samedi 11 avril 2026
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Alain Bauer : « Comme souvent, la réalité dépasse la fiction »

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Alain Bauer, professeur émérite au conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam), et fondateur du pôle sécurité défense renseignement criminologie cybermenaces crises (PSDR3C), était en conférence au Métropole Monte-Carlo, le 10 mars 2026, pour présenter ses romans d’espionnage. Une autre facette de sa carrière. Interview. Propos recueillis par Clément Martinet

Actualité littéraire

Votre série L’Agence Mozart met en scène une agence d’espionnage privée qui intervient dans des crises géopolitiques mondiales : comment avez-vous conçu ce concept d’agence indépendante, et en quoi s’inspire-t-il de vos expériences en criminologie et sécurité ?

Comme souvent, la réalité dépasse la fiction. Pendant la Deuxième Guerre mondiale , sur une idée de Winston Churchill (1874-1965) et Franklin Roosevelt (1882-1945), une agence secrète de renseignement et de désinformation a été mise en place sous l’égide d’un industriel venu du secteur privé, appelé William Stephenson (1897-1989), qui fut le maître, voire le grand maître des espionnes et espions de l’époque.

Dans Opération Zelensky (2025), vous explorez les tensions russo-ukrainiennes : quelles réalités géopolitiques actuelles avez-vous intégrées dans ce tome, et comment la fiction permet-elle d’éclairer des enjeux comme la guerre hybride ?

Toute guerre est hybride, par nature. Depuis Sun Zu (544 av. J.-C. – 496 av. J.-C.) au moins, on le sait, en lisant son Art de la Guerre [rédigé entre le Vème et le IVème siècle av. J.-C — NDLR]. Pour comprendre la réalité et le dessous des cartes, il faut donc manier à la fois la connaissance prouvée des faits, la certitude sans preuve, et un peu de fiction pour rendre accessible la réalité au plus grand nombre, sans jargonner.

« La fiction permet d’aborder de manière moins brutale que les chaines d’information la réalité du monde et de préparer à la comprendre. C’est une autre forme de pédagogie du réel »

Menace sur Taïwan (2025) aborde les rivalités sino-américaines : avec les tensions persistantes en mer de Chine méridionale en mars 2026, comment ce roman anticipe-t-il des scénarios d’escalade, et avez-vous ajusté votre écriture en fonction des événements réels ?

Tout est réel, ou presque. Les deux tiers des éléments sont des faits démontrés, un quart sont des évènements connus, mais non encore prouvés. Le reste, c’est de la fiction. La temporalité choisie, en décalage avec l’actualité de quelques années, permet de garantir la véracité de l’essentiel. Conspiration au Vatican (2025) plonge dans une intrigue au cœur du Saint-Siège, à Rome : qu’est-ce qui vous a inspiré ce thème, et comment les personnages comme Jack Baggelson ou Vera Kaplan évoluent-ils au fil de la série ? Depuis une quarantaine d’années, la lecture des faits divers fournit un stock considérable d’évènements, et elle permet d’anticiper la suite de la série. Les personnages suivent la « Bible » de la série. De volume en volume, ils révèlent leur passé et leurs passions, permettant un fil rouge pour celles et ceux qui veulent s’attacher à eux.

Intrigues à l’ONU est le quatrième tome dont la sortie est annoncée pour avril 2026 : quelle est son intrigue, et comment cette série reflète-t-elle l’évolution du monde post-pandémie vers un « désordre contrôlé » que vous analysez souvent ?

L’actualité a rattrapé ce livre qui fournira des éléments inédits sur des négociations secrètes entre l’Iran et Israel.

Le renseignement intérieur, entre la France et Monaco

La France prend la présidence du High Risk Security Network (HRSN) pour deux ans, à partir du 1er mars 2026 : en quoi cette initiative européenne pourrait-elle bénéficier à Monaco, et voyez-vous des opportunités pour une coopération renforcée en renseignement intérieur ?

Le 1er mars 2026 marque le début officiel de la présidence française du High Risk Security Network (HRSN), à la suite du Portugal. Pour une durée de deux ans, jusqu’à fin février 2028, la gendarmerie nationale animera, au nom de la France, ce réseau de coopération dédié aux enjeux de sécurité à haut risque. Créé en 2017, dans le cadre du plan d’action de l’Union européenne (UE) pour améliorer la protection des espaces publics, le High Risk Security Network (HRSN) est un réseau qui réunit 39 forces de police représentant 23 États membres de l’UE et sept pays non membres observateurs : le Royaume-Uni, les États-Unis, la Norvège, le Ghana, le Sénégal, le Kenya et l’Ukraine. Ce dispositif permet des coopérations renforcées, en complément d’actions bilatérales.

« Toute guerre est hybride, par nature. Depuis Sun Zu (544 av. J.-C. - 496 av. J.-C.) au moins, on le sait, en lisant son Art de la Guerre [rédigé entre le Vème et le IVème siècle av. J.-C — NDLR] »

Croisements entre fiction et réalité

Dans vos romans, l’Agence Mozart opère en dehors des structures étatiques : cela reflète-t-il une évolution réelle du renseignement, où des acteurs de sécurité privée complètent les services officiels franco-monégasques ?

C’est le cas un peu partout dans le monde. En fonction des besoins, des agents, des honorables correspondants, des citoyens ordinaires pris dans des aventures qui ne le sont pas, sont au coeur du renseignement réel.

Vos ouvrages mêlent espionnage et géopolitique : à l’heure des tensions mondiales en mars 2026 au Groenland, en Iran, et à Taïwan notamment, comment la fiction peut-elle sensibiliser le public aux défis du renseignement intérieur ?

La fiction permet d’aborder de manière moins brutale que les chaines d’information la réalité du monde et de préparer à la comprendre. C’est une autre forme de pédagogie du réel.

Lors de votre intervention à Monaco le 10 mars 2026 à l’hôtel Métropole Monte-Carlo, vous avez parlé d’espionnage : quelles perspectives offrirez-vous sur l’avenir du renseignement intérieur entre France et Monaco, face à l’intelligence artificielle (IA) et aux guerres hybrides ?

L’IA est un outil qu’il faut domestiquer, mais qui ne sait pas, ou pas encore, remplacer les capacités humaines de compréhension des phénomènes et qui hallucine encore beaucoup. Mais l’IA accélère les capacités documentaires et la validation ou l’invalidation d’une hypothèse. Ce n’est encore qu’un moyen, pas un remplaçant.

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