« Inclusion », l’édito de Monaco Hebdo n°1414

Depuis le lancement du plan Handipact en décembre 2023, Monaco cherche à repositionner la question du handicap au-delà d’une approche strictement sociale [à ce sujet lire notre article Monaco lance son plan national pour le handicap, publié dans Monaco Hebdo n° 1310 — NDLR]. Portée par le gouvernement monégasque et le délégué au handicap Lionel Galfré, cette initiative a pour objectif d’intégrer cette dimension dans l’ensemble des politiques publiques, de la mobilité à l’emploi en passant par la culture et les services [à ce sujet lire l’interview de l’historien du handicap,Gildas Brégain : « Il y a encore très peu de travaux historiques sur le handicap », publiée dans Monaco Hebdo n° 1347 — NDLR]. Deux ans après sa mise en œuvre, c’est un bilan que vous propose la rédaction de Monaco Hebdo cette semaine dans un dossier spécial. Ce bilan montre à la fois des avancées concrètes et des limites persistantes. Environ 520 personnes sont en situation de handicap à Monaco, un chiffre qui inclut également des personnes âgées. L’accent du plan Handipact est mis sur l’inclusion et l’autonomie, avec la participation active des associations locales, en particulier l’Association monégasque des handicapés moteurs (AMHM).

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Les représentants associatifs ont indiqué à Monaco Hebdo que la création du poste de délégué a facilité la communication avec le gouvernement et permis un suivi plus précis des problèmes signalés, contribuant à une meilleure concertation. En matière d’accessibilité, plusieurs mesures ont été mises en œuvre : adaptation des trottoirs, passages piétons et feux sonores, sans oublier l’accessibilité de la plupart des bâtiments publics. En parallèle, le gouvernement a déployé des applications comme StreetNav pour optimiser les déplacements et Ma Place PMR pour la localisation des places adaptées pour les personnes handicapées. Ces actions ont amélioré la mobilité quotidienne, mais certaines zones restent difficiles d’accès et certains services, comme Mobibus, ont réduit leur capacité de transport, ce qui entraîne des frustrations. Les limites ne concernent pas que la mobilité : le secteur privé présente des niveaux d’adaptation très variables. L’accessibilité dans les commerces et les restaurants repose sur la bonne volonté des exploitants, malgré des aides financières et des recommandations gouvernementales. Dans l’hôtellerie, quelques initiatives sont mises en avant, notamment l’adaptation de chambres PMR par la Société des bains de mer (SBM) et la formation du personnel. Les événements culturels majeurs intègrent désormais des tribunes et des dispositifs pour personnes en situation de handicap, mais certains lieux restent perfectibles, selon des membres de l’AMHM.

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Sur le plan économique et social, Monaco privilégie une approche non coercitive pour l’emploi, sans quotas obligatoires. Selon les chiffres, plus de 90 % personnes en situation de handicap en âge et en capacité de travailler occupent un emploi. Le logement adapté bénéficie de dispositifs hérités de la législation de 2001, permettant un accès à des loyers subventionnés. L’éducation combine inclusion en classe ordinaire avec accompagnement et structures spécialisées locales, offrant des ressources suffisantes pour un suivi individualisé. Deux ans après son lancement, Handipact constitue un outil structurant pour la politique monégasque en matière de handicap. Les progrès en matière d’accessibilité et de concertation sont significatifs, mais des défis subsistent, notamment dans le secteur privé et certaines infrastructures. Dans un territoire urbain dense et touristique, mettre en œuvre une politique d’inclusion reste complexe, mais le plan Handipact montre que des solutions concrètes peuvent être trouvées lorsque la société et les institutions coopèrent. Déployer une politique d’inclusion sur le territoire monégasque reste complexe. Mais ce processus demeure plus que jamais indispensable.