À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2026, la présidente de la commission des droits de la femme, de la famille et de l’égalité du Conseil national, Béatrice Fresko-Rolfo, a accordé un long entretien à Monaco Hebdo. Dans cette interview, elle dresse un état des lieux sans triomphalisme. Si la situation des femmes en Principauté apparaît, selon elle, « globalement plus favorable que dans de nombreux pays », cette élue refuse toute comparaison consolatrice. « Tant qu’une femme sera victime de violence, le combat ne sera pas terminé », affirme-t-elle. Les chiffres disponibles, notamment ceux de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), confirment une réalité préoccupante : plus de 90 % des victimes de violences sexuelles ou conjugales sont des femmes. Derrière ces données, insiste-t-elle, se jouent des trajectoires marquées par la peur et la dépendance. Ces dernières années, le Conseil national a adopté sept lois relatives à la protection des droits des femmes. Pour autant, la question de l’effectivité des réponses pénales demeure posée. Trop souvent, observe Béatrice Fresko-Rolfo, les peines prononcées restent assorties de sursis, et les ordonnances de protection ne suffisent pas toujours à garantir la sécurité des victimes. Au-delà des violences physiques, cette conseillère nationale plaide pour une reconnaissance juridique des formes dites « invisibilisées » : violences économiques, administratives ou encore contrôle coercitif. Inspirée des évolutions législatives engagées ailleurs en Europe, cette notion vise à mieux qualifier des mécanismes d’emprise qui enferment durablement les victimes dans une dépendance financière ou sociale. Sécuriser le versement des salaires sur des comptes personnels, retirer automatiquement les procurations bancaires détenues par l’auteur des violences ou reconnaître le travail non rémunéré exercé au sein du couple figurent parmi les pistes avancées par Béatrice Fresko-Rolfo. Les inégalités salariales constituent un autre angle mort. Si à Monaco la fonction publique affiche, en moyenne, des rémunérations féminines supérieures, le secteur privé présente un écart de près de 18,6 % en faveur des hommes. Pour y remédier, Béatrice Fresko-Rolfo évoque, à titre personnel, la création d’un label valorisant les entreprises engagées en faveur de l’égalité professionnelle. La prévention passe également par l’éducation et l’adaptation aux nouveaux risques numériques. Le harcèlement en ligne, la diffusion d’images intimes sans consentement ou les “deepfakes” imposent, selon cette conseillère nationale, une coopération accrue entre pouvoirs publics, plateformes numériques et société civile. En Principauté, plus de 115 professionnels ont déjà été formés à la détection et à la prise en charge des violences, et des modules spécifiques sont déployés auprès des enseignants et des forces de l’ordre. Sur le plan international, la Principauté entend inscrire son action dans le cadre du Conseil de l’Europe, dont elle assumera, pour la première fois, la présidence du comité des ministres en 2026. Une échéance que cette élue voit comme l’occasion de renforcer la cohérence entre engagements européens et politiques nationales. À Monaco, où la taille du territoire complique l’éloignement des auteurs de violences, l’équilibre entre prévention et sanction apparaît central.« Il ne s’agit pas d’opposer les deux », souligne Béatrice Fresko-Rolfo, mais de construire une politique « cohérente, lisible et exigeante ». La reconnaissance des violences invisibles pourrait en constituer la prochaine étape décisive.




