Edito n°1173 : Scepticisme

90 %. C’est l’efficacité annoncée le 9 novembre 2020 par le laboratoire Pfizer et son partenaire allemand BioNTech pour son vaccin contre le Covid-19. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le lendemain, l’effervescence n’était pas retombée. Une bonne partie de la communauté scientifique était impressionnée et séduite par des résultats qui dépassent de beaucoup les espérances des scientifiques en termes d’efficacité. En effet, à titre d’exemple l’efficacité du vaccin contre la grippe saisonnière oscille, selon les années, entre 30 et 70 % d’efficacité. Seuls les vaccins contre la rubéole et la rougeole naviguent autour de 95 % d’efficacité. Mais il faut quelque peu tempérer ce résultat. D’abord parce qu’il s’agit de résultats qui ne sont pas définitifs, et qui peuvent donc encore évoluer. De nouvelles analyses doivent encore être réalisées, et si le nombre de contaminations par le Covid-19 augmentait parmi les personnes vaccinées, l’efficacité devra être revue à la baisse. Cela pourrait aussi signifier que la protection offerte par ce vaccin n’est que temporaire. De plus, il faut injecter deux doses aux patients, et ce vaccin doit être stocké et acheminé à -75 degrés. Du coup, aux Etats-Unis, certains redoutent déjà une pénurie de congélateurs pour vaccins… Mais pourtant, Pfizer et BioNTech se tiennent prêts à fournir 100 millions de vaccins dans le monde entier d’ici fin 2020, et environ 1,3 milliard de doses pour la fin de l’année 2021. Le vaccin est donc déjà en fabrication, avant même d’avoir des certitudes et des précisions sur sa réelle efficacité. De son côté, la Commission européenne a signé un contrat en septembre 2020 pour une commande de 200 millions de doses de ce vaccin, et 100 millions de doses supplémentaires en option. Avant qu’un vaccin n’arrive à Monaco, il faudra de toute façon qu’il ait été approuvé par les autorités françaises, et qu’il ait obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM). Or, le vaccin de Pfizer et BioNTech est un vaccin à ARNm, une nouvelle technique qui n’a, jusqu’à présent, jamais reçu d’AMM. Dans une interview accordée à Monaco Hebdo (lire Monaco Hebdo n° 1166), le conseiller pour les affaires sociales et la santé, Didier Gamerdinger, avait été clair : « Les techniques vaccinales qui agissent sur l’ADN ou l’ARN des cellules, c’est très innovant. Mais comme c’est innovant, il n’y a pas de recul. Et nous, en principauté de Monaco, nous serons extrêmement attentifs à ne proposer à notre population qu’un vaccin dont nous serions tout à fait certains. » Si un vaccin fiable est confirmé, la France devrait fournir environ 40 000 doses à Monaco. De plus, dans le cadre d’une initiative lancée par l’OMS et Gavi, une organisation non gouvernementale qui milite pour un accès à la vaccination pour tous, la principauté pourra obtenir un nombre de vaccins qui correspond à 20 % de sa population. Mais, au-delà de ces problématiques, il restera un autre frein à lever : l’acceptation de ce vaccin par la population. Selon une étude du Wellcome Global Monitor publiée en juin 2019, seulement 33 % des Français estiment que les vaccins sont sans danger. En plus du Covid-19, il faudra donc vaincre le scepticisme autour de la vaccination.