent Suzuka. Ils connaissent aussi l’engagement environnemental du prince Albert II. La conjonction de ces facteurs fait que, finalement, ils arrivent assez bien à localiser Monaco. Il y a donc un a priori assez positif. En plus, politiquement la principauté est neutre, donc nous n’avons pas d’arrière-pensée. Économiquement, nous n’avons pas de grosses opérations industrielles à conduire avec eux, simplement des partenariats à nouer. La principauté est vue avec un regard assez positif et avec un regard d’intérêt.

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