Edito n°1353 : Histoire

Comme chaque année le 19 novembre, la fête nationale monégasque sera au cœur des préoccupations monégasques. « On peut faire remonter la fête nationale monégasque au 4 novembre 1857, jour de la Saint-Charles, un an après l’avènement du prince Charles III (1818-1889). La sécession de Menton et de Roquebrune avait réduit la principauté, d’une vingtaine de km2 à 1,5 km2. Il fallait donc renforcer l’unité du territoire restant fidèle autour de la dynastie légitime », avait expliqué l’historien du palais princier, Thomas Fouilleron, à l’occasion d’une interview à Monaco Hebdo.

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La date de cette fête a fluctué au fil du temps. En effet, au départ, elle a été fixée au jour de la fête du saint-patron du prince. Sa date a donc évolué selon le prénom du prince régnant. Elle a ensuite été déplacée au 15 novembre, jour de la Saint-Albert, de 1889 à 1921, sous le prince Albert Ier (1848-1922). Puis, le prince Louis II (1870-1949) a choisit le 17 janvier, jour de la Saint-Antoine, saint patron de son unique petite-fille à l’époque, la princesse Antoinette, (1920-2011). Par la suite, le prince Rainier (1923-2005) a installé la fête nationale au 11 avril, jour de la Saint-Rainier, avant qu’il ne décide, en 1951, de la fixer au 19 novembre, jour de son intronisation, en 1949. De 1952 à 2004, la fête nationale s’est donc déroulée le 19 novembre. Plutôt que de revenir à la date du 15 novembre qui correspond à la Saint Albert, le prince Albert II a choisi de conserver le 19 novembre, en hommage à son père. Au-delà du moment où se déroule la fête nationale se cache aussi la question des symboles à l’œuvre derrière ce type de manifestation. « Le symbole d’unité est prépondérant. Les querelles politiques se taisent évidemment, ce jour-là. La fête nationale est l’occasion de célébrer l’intérêt général, qui s’incarne dans la personne du chef de l’Etat, surtout dans un petit pays comme Monaco, et de reconnaître que la vision est donnée par le souverain. Comme le disait si bien Marcel Pagnol (1895-1974) : ici « l’autorité d’un seul garantit la liberté de tous » », rappelait Thomas Fouilleron. Interrogée cette semaine par Monaco Hebdo sur l’origine du sentiment d’identité nationale, l’historienne et chercheuse associée au centre d’histoire du XIXème siècle à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Carole Reynaud-Paligot, a estimé pour sa part que « c’est à l’époque de la création des Etats nations que cette notion d’identité nationale apparaît. Il faut bien comprendre qu’avant, la forme étatique prédominante dans nos sociétés était la royauté. Il y avait assez peu cette idée d’identité nationale, dans le sens où les habitants étaient définis par leur statut de sujets ». Et cela change la façon de penser, ajoute Carole Reynaud-Paligot : « Lorsque les habitants commencent à sentir ce sentiment d’appartenance à une nation, ils cherchent à créer les bases de cette même nation. On cherche des souvenirs commun, une histoire commune, des valeurs qui nous rassemblent et qui nous lient. Pour la France, on peut penser à l’histoire de la Gaulle et de la lutte contre les Romains sous Vercingétorix [82 av. J.-C. - 46 av. J.-C. — NDLR]. » A Monaco, c’est derrière l’histoire de la famille princière que les Monégasques se retrouvent, chaque 19 novembre.