Comment concilier ce qui semble inconciliable ? Pour ce numéro spécial été 2024, la rédaction de Monaco Hebdo a décidé de s’intéresser au tourisme responsable. Tourisme et écologie, l’équation semble difficile à résoudre. A cela, il faut ajouter les méfaits du tourisme de masse, qui, outre la lourde empreinte écologique qu’il laisse, engendre de nombreux désagréments dans la vie quotidienne des résidents. C’est d’ailleurs ce qui a poussé certaines villes à réagir. L’une des plus célèbres d’entre elles, Venise, a décidé d’interdire en août 2021 les bateaux de croisière de plus de 25 000 tonnes de jauge brute, de plus de 180 mètres de long, ou dont les émissions affichent plus de 0,1 % de soufre. Seuls les bateaux d’environ 200 passagers sont autorisés à accoster dans cette ville. En avril 2024, une autre mesure a été décidée : un billet d’entrée à 5 euros pour les touristes journaliers, qui veulent entrer dans la vieille ville entre 8 h 30 et 16 heures. Toujours en Italie, mais plus près de Monaco, en Ligurie, dans les Cinque Terre, on frôle l’implosion. En 2023, ce parc de 4 000 hectares créé en 1999, a accueilli 3,4 millions de touristes. Résultat : les cinq villages, Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore, sont saturés. Pour tenter de freiner cet afflux, le prix du billet de train qui dessert ces villages a été multiplié par deux pour les vacanciers. Mais, même avec un billet à 10 euros pour un aller simple et à 32 euros pour un pass adulte d’une journée, rien n’y fait : les touristes se pressent toujours dans les Cinque Terre. A Monaco, le gouvernement réfute le scénario d’un risque de surtourisme. « Nous ne subissons pas le tourisme en principauté, car il ne conduit pas à une saturation des espace », estime le gouvernement, avant d’ajouter : « Si les rues et les restaurants étaient engorgées, si les parkings étaient saturés, alors nous ferions face à un problème. Mais ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Le tourisme est relativement concentré sur la saison estivale et pendant des grands évènements : Grand Prix, tennis… » En 2023, les hôtels de la principauté ont affiché un taux d’occupation annuel moyen de 57 %. Les tarifs haut de gamme affichés à Monaco ne permettent évidemment pas au tourisme de masse de déferler sur la principauté. Mais ce n’est pas une raison pour s’en désintéresser, estime le président de la commission des finances et de l’économie nationale du Conseil national, Franck Julien : « Il manque […] des solutions convaincantes, sur la gestion du tourisme de masse, en particulier sur la gestion des flux. Ces visiteurs, ces familles que nous faisons rêver, nous ne devons pas les décevoir : ils alimentent aussi le mythe. » Même si Monaco a décidé de limiter l’accès des bateaux de croisière, la pollution n’étant pas une problématique seulement locale, elle affecte tout de même la principauté. « En 2022, 130 millions de tonnes de CO2 ont été émises par les compagnies maritimes en Europe, ce qui représente une hausse de 3 %. Et le bateau qui a émis le plus de CO2 est un bateau de croisière. Au cours de l’année 2022, ce navire a émis autant que 68 000 voitures en une année », a indiqué à Monaco Hebdo Constance Dijkstra, spécialiste du transport maritime chez Transport & Environment (T&E), une ONG basée à Bruxelles. Prouvant, si besoin était, que le surtourisme, et la pollution qui va avec, sont un problème global.
Toute l’équipe de Monaco Hebdo marque une pause estivale.
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